Non à Taylor Swift

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Vous connaissez l'expression «deux poids, deux mesures»? Taylor Swift semble en être devenue l'éclatante incarnation depuis le début de la tournée 1989, qui s'est arrêtée hier au Centre Bell.

Comme vous pouvez le constater, La Presse ne publie pas de photo du concert ni de la blonde enfant. Sachez que ce n'est absolument pas dans les habitudes de la maison de se priver d'une photo prise sur le vif le soir d'un gros concert.

Pourtant, mardi soir, Taylor Swift ne nous a pas donné le choix. Pour qu'un de nos photographes soit accrédité, il fallait au préalable que La Presse signe un contrat de six clauses. Six. Nous avons refusé. Et pour cause.

Le contrat envoyé à tous les médias qui couvrent la tournée 1989 interdit aux journaux de publier plus d'une fois les photos prises au concert de celle qu'on surnomme Tay Tay. Au-delà d'une fois, il faut en informer les producteurs de la chanteuse et obtenir leur feu vert avant de pouvoir publier.

À l'inverse, et avec un sans-gêne effarant, le même contrat donne à Tay Tay et à ses producteurs le droit de s'approprier les photos de presse et d'en faire ce qu'ils veulent - affiches, t-shirts, pochettes de CD, couvertures de livres de recettes, name it -, et ce, à perpétuité et sans payer un sou de droits d'auteur aux quotidiens.

S'il y avait une analogie à faire, je dirais que ce contrat ressemble à s'y méprendre à un contrat mis au point par la multinationale Apple, en lui donnant le droit d'offrir de la musique en continu sans payer un sou de droits d'auteur aux musiciens.

Or, si vous vous souvenez bien, c'est précisément contre cette mesure que Taylor Swift est montée aux barricades, dénonçant la décision d'Apple de ne pas verser des redevances aux artistes pendant la période d'essai gratuite de trois mois de son nouveau service d'écoute Apple Music.

Devenue la Jeanne d'Arc du droit d'auteur, Tay Tay a fait plier Apple, qui, dans une volte-face étonnante, a accepté les exigences de rémunération de la blonde enfant.

Victorieuse et saluée par la grande famille universelle des musiciens, Taylor Swift n'a fait ni une ni deux: elle s'est retournée et a servi exactement la même médecine mesquine d'Apple aux photographes de presse du monde entier. Deux poids, deux mesures.

Dans les faits, le contrat imposé aux photographes date d'avant la controverse d'Apple. Il a été imposé dès le début de la tournée de 1989 à Tokyo, en mai. Étrangement, les médias en ont fait peu de cas jusqu'à ce que Jason Sheldon, un photographe britannique, dénonce la mesure dans une lettre ouverte à Taylor Swift, fin juin.

La qualifiant d'«hypocrite», Sheldon écrit: «De la même manière que les photographes ne te demandent pas de leur donner ta musique gratuitement, nous n'avons pas à te fournir ton matériel publicitaire gratuitement.»

Peu de temps après, le quotidien Irish Times de Dublin expliquait qu'en raison des restrictions imposées par Taylor Swift, aucun photographe maison n'avait été envoyé à son concert.

Ce ne sont pas tous les quotidiens qui lui ont emboîté le pas. Certains continuent d'envoyer leurs propres photographes et donc de céder les droits de leurs photos aux producteurs de la chanteuse. D'autres ont recours aux photos fournies gratuitement par l'agence Getty. N'empêche. Ce que ce contrat demande aux agences de presse est aussi ridicule qu'abusif. Il s'en dégage une très désagréable odeur de contrôle maladif.

Taylor Swift veut contrôler son image jusque dans ses derniers retranchements médiatiques. C'est de la folie! Les journaux, qui sont, jusqu'à preuve du contraire, des entreprises libres, n'ont pas à se plier à ce cirque ni à se faire dire quelle photo de Taylor Swift ils ont le droit de publier ni quand ils peuvent le faire. Et surtout, les journaux n'ont pas à céder leurs droits photographiques à perpétuité à une fille qui, à 25 ans, vaut déjà 200 millions.

Si les entreprises de presse se tenaient, elles rejetteraient en bloc ce contrat, n'enverraient aucun photographe aux concerts de Taylor Swift et ne publieraient pas une seule photo d'elle le lendemain.

Ce n'est pas parce que la charmante blonde a réussi à faire plier Apple que la planète doit désormais se plier à ses quatre volontés.

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