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BB: icône, puis mégère

Brigitte Bardot... (Photo Archives AFP)

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Brigitte Bardot

Photo Archives AFP

Elle a été jeune, belle, sexy et insolente comme la France qui l'a vue naître et dont elle a incarné le charme fou dans le monde entier. Et puis, elle a vieilli: mal.

Dans exactement quatre mois, le 28 septembre, Brigitte Bardot aura 80 ans. Or, au moment même où s'ouvre le Festival de Cannes, que BB a autrefois gratifié de sa beauté lumineuse, sort chez nous un livre qui réhabilite en quelque sorte son mythe: Brigitte Bardot, la femme la plus belle et la plus scandaleuse du monde, d'Yves Bigot, ex-journaliste, aujourd'hui grand patron de TV5 Monde.

Au lieu d'interviewer la star et d'écouter la même cassette qu'elle sert aux médias depuis des lunes, Bigot a préféré rencontrer ceux qui l'ont connue ou qui la côtoient encore, y compris son dernier mari, Bernard D'Ormale, ami personnel de Jean-Marie Le Pen.

Avec eux, Bigot refait le parcours de cette enfant gâtée issue de la grande bourgeoisie parisienne qui deviendra star malgré elle en brisant plusieurs coeurs et autant de tabous.

D'entrée de jeu, en retrouvant l'auteur dans la cafétéria de Radio-Canada cette semaine, je lui ai dit tout le mal que je pensais de Brigitte Bardot. Pas de la Brigitte d'Et Dieu créa la femme de Roger Vadim, film précurseur de la Nouvelle Vague, ni de la BB du Mépris de Jean-Luc Godard en 1963. Ni même de la BB qui, consciente de sa date de péremption, a mis fin à sa carrière au cinéma le 7 juin 1973. Cette Bardot-là fut, comme l'affirme Bigot, la grande icône française du XXe siècle, celle qui a ouvert la voie à la femme moderne, post-beauvoirienne.

Le problème, c'est l'autre, la harpie et la mégère. Celle qui n'a pas eu l'élégance de disparaître de l'oeil public comme Greta Garbo. Celle qui, après avoir annoncé sa retraite, est revenue aussi enragée que Godzilla, se portant à la défense des bébés phoques canadiens, puis de tous les animaux de la Terre, avant de faire l'apologie du Front national et d'avoir pas moins de cinq procès pour incitation à la haine raciale.

«Brigitte Bardot, explique Yves Bigot, est contre tout ce qui change la France dans laquelle elle a grandi. À cet égard, elle incarne une certaine France, qui n'est plus un acteur dominant dans le monde et qui a du mal à vivre au XXIe siècle.»

Mais alors, pourquoi s'intéresser à elle? Pourquoi écrire un livre de plus de 400 pages qui fait son apologie? «Pour la repositionner dans l'Histoire, répond Bigot, et montrer le rôle décisif qu'elle a joué sur le plan de l'évolution des femmes. Simone de Beauvoir a peut-être écrit Le deuxième sexe, mais c'est Bardot qui l'a incarné aux yeux de millions de gens en étant une femme libre et émancipée avant la lettre, autant dans ses films que dans la vie.»

Reste que pour nous, Nord-Américains, c'est plus Marilyn que BB qui, symboliquement, incarne ce changement. Bigot le reconnaît, mais en tant que Français, il lui préfère BB. Dans un passage de son livre, il raconte l'unique rencontre entre BB et Marilyn à Londres à l'invitation de la reine d'Angleterre. BB évoquera plus tard avec une touchante humilité son admiration pour Marilyn: «Je la buvais des yeux. Je la trouvais d'une beauté sublime. Pour moi, elle a toujours représenté ce qu'une femme devrait rêver d'être: la beauté et la fragilité à la fois.»

Pour Bigot, il n'y a pas qu'un océan qui sépare Bardot de Marilyn Monroe, il y a deux cultures diamétralement opposées.

«Marilyn, dit-il, est toujours apprêtée et maquillée. Derrière elle, c'est toute la machine hollywoodienne qui s'active alors que Bardot est naturelle, cool, sportive. Bardot, c'est français, artisanal, bordélique. Elle aurait pu avoir une carrière à Hollywood, mais ça ne l'a jamais intéressée.» Bardot en convient elle-même en déclarant en 2011 au Nouvel Obs: «Je suis foncièrement française. Tout ce qui ne m'est pas familier me fait peur. J'ai besoin de mes racines. Cette industrie hollywoodienne est à des années-lumière de ma manière de vivre.»

Va pour la fille cool et sportive dont le magazine Elle dira qu'elle a lancé au moins neuf modes, dont les ballerines, le vichy, les casquettes, le débardeur et même la veste Mao. Mais rien ne saurait excuser les frasques de la militante pour les droits des animaux, ni les énormités d'intolérance que BB a proférées de vive voix ou dans les quatre livres qu'elle a publiés.

Yves Bigot concède que BB a commencé son combat avec les bébés phoques de manière maladroite et improvisée. «Elle a fait des erreurs et a été incapable de maîtriser ses émotions, mais depuis, elle a compris que le combat ne se gagnerait pas à l'émotion et elle a raffiné ses méthodes. Pour ce qui est de l'imprécatrice de droite, poursuit-il, elle dit peut-être des choses terribles, mais elle n'a jamais posé le moindre geste. C'est une misanthrope plus qu'une raciste. Et ce qui n'aide pas son cas, c'est qu'elle vit coupée du monde. Elle ne croit que ce qu'elle voit à la télé et lit dans les journaux de droite, ce qui n'est rien pour l'aider.»

Bouffie par la cortisone et l'arthrose, se déplaçant en béquilles, le visage ridé par un excès de soleil, Brigitte Bardot a mal vieilli. Hier, elle nous narguait avec sa beauté ravageuse. Aujourd'hui, c'est depuis les ravages de la vieillesse qu'elle nous nargue, fidèle à elle-même pour le meilleur comme pour le pire.




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