Public, où es-tu?

Pierrette Robitaille et Romane Bohringer dans le long... (Photo: fournie par Fun Film)

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Pierrette Robitaille et Romane Bohringer dans le long métrage Vic + Flo ont vu un ours, de Denis Côté.

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Monique Simard est une irréductible optimiste. J'en ai pour preuve ses déclarations dans La Presse de samedi. Interrogée sur la crise du cinéma québécois, l'ex-syndicaliste et nouvelle PDG de la SODEC croit fermement qu'il y a moyen d'augmenter le nombre de spectateurs dans les salles. Son objectif? Faire passer la part de marché des films québécois de 5,6% à 11%.

Si j'avais participé à cette rencontre de presse avec la nouvelle PDG, je n'aurais eu qu'une seule question pour elle: comment?

Comment ramener le public devant des films qu'il boude de plus en plus? Comment l'arracher à son écran de télé où il regarde La voix en boucle? Comment l'extirper du cocon de son cinéma maison? Comment le convaincre que les réalités décrites dans les films québécois le concernent personnellement? Comment lui faire comprendre qu'on ne peut pas passer sa vie à vivre par procuration à travers les histoires des autres? Comment le persuader de la nécessité d'adhérer à ses propres histoires, qu'elles soient drôles, belles, misérables ou tristes?

Le déclin du cinéma québécois en salle n'est pas nouveau et il n'est pas propre au Québec. Le phénomène est mondial. Partout sur la planète, les cinémas maison, doublés d'un accès immédiat à une banque de films fournis par Netflix, illico ou Hulu, s'attirent les faveurs des cinéphiles.

Malgré tout, les gens continuent d'aller au cinéma. Le confort domestique n'a pas tué l'expérience cinématographique. Mais cette expérience est de plus en plus fragilisée.

Au Québec, par contre, je ne suis pas convaincue que l'invasion numérique est la seule raison qui tient le public loin des salles où sont diffusés les films qu'il a pourtant payés avec ses impôts.

Il y a en partant un gros problème de perception. Trop de spectateurs potentiels sont persuadés que les films québécois sont plates et déprimants. Et je ne parle pas de parfaits abrutis. Je parle de gens éduqués, cultivés, informés qui n'hésitent pas à affirmer, entre deux bières ou autour d'une bonne bouteille de vin, que les films québécois sont plates même s'ils n'en ont pas vu un depuis 20 ans. Et ils ne sont pas les seuls!

Mais sous ce problème de perception qui relève à la fois de l'autodénigrement ou du complexe, se cache en fin de compte un problème d'éducation. Pour apprécier un film exigeant, qui n'est pas divertissant mais qui n'en demeure pas moins pertinent, il faut savoir lire les codes, saisir les nuances du langage cinématographique et cultiver une certaine distance qui permet de réfléchir au lieu de juger.

Cela ne se fait pas du jour au lendemain. Cela prend de l'ouverture d'esprit, de la curiosité et un certain apprentissage.

Or, qui s'est occupé de faciliter l'apprentissage du public en matière de cinéma? Personne. Il n'y a plus d'émissions de cinéma à la télé. Peu à la radio. On fait la promotion des films mais jamais celle du cinéma comme forme d'art, comme forme d'expression collective et comme source d'identité nationale.

Le paradoxe, c'est qu'au cours des 20 dernières années, le cinéma québécois a fait des progrès spectaculaires tant sur le plan technique, visuel, scénaristique que sur le plan de son rayonnement.

Alors que les cinéastes de la génération des années 60 et 70 ont appris sur le tas, les cinéastes d'aujourd'hui ont étudié le cinéma à l'université ou dans les écoles de cinéma et sont arrivés sur le plateau de leur premier long métrage mieux armés.

Les cinéastes ont évolué mais le public lui, pourquoi n'a-t-il pas évolué au même rythme?

Après avoir ri aux Boys, pleuré à Séraphin, pourquoi le public québécois n'a-t-il pas eu envie de goûter aux films déroutants de Denis Côté? Pourquoi le goût d'un cinéma plus poussé ne s'est-il pas acquis de la même manière que le goût pour la gastronomie?

Chez nous, l'évolution des goûts en matière culinaire des consommateurs est allée de pair avec celle des chefs et des producteurs. Il n'y a pas eu de rupture entre les deux, mais un travail en amont, réciproque et partagé.

Il faudrait qu'il en soit de même pour le cinéma québécois. Il faudrait aussi que, dans un effort concerté, le gouvernement, les télédiffuseurs et des organismes comme la SODEC lancent une grande offensive de sensibilisation et de promotion de notre cinéma.

Pas seulement pour le cinéma grand public, nécessaire et vital. Pour tous les types de cinéma qui racontent nos grandes et nos petites histoires.

Les scénaristes auront leur part à faire en écrivant des histoires qui touchent les gens. Les réalisateurs et les producteurs aussi, afin que les films soient mieux construits, mieux ficelés, meilleurs en somme.

Mais tout ce travail sera vain et inutile si on ne se préoccupe pas du public et de son éducation. On ne demande pas grand-chose au public. Seulement d'être présent dans la salle, d'ouvrir son esprit et de donner une chance à son propre cinéma.




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