Pour un instant...

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L'année 1974 n'en fut pas nécessairement une bonne pour le Québec. C'est l'année du début de la grève à la United Aircraft de Longueuil, l'année de la révolte des pompiers et du week-end rouge à Montréal, où 25 incendies abandonnés à eux-mêmes ont rasé une partie de Ville-Marie, l'année du saccage de la Baie-James, l'année de la commission Cliche qui enquêtait sur la liberté syndicale sur les chantiers de construction, l'année où les Italiens de Saint-Léonard se sont mobilisés contre la loi 22. Bref, une année de tourments, de tensions sociales, de perturbations civiles, de violence dans la rue.

Pourtant, lorsque je repense à 1974, la bande-son que j'entends n'est pas celle des travailleurs en colère ou de Montréal qui brûle. Ce que j'entends, c'est les chansons d'Harmonium qui, cette année-là, a lancé son tout premier disque homonyme.

Je me souviens encore de la pochette d'une laideur consommée avec son lettrage brun, son jaune tirant sur la cirrhose et le dessin de ce barde un peu ridicule, datant du XVIIe siècle. Ce n'était vraiment pas la pochette du siècle, mais peu importe. La musique qui s'élevait du tourne-disque, avec ses harmonies vocales rêveuses, son folk soyeux, sa richesse instrumentale et la voix à la fois étrange et séduisante de Serge Fiori, faisait vite oublier les égarements esthétiques de la pochette.

Quand je repense aux premières chansons d'Harmonium qui ont fusé à la radio cette année-là - des classiques comme Un musicien parmi tant d'autres, Pour un instant, Aujourd'hui je dis bonjour à la vie-, je me vois assise dans l'herbe devant le cégep Saint-Laurent avec ma jupe longue, mes blouses vaporeuses du Château et mes sabots de chez Aldo. Autour de moi, une joyeuse bande d'amis prend du soleil, fume un joint et se la coule douce entre deux cours et quatre changements d'orientation.

C'est cette image d'une jeunesse sereine et insouciante, remplie d'espoir et de fierté nationaliste, qui me revient à l'esprit dès que je pense à ce premier disque d'Harmonium.

Pourtant, lorsque je vérifie la chronologie de ma vie à ce moment-là, je constate que l'image n'est absolument pas synchrone avec les faits.

En 1974, j'avais quitté le cégep Saint-Laurent. J'étais en deuxième année d'université et déjà face à certaines âpres réalités comme l'obligation de payer le loyer de ma nouvelle indépendance.

Pourquoi cette belle insouciance incarnée par Harmonium se superpose-t-elle dans mon souvenir à la réalité historique? La seule réponse qui me vient à l'esprit, c'est la nature même de la musique d'Harmonium, qui n'était pas juste une musique, pas rien qu'un produit culturel, mais la trame sonore d'une époque.

Pourtant, Harmonium n'était pas le premier groupe québécois ni le seul à résonner sur les radios locales. Il y avait Beau Dommage. Il y avait les mauvais garçons d'Offenbach. Il y avait mes amis du groupe Octobre qui avaient déjà sorti deux disques dont la proposition musicale était riche et audacieuse. Mais ce qu'Harmonium offrait était différent. C'était, je crois, l'interprétation d'une réalité à laquelle une jeunesse nombreuse et majoritaire aspirait.

Une chanson comme Aujourd'hui je dis bonjour à la vie en est un bel exemple. Les paroles ne sont pas particulièrement pertinentes. Elles sont même un brin confuses. « Il est trop tard pour comprendre. Il est trop noir pour attendre », cela ne veut pas dire grand-chose. Mais au milieu de la confusion et de la noirceur, arrive tout à coup ce refrain lancinant, souriant, tout simple : « Aujourd'hui je dis bonjour à la vie ». Qui n'a pas envie d'en faire autant ?

Par sa musique, Harmonium ne faisait pas que divertir ou bercer les jeunes de l'époque. Harmonium offrait à toute une génération un idéal, une image d'Épinal, la promesse de lendemains qui chantent. Et tant pis si ce n'était pas vrai, tant pis pour l'illusion, tant pis pour le faux réconfort, tout le monde voulait y croire.

Quarante ans plus tard, qu'en reste-t-il ? Il en reste le souvenir d'un instant furtif, fugace, qui n'a peut-être jamais existé, mais qu'on a cessé depuis de vouloir retenir.

De House of Cards, la série politique exclusive à Netflix dont la deuxième saison a été lancée en bloc le 14 février. Quand c'est rendu que même le collègue Patrick Lagacé, pourtant jamais à court de sujets, épilogue sur le sujet, c'est que ledit sujet a atteint son point de bascule et qu'il est temps de passer à un autre appel. Camarades, ça ne vous tenterait pas de plutôt chroniquer sur Les Rendez-vous du cinéma québécois ?

Des 5300 nouveaux électeurs de la catégorie du meilleur film en langue étrangère aux Oscars. Pour la première fois, les 5856 membres de l'Académie ont pu voter dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère, créée en 1956. Avant, il fallait avoir vu TOUS les films en nomination dans une salle pour avoir le droit de voter, ce qui réduisait le nombre d'électeurs à 300 ou 400. Maintenant, il suffira d'avoir vu le DVD ou même pas. Pas sûr que ce soit une bonne nouvelle pour le cinéma québécois, car ça risque de se muer en concours de popularité et de gros sous.




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