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Les radio-canadiens

L'ex-PDG de Québecor, Pierre Karl Péladeau, ne haïssait... (Photo: archives Reuters)

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L'ex-PDG de Québecor, Pierre Karl Péladeau, ne haïssait semble-t-il pas autant le diffuseur public qu'il le laissait entendre.

Photo: archives Reuters

Des fois, j'ai l'impression d'assister aux funérailles d'un défunt qui ne fut pas très aimé de son vivant. Maintenant qu'il est mort, ses détracteurs lui trouvent subitement toutes sortes de qualités, de grandeur d'âme et de splendeur de caractère.

C'est l'effet que me fait le sursaut d'affection pour Radio-Canada à la suite d'une nouvelle vague de compressions qui vient plomber le diffuseur public.

Depuis cinq jours, c'est la déferlante: messages d'amour venant d'un peu partout, sortie publique de 17 animateurs vedettes - dont 9 étaient à l'émission Tout le monde en parle dimanche dernier -, lettre ouverte d'un regroupement improvisé de personnalités de 35 ans et moins, appel du président Hubert Lacroix à une grande conversation nationale sur le rôle et l'avenir du diffuseur public. C'est à croire que tout le Québec a subitement viré radio-canadien!

Non pas que le diffuseur public (avec lequel je collabore à l'occasion depuis 30 ans) ne mérite pas notre respect, notre commisération et notre soutien contre les tentatives d'asphyxie du gouvernement Harper. Mais avouez que certaines sorties publiques sont pour le moins étonnantes. La dernière en lice nous est venue du plus improbable radio-canadien de tous: nul autre que Pierre Karl Péladeau, qui n'a eu de cesse, lorsqu'il était PDG de Québecor, de vouloir river le clou du cercueil radio-canadien.

En même temps, l'ex-PDG ne haïssait peut-être pas autant le diffuseur public qu'il le laissait entendre. J'ai été témoin à quelques reprises du décalage entre son discours public et sa parole privée. La dernière fois, c'était à un lancement de livre. J'ai vu PKP aborder mon bien-aimé - Michel Lacombe - pour lui annoncer qu'il écoutait r-e-l-i-g-i-e-u-s-e-m-e-n-t son émission de radio à la Première Chaîne le samedi midi. Il lui avait déjà fait part de son enthousiasme à un autre événement. J'en avais déduit que PKP était un radio-canadien de garde-robe. Je constate qu'il vient d'en sortir et c'est tant mieux.

Et - une fois n'est pas coutume - je suis d'accord avec plusieurs des arguments qu'il avance dans sa lettre ouverte. Le premier porte sur la réduction de l'offre d'information qui constitue, à raison, un recul pour la démocratie québécoise. PKP souligne aussi que si Stephen Harper croit toujours que le Québec est une société distincte, alors il doit protéger la capacité du diffuseur public à contribuer à son essor culturel et refuser que la télé publique francophone paie pour les ratés de la CBC.

C'est exactement le genre de discours que j'aurais voulu entendre de la part du président Hubert Lacroix. Or, jusqu'à la semaine dernière, le président avait refusé de monter au créneau pour défendre «sa shoppe».

«Je ne négocie pas en public», l'a-t-on entendu déclarer aux médias: pas exactement la déclaration d'un père aimant cherchant à protéger ses ouailles. Heureusement, depuis, il a changé son fusil d'épaule et demande à tous ceux qui ont à coeur le sort du diffuseur public de l'aider à tracer la voie de l'avenir.

J'espère que les radio-canadiens seront nombreux à répondre. J'espère aussi qu'Hubert Lacroix sera le président qui redessinera un avenir brillant pour le diffuseur public et pas celui qui l'amènera à faire un pas en avant... vers le précipice.

Le dernier Poquelin d'Amérique

Raymond Paquin se plaisait à croire qu'il écrirait au moins 15 livres avant sa mort et que le dernier s'intitulerait Le dernier Poquelin d'Amérique. Mais l'ex-gérant des Colocs et auteur de Dédé, un très honnête et touchant livre sur le suicide de Dédé Fortin, n'a pu tenir sa promesse. Il a succombé vendredi dernier, à l'âge de 66 ans, à des problèmes cardiaques, sans avoir écrit cet ultime hommage à Jean-Baptiste Poquelin, le Molière dont son père lui avait juré qu'il était son ancêtre. C'était un mensonge, bien entendu. Les Paquin de Rouyn ne descendent pas de Molière, mais la découverte de la supercherie paternelle n'a pas pour autant poussé le jeune Raymond à renoncer à son rêve de devenir écrivain. Seulement à le retarder de quelques années.

Dédé Fortin s'est donné la mort le 8 mai 2000, après avoir juré à son gérant, 24 heures plus tôt, que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Depuis, Raymond a accroché son sifflet de gérant et de producteur de disques pour écrire à temps plein. Huit livres sont parus sous sa plume, dont celui sur Dédé, un autre sur les 400 coups de l'animateur Gilles Proulx et plusieurs ouvrages racontant la vie des bâtisseurs du Québec moderne, tous publiés chez Quitte ou double, la maison d'édition de sa conjointe Lise Durocher, dont il partageait la vie depuis 29 ans. Il avait trois nouveaux livres en chantier qu'il n'a pu terminer, dont un sur Bernard Lemaire.

Raymond est mort en mai comme Dédé Fortin il y a déjà 14 ans. S'il y a un paradis pour les gens de plume, Raymond Paquin y trouvera une place. Et qui sait s'il ne finira pas par y croiser Dédé ou Jean-Baptiste Poquelin.




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