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Un 12 pour Trixie et son blues

Ça s'appelle Divan Orange, mais il n'y a pas de divan. D'un côté, les murs sont... (Photo: site internet de l'artiste)

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Ça s'appelle Divan Orange, mais il n'y a pas de divan. D'un côté, les murs sont criblés des graffitis stylisés du groupe En Masse et de l'autre, ils crient leur exubérance dans un orange cuivré rappelant les tuiles de terracotta.

Les planchers sont en bois usé, la pinte de bière coûte 4$ et le China Girl, un mélange de vodka et de jus d'ananas, 2$ de plus. Une aubaine.

Mais ce qui m'y a poussée lundi soir, moi qui ne sors plus dans les bars depuis environ 100 ans, ce - ou plutôt celle - qui m'a arrachée à mon lundi casanier, c'est Trixie Whitley, 25 ans, guitariste et claviériste accomplie à la voix chaude et rauque d'une Adele moulée dans le corps noueux d'un Iggy Pop.

Vous aimez Adele? Trixie, c'est peut-être, je dis bien peut-être, la future Adele. Même âme, même coeur, même authenticité, et cette voix surgie des profondeurs de l'humanité qui semble charrier le vécu d'une vie entière, cette voix qu'elle a, Trixie...

La salle du Divan Orange était archicomble. Les uns - je parle des plus vieux - étaient venus vérifier si la fille de Chris Whitley, guitariste et compositeur de rock et de folk mort à 48 ans d'un cancer, était de la même étoffe que son mythique père.

Les autres, comme mes voisins de table, quatre grossistes en ventilation, voulaient voir de plus près celle qu'ils ont découverte dans le groupe Black Dub, formation éphémère du producteur et musicien Daniel Lanois au Festival de jazz de Montréal, en 2011. Une fois qu'on a entendu Trixie chanter, on veut répéter l'expérience le plus vite possible.

Mais une autre raison avait poussé mes amis de la ventilation et la centaine d'autres spectateurs au pied de la scène étriquée où Trixie, humble et vulnérable, luttait contre une extinction de voix qui la rendait encore plus touchante.

La raison se résume à une somme d'argent ridicule: 12$. Oui, 12$, le prix d'une caisse de bière, d'un billet de cinéma ou de l'édition du dimanche du New York Times à Montréal.

Douze petits dollars pour entendre la voix incroyable de Trixie et son rock envoûtant.

Qu'on puisse encore, en 2013 à Montréal, entendre de la bonne musique sans devoir hypothéquer sa maison, comme nous invitent à le faire Madonna, Rihanna ou les Stones, est à mes yeux tout à fait miraculeux.

Ça me rappelle le tout premier concert de Lady Gaga au Métropolis en 2009. Les billets étaient à 20$, 8 de plus que pour Trixie. Le monde de la musique m'étonnera toujours.

Mais cette fois-ci, ce n'est pas le monde de la musique, encore capable de produire des perles comme Trixie, qui m'épate. C'est Montréal.

Une ville en mesure d'offrir des spectacles vivants de ce calibre-là pratiquement tous les soirs, comme le fait le Divan Orange depuis plusieurs années, est une ville qui a de l'avenir. Peut-être pas sur le plan économique, mais pour tout le reste: l'énergie créative, le dynamisme, l'ambiance, l'émulation, la qualité de vie et la qualité de la musique.

La musique meurt dans une ville le jour où il n'y a plus de lieux d'expression pour les jeunes artistes émergents, plus d'endroits sympas et décontractés pour faires ses classes, plus de laboratoires ouverts à tous les styles et tous les genres, prêts à donner un tremplin à des artistes émergents d'ailleurs comme Trixie, mais aussi à des artistes locaux comme Yann Perreau, Patrick Watson, Tricot Machine, Karkwa, Socalled ou Dany Placard, qui ont tous fait leurs premiers pas sur scène au Divan.

Si Montréal est devenu un point lumineux sur la mappemonde de la musique, si des hordes de musiciens quittent leurs villes canadiennes, américaines ou même françaises pour venir s'établir à Montréal, c'est notamment à cause de lieux comme le Divan Orange.

Un jour, Trixie Whitley reviendra à Montréal. Ce sera en jet plutôt qu'en vieille fourgonnette louée. On lui réservera tous les égards qu'on réserve aux vedettes: champagne, fleurs et tout le tralala.

Elle chantera dans une grande salle prestigieuse où les billets coûteront 10 fois plus cher.

J'irai sans doute l'entendre, mais en pensant au privilège que j'ai eu de la voir fragile, vulnérable et totalement sincère, un soir d'avril sur la petite scène du Divan Orange. Tout ça pour 12$.




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