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Une dernière chance

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Il y a des directeurs de festivals au Québec qui ont les moyens de se payer des domaines sur le chemin des Falaises, à La Malbaie. Et puis, il y en a d'autres qui sont obligés de vendre tous leurs biens pour éviter la faillite à leur festival. C'est le cas de Serge Losique, président et fondateur du FFM qui, dans six semaines, contre vents et marées et malgré le refus des instances publiques de l'aider financièrement, lancera la 38e édition de son festival.

Vous m'auriez dit, il y a 20 ans, qu'un jour, je me porterais à la défense de Losique et de son festival, je ne vous aurais pas cru. Nos rapports ont souvent été conflictuels. Je ne compte plus le nombre de chroniques aux titres calamiteux que j'ai pondues à son sujet. Il y en a des plus positives aussi. Du moins au début. Car le FFM a aussi connu des heures de gloire.

C'était dans un autre siècle, au tournant des années 80. Les cinéphiles montréalais convergeaient en masse au défunt cinéma Parisien; certains y prenaient même leurs vacances annuelles. Il y avait des files à n'en plus finir. Le bar de l'ancien Méridien était bondé de producteurs étrangers, de stars françaises et de grands réalisateurs. On ne s'ennuyait pas au FFM. Que non!

Et puis... le monde a changé. Les vedettes américaines, propulsées par une machine d'enfer, ont éclipsé tous les acteurs de talent qui n'avaient pas la chance de faire carrière aux États-Unis. Et le Festival de Toronto, déjà à genoux devant les Américains, a profité de cette vague impérialiste pour s'imposer à l'échelle internationale et devenir le deuxième festival en importance après Cannes.

Le président du FFM et sa fidèle alliée Danièle Cauchard n'ont pas su s'adapter aux bouleversements de la mondialisation, sans doute parce qu'ils étaient de la vieille école et n'avaient pas compris que le cinéma et les festivals étaient devenus une business.

N'empêche. Ils ont tenu ce festival à bout de bras pendant 38 ans, sans compter leur temps ni économiser leur énergie, avec 10 fois moins de moyens que le Festival du film de Toronto, grassement subventionné pour nous vendre du cinéma américain. Ils n'ont jamais dévié de leur route malgré les tempêtes - et Dieu sait s'il y en a eu, notamment de 2004 à 2006, lorsque les institutions publiques ont privé le FFM de ses subventions dans l'espoir qu'il ferme boutique.

Cette fois-là, les bailleurs de fonds publics ont déshabillé Serge (Losique) pour habiller Alain (Simard), mettant tous leurs oeufs et leur argent dans un nouveau festival piloté par Spectra, qui fut un échec retentissant.

Après ce fiasco, le PDG de la SODEC de l'époque, Jean-Guy Chaput, a fait un mea-culpa public avant de redonner son appui et son aide financière au FFM, suivi par Téléfilm Canada et la Ville de Montréal. On aurait pu penser qu'après un tel cafouillage, les dirigeants des instances publiques avaient eu leur leçon et laisseraient le FFM en paix. Mais non! Voilà que la guéguerre recommence.

À nouveau solidaires dans leur désir de punir et de dégommer Losique, les trois principaux bailleurs de fonds publics refusent de donner une dernière chance au FFM. Et cela, en dépit du plan de transition imaginé par Michel Nadeau qui prévoit éponger la dette de 2,5 millions en hypothéquant le cinéma Impérial qui appartient au festival.

À ce que je sache, cet ancien cadre supérieur de la Caisse de dépôt et placement n'est pas le dernier venu en matière de gestion de risque. Pourtant, les instances publiques ne font pas confiance à son plan d'affaires. À la Ville, pour justifier le refus d'aide financière au FFM, on invoque la saine gestion des fonds publics. Pardon? On voudrait que Serge Losique paie pour tous les fonctionnaires corrompus qui défilent à la commission Charbonneau!

Si l'aide de la Ville au FFM était de plusieurs millions, on comprendrait la prudence des bailleurs de fonds, mais l'aide est d'à peine 300 000$, une goutte d'eau dans un océan de mauvaise foi.

L'attitude de la Ville de Montréal, de Téléfilm et de la SODEC dans ce dossier est franchement lamentable. On ne «tire pas la plogue» sur un festival établi comme le FFM à deux mois d'avis. Pas plus qu'on ne tire le tapis sous les pieds d'un homme vieillissant à la santé fragile, un homme qui, à ce moment-ci de sa vie, mérite la reconnaissance et le respect pour ses services rendus à la société.

J'ose espérer que ceux qui nous représentent finiront par entendre raison et par donner une dernière chance au FFM. Le cas échéant, j'ose espérer qu'ils ne pousseront pas l'insolence jusqu'à se pointer sur le tapis rouge le soir de l'ouverture du FFM en août. Ça serait franchement indécent.

***

On n'en parle pas assez

De l'enveloppe de 33 millions consentie par le gouvernement de Stephen Harper pour commémorer jusqu'en 2021 toutes les guerres auxquelles le Canada a participé. Pendant que CBC/Radio-Canada crèvera à petit feu, exsangue et étranglé par les compressions et les mises à pied, il y aura, partout au Canada, une recrudescence de shows et de manifestations militaires. La guerre? Yes sir!!! Une question me turlupine. Par cette mesure, Stephen Harper veut-il réveiller notre fibre patriotique ou nous donner envie de faire la guerre? Si oui, contre qui? Son propre gouvernement?

On n'en parlera pas, on le vivra 

Le bonheur des vacances qui, pour moi, commencent ce matin. J'espère que le mois de juillet sera à la hauteur de mes attentes, mais, même s'il ne l'est pas, je m'en fous. Je suis en vacances. Je vous souhaite un magnifique été, du soleil, de l'eau claire et des tonnes de livres captivants. On se retrouve en août.




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