Manon, pèse sur le piton

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Manon Gauthier a été nommé responsable de la culture par le maire Coderre.

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Elle s'appelle Manon, comme celle qui réalise Tout le monde en parle. Mais Manon Gauthier sera plus visible que l'autre Manon, puisqu'elle vient d'être nommée responsable de la culture par le maire Coderre et qu'on risque de la voir souvent dans les bals, les lancements et les premières à Montréal.

Grande brune dans la quarantaine, mère d'une fille de 15 ans, Manon Gauthier n'arrive pas comme un ovni dans le paysage culturel montréalais. Elle a fait ses classes auprès de Jacques Primeau, l'agent de RBO et actuel président du conseil d'administration du Quartier des spectacles.

Elle a siégé à une foule de comités et de conseils en culture et frayé dans les milieux politiques fédéraux. Elle a été vice-présidente chez Cohn & Wolfe, une boîte de relations publiques, où Mélanie Joly lui a succédé. Mais son plus grand fait d'armes, c'est d'avoir remis en vedette le Centre Segal des arts de la scène.

Pour ceux que l'idée n'effleurerait jamais de s'aventurer dans l'ouest de la ville, sachez que pendant 40 ans, le Centre Segal a porté le nom de Centre Saidye Bronfman, en hommage à cette mécène montréalaise. Le centre était consacré aux arts visuels et au théâtre yiddish.

Puis, en 2007, est arrivé un autre richissime mécène du nom d'Alvin Segal, PDG de Vêtements Peerless, qui a décidé d'abandonner les arts visuels au profit des théâtres yiddish et anglophone et de donner son nom à l'institution.

La famille Bronfman n'était pas contente, mais l'argent investi par le nouveau mécène ne lui a pas vraiment donné le choix. Manon Gauthier a été nommée deux ans plus tard pour dynamiser un théâtre qui traînait la patte et évoluait en vase clos avec toujours les mêmes abonnés anglos.

Dire qu'elle a réussi à abattre le mur entre les deux solitudes serait mentir. Reste que, sous sa direction, la programmation s'est nettement améliorée. Le Centre a réussi l'exploit de monter quelques bonnes productions, dont Sherlock, avec nul autre que Jay Baruchel, le petit gars de Notre-Dame-de-Grâce devenu vedette à Hollywood.

Soucieuse d'ouvrir le centre à la diversité culturelle, Manon Gauthier a créé une série jazz, invité des chorégraphes et des chanteurs et coproduit, avec le Rideau Vert, une version anglaise de Une musique inquiétante avec Jean Marchand et Émile Proulx-Cloutier. Et surtout, grâce à son charme chaleureux, elle a su attirer les médias francophones dans un lieu qu'ils ne fréquentaient pas ou peu.

Le devoir accompli

Manon Gauthier a quitté le Centre Segal en mai dernier avec le sentiment du devoir accompli.

Saura-t-elle être aussi efficace pour Montréal? Je lui ai posé la question mardi au téléphone. Elle m'a répondu qu'elle en avait la ferme intention, même si elle pouvait difficilement dire le contraire.

Ni ministre ni chef d'un ministère, le responsable de la culture à la Ville ne prend pas de décisions sans l'accord de son chef, ne distribue pas d'argent ou de contrats et n'a d'autre pouvoir que celui de la persuasion.

Or, pour l'avoir un peu côtoyée au Centre Segal, j'ai constaté que Manon Gauthier ne manque pas de force de persuasion. Elle a failli dire que sa priorité, c'était de bâtir des ponts, mais vu l'état de nos ponts, elle a préféré se définir comme une architecte de passerelles.

Elle s'est donné comme mandat de créer un environnement où la créativité des artistes et l'appétit culturel des citoyens pourront se déployer.

La phrase semble un peu fumeuse comme ça, mais Manon Gauthier l'accompagne d'exemples précis. Elle veut encourager la prolifération d'ateliers d'artistes un peu partout dans la ville, promet une bonification minimale de 500 000$ au budget du Conseil des arts de Montréal, veut impérativement mener à terme le projet de Montréal, métropole culturelle et voit en la Ligne bleue, un site voué à la mise en valeur de l'offre culturelle des quartiers traversés par la ligne bleue du métro, la recette idéale pour développer une conscience culturelle citoyenne.

Elle n'a pas encore trouvé la solution miracle pour ramener les francophones des banlieues dans les salles montréalaises. Pas plus qu'elle ne sait comment faire pour que les immigrants et les anglophones fréquentent les lieux de diffusion francophones et se passionnent pour la culture québécoise.

«Ça fait peut-être 100 ans qu'on essaie de rapprocher les deux solitudes, mais on va continuer pendant encore 100 ans s'il le faut», dit-elle.

Manon Gauthier lit tout le temps et écoute beaucoup de musique. Dans son iPod, il y a du Ariane Moffatt, du Louis-Jean Cormier, du Norah Jones, des pièces de la harpiste Arianna Savall et des tounes de Jim Corcoran, en souvenir des années où ils ont travaillé ensemble.

Ses entrées

C'est une femme qui a ses entrées partout: dans le monde des arts et des affaires, chez les francos comme chez les anglos et les communautés culturelles, et qui peut aussi bien discuter d'économie et de philanthropie que du Goncourt des lycéens ou du dernier Kim Thúy.

Depuis quelques années déjà, Guy A. Lepage ne dit plus à sa réalisatrice: «Manon, pèse sur le piton» dès qu'il s'agit de présenter un extrait. Si jamais Denis Coderre veut reprendre l'expression à son compte, il est assuré que Manon Gauthier se fera un devoir, du moins en culture, de ne pas se tromper de bouton.

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