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Gab Roy: la fin de la fiction

Menotté, l'air d'un homme en état de choc, Gab Roy n'en menait pas large après... (Photo: Olivier Jean, La Presse)

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Photo: Olivier Jean, La Presse

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Menotté, l'air d'un homme en état de choc, Gab Roy n'en menait pas large après sa nuit passée en prison. Debout dans le box des accusés, il écoutait la procureure de la Couronne faire la lecture d'une longue liste de conditions qu'il devrait respecter pour sa libération: interdiction d'aller sur l'internet, de naviguer sur un ordinateur, d'avoir un téléphone cellulaire, interdiction surtout de se retrouver en présence d'enfants ou de mineurs, sauf évidemment les siens, dont une fille qui doit avoir sensiblement l'âge qu'avait sa victime au moment des événements qui lui sont reprochés.

À quelques reprises, le blogueur qui fait face à quatre chefs d'accusation, dont incitation à des contacts sexuels avec une mineure et leurre informatique, s'est tourné vers la salle et a souri à un couple, prostré et silencieux, sans doute ses parents.

Que l'on était loin de la vie de vedette que Gab Roy se félicite d'avoir vécue pendant cinq ans dans l'ultime blogue qu'il a écrit le 4 avril dernier avant de fermer ses comptes Facebook et Twitter pour de bon.

«Une vie, a-t-il écrit, où j'ai eu droit à l'admiration, aux rires, à la vie folle, aux plus belles femmes, mais surtout à une tribune qui m'a donné l'occasion de façonner la société dans laquelle je vis.»

Façonner? On se demande bien ce que Gab Roy a pu façonner, autre que sa propre défaite.

Je pourrais écrire comme bien d'autres l'ont fait sur les médias sociaux, après son arrestation: «Ça ne m'étonne pas, je l'avais vu venir». Mais ce n'est pas vrai.

Pourtant, le 2 avril, un lecteur m'a envoyé un lien vidéo. Une jeune femme, dont on ne voyait pas le visage, y faisait défiler en silence une série de cartons accablants, où elle accusait Gab Roy d'avoir eu des relations sexuelles avec elle alors qu'elle n'avait que 15 ans, lui reprochant de l'avoir salie, trahie, traitée comme une pute et fait frôler le suicide.

La vidéo anonyme provenait d'un site russe, ce qui n'aidait pas à sa crédibilité. Elle arrivait seulement trois semaines après la mise en ligne d'une vidéo de Gab Roy faisant la lecture à un public hilare d'une lettre odieuse et cruelle: la lettre d'un pédophile à une petite fille de 11 ans qu'il vient de sodomiser.

Or, la vidéo de la jeune fille anonyme reprenait trop d'éléments de la lettre pour que la coïncidence ne soit pas suspecte. Rien ne prouvait son authenticité et comme, en plus, dans le monde virtuel glauque qu'habitent Gab Roy et ses amis, tous les coups bas sont permis, cette vidéo aurait très bien pu être une mise en scène des nombreux ennemis du blogueur. Après tout, ça ne serait pas la première fois qu'internet nous ferait cadeau d'un coup monté.

Pour toutes ces raisons et parce que je commençais à en avoir soupé de Gab Roy, j'ai décidé de ne pas faire état de cette vidéo dans une chronique.

À ce moment-là, je croyais encore Gab Roy quand il affirmait que son humour trash et cruel était fondé sur la fiction, pas la réalité. Que les transgressions extrêmes auxquelles il se livrait, y compris dans sa lettre obscène à Mariloup Wolfe, n'étaient que délire imaginaire. Et qu'il n'y avait, en fin de compte, aucune différence entre la littérature d'horreur et son humour noir. Que dans un cas comme dans l'autre, il ne s'agissait que de fantasmes, de fabulations et d'histoires inventées.

Je suis peut-être naïve, mais je crois au pouvoir de la fiction et aux libertés que cette fiction peut prendre parfois pour arriver à ses fins. Sauf que...

Mardi, ce n'est pas la fiction qui a sonné à la porte de Gab Roy pour l'arrêter. C'est la Sûreté du Québec. Ce n'est pas de la fiction non plus que ces quatre accusations en bonne et due forme qui lui sont tombées sur la tête. Et la jeune femme qui a porté plainte contre lui n'est pas le personnage d'un roman ou d'une bande dessinée. Elle existe dans la vraie vie. Et le courage qu'elle a dû déployer pour revenir sur cette sale histoire et la porter devant les tribunaux n'est pas de la fiction non plus.

Pour l'instant, Gab Roy a droit à la présomption d'innocence. Mais si jamais il est reconnu coupable, j'en déduirai qu'il a fait l'erreur de confondre la vraie vie et la fiction. Ou pis encore: l'erreur de jouer avec le feu dans la vraie vie en croyant que la fiction le protégerait. Mais la vraie vie est parfois plus forte que la fiction. Et en ce moment, la vraie vie est en train de reprendre ses droits et de rattraper Gab Roy comme il n'aurait jamais pu l'imaginer.




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