Donalda et le néo-Séraphin

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Guy Laliberté a répondu sur le web à la dramaturge Sarah Berthiaume, qui lui avait adressé une lettre sarcastique lors de la soirée d'ouverture du OFFTA, aux Jardins Gamelin.

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Ah ! le miracle de l'internet ! Ce qui ne devait être qu'un court monologue sur le thème de la richesse dans un show quasi confidentiel fréquenté par une poignée de théâtreux, de curieux et d'itinérants est devenu un événement national. Je parle bien entendu de la lettre furieusement sarcastique de la dramaturge Sarah Berthiaume au guide du Cirque du Soleil.

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Sarah Berthiaume, auteur et comédienne

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D'abord lue de vive voix par la dramaturge lors de la soirée d'ouverture du OFFTA aux Jardins Gamelin, la lettre s'est retrouvée sur le web où elle a fait un tabac avant de faire le malheur du Guy Laliberté.

Ulcéré, celui que la dramaturge qualifie de « néo-Séraphin bling bling » s'est insurgé contre la missive en répondant par la bouche de son clavier ou du clavier de quelqu'un d'autre. J'ajoute cette nuance, car à la lecture de la lettre, il est clair que Laliberté l'a approuvée, mais pas écrite. Et s'il l'a vraiment rédigée, alors son ordinateur est muni d'un autocorrecteur avec du style et tellement performant qu'il réécrit entièrement les textes. Mais c'est un détail. L'important, c'est ce duel entre la pauvre dramaturge, sorte de Donalda qui vit de subventions et d'eau plus ou moins fraîche, et l'ex-cracheur de feu, devenu un milliardaire ostentatoire et un modèle de réussite à la québécoise.

Transparence oblige, j'avoue avoir plus de sympathie pour la Donalda théâtreuse qui a écrit quelques magnifiques pièces. En répondant à un thème imposé par le OFFTA, j'imagine qu'elle n'avait pas prévu que son texte aboutirait dans la tour de Guy Laliberté pour beaucoup moins cher qu'il en coûte pour monter à bord d'une fusée Soyouz. Elle affirme d'ailleurs d'entrée de jeu qu'elle doute que sa lettre se rende à son destinataire, mais elle l'écrit quand même « parce que je dois parler de la richesse et que tu m'apparais comme quelqu'un avec qui il est bon de régler des comptes ».

Et c'est effectivement à un hilarant règlement de comptes que se livre Donalda, en s'en prenant surtout à l'absence de conscience et de solidarité sociales du néo-Séraphin. La lettre est drôle, cinglante et suinte la mauvaise foi.

La riposte de Laliberté est moins drôle et suinte la malhonnêteté intellectuelle. En la lisant, on a en effet la désagréable impression que le guide du Cirque du Soleil nous prend pour des cons.

Un exemple parmi tant d'autres :  Laliberté reproche à Sarah Berthiaume de citer une entrevue qu'il a donnée au Journal de Montréal et de ne pas l'avoir appelé pour vérifier la justesse de la citation. Allo ? Appeler Guy Laliberté ? Aussi bien tenter de joindre le pape ou le dalaï-lama !

Autre exemple : Laliberté évoque le sentiment de fierté que lui communiquent les gens qu'il croise au dépanneur. Pardon ? Guy Laliberté fréquente les dépanneurs ? Lui qui doit avoir trois valets, deux majordomes, une armée de chauffeurs et de gardes du corps à son service, prêts à aller lui chercher un sac de chips ou un chameau. Pense-t-il vraiment que nous allons gober sans sourciller cette image de lui achetant une pinte de lait chez Bonichoix à minuit ? Franchement.

À la limite, ces deux exemples sont anodins. La description angélique des fêtes folles qu'il organisait à l'occasion de la Formule 1 l'est un peu moins. À le lire, les quelque mille invités triés sur le volet et conviés dans son domaine de Saint-Bruno sirotaient du thé en s'échangeant des cartes professionnelles. « Le tableau filles livrées comme des pizzas ne cadre pas du tout avec notre démarche », précise-t-il. Je veux bien, mais Laliberté semble oublier la litanie de plaintes formulées par l'Association des proprios du coin qui ont fini par avoir raison des fêtes aux excès largement documentés. 

Il semble oublier l'incident du stationnement de la polyvalente de Saint-Bruno, où ses invités garaient leurs bolides jusqu'au lendemain, empêchant les autobus scolaires et les profs de s'y stationner aux premières heures le lundi matin. Et puis, qu'il le veuille ou non, son évocation de l'île au large de la Polynésie française qu'il vient d'acheter et où il entend se réfugier avec sa famille en cas de catastrophe est difficile à digérer. 

Vouloir protéger sa famille est une chose. Le faire alors que le reste du monde crève et court à sa perte, une autre.

Mais bon, Guy Laliberté n'est pas mère Teresa ni un de ces millionnaires abonnés à la simplicité volontaire qui se débarrassent de leurs millions comme des objets encombrants. Il est riche et il entend le rester. Grand bien lui fasse. Il a travaillé très fort pour le devenir. Et en chemin, il a fait des miracles pour la culture québécoise, pour les arts du cirque, pour le quartier Saint-Michel et pour des centaines d'artisans et de créateurs d'ici. C'est d'ailleurs en pensant à ses exploits que je me suis demandé pourquoi. Pourquoi s'en prendre à une artiste et une jeune femme qui n'a pas sa notoriété ni sa fortune et qui travaille humblement et avec humour à la survie et à l'évolution de la parole et du théâtre québécois ?

Pourquoi elle, alors que les critiques qu'elle formule, d'autres les ont formulées avant elle ? J'essaie de comprendre.

Guy Laliberté aime répéter que sa réussite ne l'a pas empêché de rester humble. L'humilité dans ce cas-ci aurait été de sourire à la critique et de reconnaître qu'elle était de bonne guerre. De toute évidence, Guy Laliberté a encore du chemin à faire sur la route de l'humilité.

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