Enfin normal à Toronto

Alors qu'il déclarait son amour pour Montréal depuis... (Photo: Olivier Jean, archives La Presse)

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Alors qu'il déclarait son amour pour Montréal depuis des années, Jay Baruchel a déménagé à Toronto il y a environ un an.

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Pendant des années, l'acteur montréalais Jay Baruchel nous a susurré à l'oreille qu'il adorait Montréal, qu'il n'y avait aucune autre ville au monde où il voulait vivre, que s'il n'en tenait qu'à lui, il travaillerait uniquement à Montréal, et bla-bla-bla. Pendant des années, l'acteur ami de Seth Rogen et de Judd Apatow, qu'on connaît bien pour ses rôles dans des films américains comme Knocked Up, How to Train Your Dragon, Million Dollar Baby, This is the End, etc., a tenu parole.

Il a fait la navette entre Montréal et Los Angeles, entre Montréal et New York, et puis, sans crier gare, un jour, il y a environ un an, le Montréalais pur et dur, avec le logo du Canada et celui du Canadien tatoués sur le coeur, a déménagé à Toronto. Il n'était pas le premier ni le seul, mais à la différence de ses congénères, Baruchel en a profité pour montrer du doigt la situation politique québécoise et la tenir directement responsable de son départ.

Dans une entrevue à la Montreal Gazette, il a affirmé que la politique québécoise n'avait cessé de lui donner des migraines, que le débat sur la charte l'avait achevé et que maintenant qu'il vit à Toronto, il peut enfin vivre une vie normale. Il a aussi ajouté que le malheur de Montréal, c'était d'être situé dans un coin difficile du monde.

Un coin difficile? Pardon? Quand je pense à un coin difficile sur la planète, je pense à Alep en Syrie, je pense à Mogadiscio en Somalie, à Ramadi en Irak, à la bande de Gaza. Mais Montréal? Allô?

Passons sur le fait qu'il y a deux ans, Jay Baruchel affirmait exactement le contraire à la Gazette et à La Presse, vantant les mérites des programmes sociaux québécois et le fait que même si ses parents n'avaient pas eu beaucoup d'argent alors qu'il grandissait, ses besoins en santé et en éducation avaient toujours été comblés. Passons aussi sur le fait que Jay Baruchel a une grande gueule, souffre de bipolarité et dit parfois n'importe quoi.

Reste que la surprise, dans cette affaire, ce n'est pas qu'il soit parti pour Toronto. C'est qu'il ait attendu aussi longtemps pour le faire. Soyons honnêtes: l'avenir à Montréal est limité pour un acteur de langue anglaise. Question de marché et d'infrastructures. Il n'y a tout simplement pas assez de productions à Montréal pour faire travailler les acteurs anglo-montréalais dans leur langue.

En plus, Baruchel a eu la chance, lui, d'être repéré par Hollywood, de se bâtir une carrière enviable au cinéma et à la télé et d'amasser une petite fortune en chemin. Pour ce faire, il vivait à Montréal pour la forme, mais dans les faits, il passait le plus clair de son temps en tournage à Toronto, à Vancouver ou à Los Angeles.

Lors d'une rencontre en 2013, en l'écoutant vanter les mérites de NDG, son quartier de prédilection, j'avais senti que son attachement était sincère, mais aussi que c'était celui d'un enfant affolé par l'idée du changement et qui s'accroche désespérément à une bouée rassurante et maternelle. Son refus obstiné de quitter Montréal (où vit toujours sa mère) est en partie responsable de sa rupture avec l'actrice canadienne Alison Pill (The Newsroom), pour qui il était hors de question de vivre à Montréal. Les deux avaient annoncé aux médias des noces qui n'ont jamais eu lieu. Pour l'acteur qui avait 30 ans à l'époque et qui ne s'était jamais engagé à ce point, le coup a été très dur et n'est peut-être pas étranger au fait qu'il s'est détaché progressivement de la ville qui lui avait coûté son premier amour.

Depuis, les choses se sont accélérées professionnellement pour Baruchel. Il a obtenu le rôle principal dans la série Man Seeking Woman, qui est entièrement tournée à Toronto. Il se prépare à réaliser son premier long métrage, la suite de Goon, dont il est le coscénariste. Et rien ne dit qu'à ces raisons professionnelles ne s'ajoute pas une nouvelle blonde torontoise.

Bref, Baruchel avait toutes les raisons du monde de déménager à Toronto. Il n'avait pas besoin d'accabler le Québec pour justifier un choix qui était bien plus de nature professionnelle que politique.

Et puis, c'est quoi, cette idée que Toronto lui permet enfin d'être un gars normal? Le charme de Baruchel tient en partie au fait qu'il n'a jamais été complètement normal, qu'il a toujours été un ado attardé, un peu névrosé sur les bords, vivant dans une ville bohème et schizophrène à son image. De toute évidence, un certain conformisme l'a rattrapé. Aujourd'hui, Baruchel s'identifie à Toronto, une ville normale et adulte où il pourra parler 24 heures sur 24 l'anglais, et surtout la langue de l'argent, et s'américaniser encore un peu plus. J'imagine qu'il était rendu là dans son évolution personnelle et dans son besoin subit de ne plus être différent. Pourquoi ne suis-je pas étonnée?

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