La Berlinale s'ouvre avec une fable douce amère

Bill Murray, Wes Anderson et Tony Revolori à... (Photo: Reuters)

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Bill Murray, Wes Anderson et Tony Revolori à la présentation du film The Grand Budapest Hotel.

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(Berlin) Un film d'ouverture en forme de fable délirante et douce-amère, une rencontre improbable entre un cinéaste texan et un penseur autrichien, une brochette d'acteurs célèbres et sous-payés, un temps si clément qu'on croirait le printemps arrivé, la 64e Berlinale a démarré hier soir dans des conditions quasi idéales.

La température douce et l'absence de neige ou de froid humide y étaient pour beaucoup. The Grand Budapest Hotel, fable de Wes Anderson inspirée des écrits de l'écrivain autrichien Stefan Zweig, aussi.

On n'aurait pas pu mieux souhaiter pour l'ouverture de la Berlinale que ce film fantasque à l'esthétique pâtissière qui se déroule dans un lieu vaguement austro-hongrois, inventé de toutes pièces, et qui met en scène une Europe sur le point de perdre son humanité avec l'arrivée de la guerre.

C'était du moins la vision de l'Europe de Stefan Zweig lorsqu'il a écrit La pitié dangereuse, dont s'est inspiré Wes Anderson pour construire son scénario.

Pour le reste, ce n'est pas tant l'histoire de ce concierge célèbre dans un grand hôtel décadent ni de son jeune protégé qui importe, mais la quantité phénoménale d'acteurs de premier plan qui ont accepté d'y tenir un petit rôle pour une bouchée de pain.

Pourquoi? C'est Bill Murray qui a tenu à répondre à cette question au nom de ses camarades de jeu Ralph Fiennes, Willem Dafoe, Jude Law, Edward Norton, Tilda Swinton et Jeff Goldblum, tous présents.

«Pourquoi? Pour les longues heures de travail, le salaire de misère et le pain rassis. On perd de l'argent avec Wes mais, au moins, on voit du paysage», a blagué l'acteur américain coiffé d'une tuque de laine, avant d'ajouter que, grâce à son copain Wes, il avait pu, dans le cadre d'un autre film, passer un mois complet en Inde pour seulement 7 heures et 18 minutes de travail.

Bref, à l'entendre, les acteurs s'amusent follement sur les tournages de Wes Anderson, à qui on doit entre autres The Royal Tenenbaums, son plus grand succès, mais aussi Moonrise Kingdom.

Cette fois, la joyeuse bande d'acteurs sous-payés s'est retrouvée dans un petit bled allemand à la frontière de la Pologne au milieu d'un grand magasin en faillite reconverti en splendeur hôtelière du passé.

C'est là qu'ils ont fait naître une oeuvre singulière qui n'est pas un grand film, mais qui porte la marque visuelle déjantée de tous les films de Wes Anderson.

Le Texan de 45 ans dit avoir découvert les textes de Stefan Zweig (très connu en Europe) il y a seulement deux ans. Depuis, il ne comprend pas que l'auteur autrichien, qui s'est suicidé au Brésil en 1942, ne soit pas plus connu aux États-Unis.

Pas sûr, par contre, que The Grand Budapest Hotel donne aux Américains l'envie de le lire davantage. Le film n'offre pas de réflexion très profonde sur les ravages de la Seconde Guerre sur l'Europe. Rien, en fait, n'y est très sérieux sauf, évidemment, la qualité de ses acteurs.

Messieurs dames les jurés

Banalités, généralités, la première conférence de presse du jury de la Berlinale est toujours gênante d'insignifiance. Cette année ne fait pas exception même si le jury présidé par le producteur James Schamus ne manque pas de grosses pointures. Parmi les plus notables, mentionnons le cinéaste chouchou des Allemands, le Français Michel Gondry, la productrice des films de James Bond, Barbara Broccoli, l'actrice américaine qui monte, Greta Gerwig, l'actrice danoise de l'heure, Trine Dyrholm, le très oscarisé Christoph Waltz et le Chinois Tony Leung, grand collaborateur de Wong Kar-wai.

Personne n'a demandé au président James Schamus s'il était heureux des nominations aux Oscars de Dallas Buyer's Club qu'il a produit. C'était mieux ainsi. Schamus a été mis à la porte de Focus Films qu'il a fondée, il y a 11 ans, au moment précis de la sortie du film de Jean-Marc Vallée. Depuis, il est un producteur au chômage, prof à l'Université Columbia et président du jury à Berlin. Il y a pire dans la vie.

Le grand absent

S'il n'était pas mort d'une surdose d'héroïne dimanche passé, Philip Seymour Hoffman serait arrivé à Berlin aujourd'hui même. L'acteur avait en effet confirmé son passage à la Berlinale pour deux évènements: la promotion de son plus récent film, God's Pocket, qui a été présenté hier aux acheteurs du marché du film, et pour le montage financier d'Ezekiel Moss, un film sur la prohibition qu'il devait réaliser.Les acteurs Amy Adams et Jake Gyllenhaal avaient accepté de travailler sous sa direction. Mais Philip Seymour Hoffman n'ira pas à Berlin ni ailleurs, ce qui n'a pas empêché le président du jury de clamer que Philip est ici avec nous. La Berlinale lui rendra hommage avec une projection spéciale de Capote, le film qui lui avait valu l'Oscar de la meilleure interprétation masculine.

Deux autres projections spéciales rendront hommage à deux autres disparus: l'acteur austro-suisse Maximillian Schell et le réalisateur hongrois Miklos Jancso, qui vient de mourir à 92 ans.

Quant à Alain Resnais, qui n'a qu'un an de moins que son camarade hongrois, il sera bel et bien à Berlin en chair et en os pour nous présenter Aimer, boire et chanter, et pour en faire autant s'il en est encore capable.




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