Miroir, miroir...

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Il y a un vieil adage qui dit que l'important dans la vie, c'est de vivre vite, de mourir jeune et de laisser un joli cadavre. On peut retrouver tous ces éléments, l'ironie en moins, dans Beauté fatale, documentaire de Léa Clermont-Dion présenté hier soir sur les ondes de Télé-Québec et dont la deuxième partie sera diffusée ce soir.

Même le joli cadavre de l'adage figure en effet ici. Dans une scène assez marquante, merci, Léa Clermont-Dion interviewe une jeune thanatologue en train de maquiller une morte puis de lui faire un manucure, preuve terrible que même la mort ne libère pas certaines femmes de l'obligation d'être belles et de laisser... un joli cadavre.

Plus tard, en voyant Léa et la thanatologue dans la salle d'embaumement discuter mascara et rouge à lèvres, on pense à la magnifique série Six pieds sous terre et on frissonne un peu. D'effroi, on s'entend.

Pour le reste, Beauté fatale, réalisé par André St-Pierre des Francs-tireurs (également réalisateur de Manon, le film-choc sur l'euthanasie), est un documentaire intéressant, bien ficelé, qui fait le tour de l'obsession de la beauté et de la beauté qui rend malade, de manière complète et convaincante.

Mais il y a un mais et ce mais, c'est Léa Clermont-Dion, jeune beauté fatale elle-même, qui a souffert d'anorexie au point d'être hospitalisée à 12 ans. Des années plus tard, la jeune femme a décidé de renverser la vapeur de sa maladie en militant activement et en réussissant à faire adopter par le gouvernement Charest la Charte québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée. Sauf qu'on comprend assez vite que ce que Léa prêche, elle ne le met pas nécessairement en pratique.

Dans Beauté fatale, elle revient sur les lieux de sa souffrance, notamment dans la chambre d'hôpital où elle ne pesait plus que 70 lb et se trouvait encore trop grosse. C'est un passage particulièrement émouvant du film où la beauté de Léa offre un saisissant contraste avec la douleur intérieure qu'elle ressent.

L'apport intime et personnel de Léa aurait pu s'arrêter là, ce qui aurait été une meilleure idée que d'en faire le personnage central de la première partie. Car au bout d'un moment, les misères de cette jeune femme qui court à perdre haleine dans les rues de Montréal pour faire fondre les kilos en trop qu'elle n'a pas finissent par lasser.

On la voit aller chez sa mère à la campagne et l'affronter sur un passé pénible dont elle la tient responsable. On entend sa mère lui rappeler qu'elle a beau dénoncer les images idéalisées des femmes dans les magazines, elle n'a cessé de s'y conformer. «T'as toujours voulu plaire et séduire», lui reproche gentiment sa mère, arrachant à Léa, dans la scène suivante, des larmes amères, avant qu'elle ne reconnaisse du bout des lèvres qu'elle est peut-être paradoxale. Peut-être? Plus paradoxale que ça, t'avances en reculant.

Mais ce qui dérange le plus dans Beauté fatale, ce sont ces scènes trop nombreuses où on voit Léa se maquiller, se remaquiller, se faire maquiller et acheter un panier plein de produits de maquillage. Ce qui dérange aussi, c'est de la voir, image après image, belle comme un coeur et mince comme tout, se plaindre qu'elle ne s'aime pas, qu'elle se trouve moche et blablabla. Parfois, on a l'impression d'assister à un épisode de la misère des riches.

Je comprends très bien qu'on puisse être jeune, belle et intelligente tout en étant malheureuse comme les pierres, mais est-ce nécessaire de nous le répéter ad nauseam?

Heureusement, dans la deuxième partie du film, Léa s'efface un peu et laisse la place aux autres et surtout à ses idées plutôt qu'à ses complexes. Tant mieux. Car comme intervieweuse, Léa réussit souvent à soutirer des confessions d'une candeur rafraîchissante à ses interlocutrices. Sa rencontre avec Mitsou est particulièrement touchante, surtout lorsque celle-ci s'écrie presque malgré elle: «Ça fait 30 ans que j'espère... que j'espère ne pas avoir mon corps!»

Dans une autre scène, Léa réunit, autour du thème du vieillissement, quatre actrices: la cadette Léane Labrèche-Dor, Valérie Blais, Marie-Chantal Perron et la doyenne Micheline Lanctôt qui jure qu'elle ne se fera jamais faire de chirurgie plastique. Jamais. Parce que ce serait trahir ce qu'elle est et ce que la vie a fait d'elle et de son visage, dit-elle avec une belle indépendance d'esprit. Mais surtout, Micheline a une réflexion mémorable sur le passage du temps qui efface lentement la trace des femmes.

«Quand j'étais jeune, je me faisais siffler dans la rue tout le temps et ça m'énervait. Maintenant, plus personne ne me regarde ni me siffle dans la rue et ça m'énerve autant!», lance-t-elle dans un immense éclat de rire.

La plus grande leçon de ce film, c'est peut-être à quel point les femmes sont paradoxales dès qu'il est question de beauté et d'apparence physique. Et que le meilleur remède à nos nombreux paradoxes, c'est de commencer par en être conscientes et par les accepter. Quant au remède contre la beauté qui rend malade, il y en a un plus évident et plus efficace que les autres: ne pas passer sa vie à se regarder dans le miroir.

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