La parfaite obéissance séduit le jury

C'est finalement le Mexique qui sort grand gagnant du 38e FFM et c'est tant... (Photo: fournie par le FFM)

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C'est finalement le Mexique qui sort grand gagnant du 38e FFM et c'est tant mieux. Le jury, sous la présidence de l'acteur et réalisateur Sergio Castellitto, a en effet accordé à l'unanimité le Grand Prix des Amériques à La parfaite obéissance du réalisateur mexicain Luiz Mondragon.

C'était mon premier choix et je ne peux que saluer un jury qui, de toute évidence, n'a pas manqué de jugement ni de discernement. En même temps, il fallait être aveugle pour ne pas voir que ce film se détachait du lot tant par ses qualités cinématographiques que par l'histoire et le propos.

La parfaite obéissance porte sur un célèbre prêtre pédophile mexicain, grand ami du pape Jean-Paul II et fondateur des Légionnaires du Christ qui compte quelque 3000 séminaristes à travers le monde. Le film met au jour la stratégie de pouvoir, de manipulation et de sévices sexuels du prêtre sur un jeune gamin naïf et innocent qui ne comprend rien de ce qui lui arrive.

Personnellement, j'aurais donné le Prix d'interprétation à Juan Manuel Bernal, qui incarne ce prêtre maléfique et séduisant avec énormément de finesse et la dose nécessaire d'ambiguïté. Mais en fin de compte, c'est l'acteur chinois Yao Anlian, qui incarne le patron d'une usine de jouets en Chine dans le film Le patron de l'usine, qui a remporté le Prix de la meilleure interprétation masculine.

Du côté des interprètes féminines, le prix a été remis ex aequo au touchant duo que forment Rachael Blake et Lucie Debay dans Melody, un film belge sur la relation qu'une mère porteuse noue avec la femme riche et célibataire dont elle porte l'enfant.

Le Prix spécial du jury a été accordé à la jolie fable nipponne Cap nostalgie, qui dépeint un village idéal à une heure de Tokyo, peuplé de personnages drôles, touchants et tous solidaires. Mais le jury a eu la bonne idée d'accorder le prix suivant - le Prix de la mise en scène - à un autre film japonais qui se situe à l'extrême opposé du premier et qui a été réalisé par une jeune cinéaste de 37 ans, Mipo Oh. Dans The Light Shines Only There, l'idéal japonais de Cap nostalgie vole en éclats sous le coup des âpres réalités d'un Japon aux prises avec de grandes inégalités sociales. C'était une belle idée que de récompenser ces deux pôles du cinéma japonais.

Le Prix de la meilleure contribution artistique a été attribué à La femme de chambre, un film allemand tordu sur une femme de chambre fêlée mais touchante qui se glisse sous les lits des clients de l'hôtel où elle travaille pour combattre sa solitude et son isolement.

Côté innovation, c'est le film américano-serbe Travelator qui a remporté le Prix de l'innovation: un prix mérité pour un film qui joue habilement sur les contrastes entre la réalité et la virtualité et qui démontre que ce n'est pas parce qu'un jeune est champion aux jeux vidéo violents qu'il fera nécessairement un bon tueur à gages.

Quant au Prix du meilleur scénario, c'est la seule ombre au tableau d'un palmarès presque parfait. Le prix a été remis au cinéaste Pupi Avati pour le scénario d'Un ragazzo d'oro. Le film n'était pas très bon et le scénario, lourd et cliché, l'était encore moins. C'est Dany Laferrière qui est venu remettre le prix. Pupi Avati était retourné en Italie, mais il a envoyé un message remerciant ses amis du jury et son grand copain, Serge Losique.

Depuis quelques années, le FFM récompense les premières oeuvres avec les prix Zénith attribués par un jury différent du jury de la compétition. Cette année, le Mexique avait la cote, puisqu'en plus de remporter le Grand Prix des Amériques, il a vu le Zénith d'or être remis au film Gonzalez de Christian Diaz Pardo. Le jury des Zénith était composé d'un journaliste japonais, d'un historien du cinéma iranien et d'un producteur britannique.

Le Zénith d'argent a été décerné au film belge L'année prochaine de Vania Leturcq et le Zénith de bronze, au film hongrois L'ambassadeur à Berne d'Attila Szasz.

Un mot sur les courts métrages qui étaient présentés avant les films de la compétition. Dans cette catégorie, le jury a, une fois de plus, fait preuve de discernement, accordant son Premier Prix à Chum, une délicieuse comédie qui se déroule en Islande et met en scène un couple de vieux garçons dont l'amitié sera mise à rude épreuve par l'arrivée d'une femme dans leur baignoire à remous.

Le Prix du jury a été décerné à Bad Hunter, un court métrage à l'humour grinçant sur un jeune chasseur irakien qui sauve une jeune femme du viol. Une mention spéciale très méritée a été décernée à Rabbit, de la Française Laure de Clermont-Tonnerre, sur la zoothérapie en milieu carcéral.

Le 38e Festival des films du monde s'est conclu hier soir au cours d'une cérémonie charmante et spontanée, ponctuée de fous rires, de blagues et même d'une chanson interprétée par une des membres du jury: la pop star chinoise Jane Zhang, belle comme un coeur et pourvue d'une voix d'or qui n'a rien à envier à celle de Céline Dion.

Compte tenu des semaines houleuses qui ont précédé l'ouverture du FFM et du retrait des institutions publiques le privant de précieux fonds, le festival aurait pu sombrer. Il n'en fut rien. Cette 38e édition, mal lunée et mal aimée, s'est somme toute bien déroulée.

Il n'en demeure pas moins que ce festival s'appelle le Festival des films du monde et qu'il lui manque un élément essentiel: du monde. J'entends par là que même si les salles n'étaient pas vides, elles n'étaient plus pleines non plus. J'entends aussi par monde la presse internationale. Celle qui se bouscule pour se trouver une place dans les conférences de presse à Cannes, Venise ou Berlin.

Au FFM, les conférences de presse se sont déroulées en toute confidentialité avec à peine une douzaine de journalistes, et encore. Ce n'est pas normal. N'eût été la délégation japonaise et ses 42 représentants tous armés de caméras, la salle de conférence de presse du FFM ressemblait trop souvent à un quai de gare déserté. Si le festival veut survivre et même trouver un nouvel élan, il faudra régler cet important déficit démographique.

En attendant la fin du palmarès hier, je me suis demandé si Serge Losique allait faire preuve de prudence et ne pas annoncer les dates de la prochaine édition d'un festival dont l'avenir demeure incertain.

Prudent, Serge Losique? Jamais de la vie. C'est ainsi qu'à l'issue du palmarès, quelques secondes avant de présenter Aimer, boire et chanter, le dernier film d'Alain Resnais, il a annoncé que le 39e édition du FFM aurait lieu du 22 août au 2 septembre... 1915!

Personne ne lui a chuchoté qu'il s'était trompé d'un siècle. Mais qu'à cela ne tienne. Alors que tout le monde le pousse à la retraite, hier soir, Serge Losique s'est rajeuni de cent ans...




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