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La coqueluche ronde

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C'est la coqueluche du moment. Une coqueluche qui a une forme: ronde. Pour la deuxième fois, à un an d'intervalle, ELLE Québec, bible de la jeune femme mince et chic, a mis en couverture un mannequin de taille forte.

Ashley Graham, du Nebraska, a 27 ans, fait 5 pi 9 po et porte du 16 ans. C'est la star des tailles fortes en ce moment. Et elle est assez magnifique, merci.

En plus du ELLE Québec, Ashley fait la couverture de la revue Infopresse ce mois-ci grâce à une pub pour la chaîne Addition Elle. La pub en question la montrant en dessous chics vient en effet de remporter le prix du concept média de l'année lors de la 13e édition des prix Média.

Au même moment, la direction du magazine Véro a décidé elle aussi de faire une place aux tailles fortes. Véro elle-même s'en explique dans un billet où elle raconte qu'elle était contre l'idée au début. Dans son esprit, proposer une page mode aux femmes qui habillent les tailles plus, c'était les ghettoïser. Mais à force d'entendre des commentaires de lectrices se plaignant de se sentir exclues du magazine, elle a changé d'idée. Désormais, Guylaine Guay, humoriste aux formes généreuses, signera une chronique dans le magazine et les tailles fortes y auront leurs pages mode.

Dernière en lice au rayon des rondes médiatiques, la revue de théâtre JEU consacre son numéro actuel aux corps atypiques. Debbie Lynch-White, méchante gardienne dans Unité 9, pose flambant nue sur la couverture et nous nargue avec son regard lascif, ses longs cheveux blonds et sa chaire rose et dodue. L'article qui présente le dossier des corps atypiques fait, d'entrée de jeu, une immense affirmation. Le corps normal est une fiction, peut-on y lire, ce qui, à mon avis, est en soi une fiction.

Si la norme est une norme, c'est bien parce qu'elle correspond à un modèle normatif largement répandu. Autrement dit, entre les femmes rondes et les anorexiques, il y a un vaste champ de femmes ni trop grosses ni trop maigres. Elles ne sont pas meilleures, plus gentilles, plus intelligentes ou plus douées pour autant. Mais elles correspondent à une certaine norme. Le problème, ce n'est pas cette norme, mais les excès qu'on a commis en voulant l'imposer à tout prix et en excluant tout ce qui n'entrait pas dans son cadre normatif.

Le problème, c'est l'absence de diversité. Le problème, c'est l'imposition d'un modèle dominant qui écrase, oblitère et fait tout disparaître sur son passage.

Avant de poursuivre, permettez-moi un aveu. Bien que je sois la première à monter au front pour la diversité des corps, bien que j'applaudisse chaleureusement les magazines qui osent mettre une taille forte en couverture, bien que j'aie signé en 2002 un portrait très flatteur de Manon Morin, un des premiers mannequins de la chaîne Addition Elle, la photo d'une jeune et jolie taille forte glissée entre 16 pages de mannequins anorexiques a longtemps suscité chez moi un malaise. Pas que je sois un modèle de minceur. Mais voir une fille ronde en vedette dans une pub ou dans un magazine m'indisposait. Je me suis longtemps demandé pourquoi. J'ai fini par comprendre que la raison de mon malaise tenait en un mot: la rareté.

C'est en effet la rareté qui crée le trouble, l'inconfort, le déséquilibre et la gêne menant au préjugé. C'est la rareté qui empêche les abonnées des magazines féminins de s'identifier aux mannequins taille plus. Et inversement, c'est la surenchère et la saturation qui font que ces mêmes abonnées se projettent dans Kate Moss et tous les autres top modèles.

Pourtant, le décalage entre la femme ordinaire et Kate Moss est aussi grand que celui entre la femme ordinaire et Ashley Graham. Mais notre regard est rarement exposé au corps d'Ashley alors qu'il est conditionné à voir Kate Moss, reproduite à l'infini.

Quand les couvertures changent, la culture change, affirme à juste titre Lady Gaga, citée dans ELLE Québec. Aujourd'hui, quand je regarde Ashley Graham sur la couverture glacée d'un magazine, ce que je vois, ce n'est pas une taille forte ni la coqueluche du moment. C'est une sacrée belle fille. Point. Le changement évoqué par Lady Gaga ne s'est pas encore complètement réalisé. Mais il est sur la bonne voie.

De Mommy, de Xavier Dolan. Or, même s'il ne faut pas vendre la Palme avant de l'avoir remportée, l'alignement des astres semble parfait. Il y a exactement 25 ans, Steven Soderberg devenait, à 26 ans, le plus jeune lauréat de la Palme d'or à Cannes avec Sex, Lies and Videotape. Avec ses 25 ans à peine sonnés et avec, dans le jury, des «mommies» flyées comme Jane Campion et Sofia Coppola, Xavier Dolan pourrait bien fournir au Festival de Cannes l'occasion de répéter un précédent et de donner espoir à sa génération. On le souhaite.

Des Iraniennes qui défient la loi islamique en affichant sur les réseaux sociaux des photos d'elles-mêmes, sans voile, la tête nue et les cheveux au vent. «My Stealthy Freedom», ma liberté furtive, est le nom donné à leur page Facebook. Le mouvement prend de l'ampleur et semble confondre les autorités qui n'ont pas encore sévi. Imaginez s'il fallait que les Iraniennes quittent le monde virtuel pour laisser leur voile s'envoler sur la place publique!




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