| Commenter Commentaires (24)

On est VIP ou on ne l'est pas

Vincenzo Guzzo a été un précurseur dans le... (Photo: Patrick Sanfaçon, archives La Presse)

Agrandir

Vincenzo Guzzo a été un précurseur dans le domaine chez nous avec, dans ses salles, des écrans incurvés, des sièges Club Guzzo de 23 pouces, une sono à tout casser, du numérique haut de gamme, sans oublier des autos tamponneuses, des manèges importés de Rome et ses incontournables nachos double fromage.

Photo: Patrick Sanfaçon, archives La Presse

Partager

Sur le même thème

Je pleure souvent au cinéma, dit le type dans la pub. Il ne pleure pas parce que le film est triste. Il pleure quand il voit ce qu'une soirée au cinéma lui coûte. Pour contourner le problème, le type s'est acheté un cinéma maison qu'il devra amortir au cours des 20 prochaines années en restant encabané chez lui, ce qui ne semble pas le déranger.

Souvent, quand des étrangers de passage à Montréal me demandent ce que veut le Québec, je suis tentée de répondre: un cinéma maison. J'ai en effet la drôle d'impression que dans les rêves de trop de mes concitoyens, le cinéma maison a remplacé le désir d'une société juste et équitable, désir que l'attrait pour la piscine hors terre avait déjà passablement grignoté.

Pour repousser la tentation universelle du cinéma maison, des propriétaires de salles un peu partout dans le monde ont élaboré toutes sortes de concepts afin de donner une valeur ajoutée à l'expérience cinématographique.

Vincenzo Guzzo a été un précurseur dans le domaine chez nous avec, dans ses salles, des écrans incurvés, des sièges Club Guzzo de 23 pouces, une sono à tout casser, du numérique haut de gamme, sans oublier des autos tamponneuses, des manèges importés de Rome et ses incontournables nachos double fromage.

La révolution Guzzo a eu lieu il y a plus de 10 ans. C'est donc une vieille révolution qui va bientôt être dépassée si elle ne suit pas le courant et n'adopte pas la nouvelle tendance: le cinéma lounge.

À Londres, le cinéma Aubin en est l'exemple parfait. Le cinéma offre à ses clients une salle cocon semblable au sous-sol du beau-frère, avec d'énormes sièges en velours vert forêt assortis de poufs pour étendre ses jambes, des couvertures écossaises pour les frileux et un bar où l'on peut commander bière, vin et champagne. Tout cela dans une atmosphère cosy et presque privée, puisqu'il n'y a que 45 places dans la salle.

C'est ce modèle que croyais retrouver hier au dévoilement du cinéma VIP au Cinéplex du Dix30, à Brossard, qui ouvrira ses portes officiellement vendredi.

L'entrée était plutôt prometteuse. Le cinéma VIP a en effet sa propre entrée, distincte de l'entrée du Cinéplex. On est VIP ou on ne l'est pas. La réservation des sièges numérotés des quatre salles se fait en ligne, ce qui évite de faire la queue, de tomber sur le pire siège de la salle ou d'arriver au guichet et d'apprendre que la séance est complète.

Dans le lobby du VIP, il y a un bar tout neuf fait d'acier et de verre. Les toilettes sont des cabines individuelles au design dernier cri.

Le premier coup d'oeil est séduisant. Ce qui l'est encore davantage c'est l'âge qu'il faut avoir pour fréquenter le VIP: 18 ans et plus. C'est donc dire que l'on pourra désormais aller voir des films sans entendre un bébé qui fait ses dents ou une meute d'ados en crise hormonale hurler dans nos oreilles. Mieux encore: un service de bar et de restauration est offert aux sièges 30 minutes avant la projection.

Assis dans notre siège numéroté, on peut commander au serveur un Cosmo, une Stella Artois ou un pinot blanc. La bouffe est un heureux changement par rapport aux nachos double fromage. Au menu, rouleaux impériaux, assiette de fromages du Québec, cornichons frits, cornet de frites ou d'edamame, hamburgers ou poulet au chili thaïlandais. Bref, de quoi combler un petit creux.

Tout cela est bien beau et bien tentant, mais il y a un hic: les sièges. Ils ont beau être en cuir, leur brun Denis Drolet, à des milles d'un beau brun chocolat, est un brin déprimant. Côté rembourrage, ça laisse à désirer. Quand on a connu le moelleux des sièges Club Guzzo, on a l'impression d'être assis sur un banc de bois.

Il n'y a pas que le manque de confort des sièges, il y a les films: essentiellement des blockbusters américains en version originale ou doublés. Et puis, il y a le prix. Le billet est à 18,75$ par tête de pipe et à 21,75$ si le film est en 3D. Mettons que vous êtes deux, que vous commandez des rouleaux impériaux (7,99$), des cornichons frits (5,99$), une Stella Artois (6,99$) et un pinot blanc de 8 onces (14.99$), la valeur ajoutée de votre expérience cinématographique vous coûtera 63,46$, pourboire non inclus. Ce n'est pas donné, ce qui est le propre de la santé à deux vitesses comme du cinéma à deux vitesses.

Bien franchement, si les sièges avaient été plus confortables et moins bruns, j'aurais été prête à braver le pont Champlain, à me perdre dans la Sibérie préfabriquée du Dix30 et à flamber 60$ pour le bonheur de voir Le Hobbit en sirotant un verre de vin. Mais comme je ne peux changer ni la couleur ni le matériau du mobilier, il ne me reste plus qu'à attendre qu'un cinéma lounge ouvre dans un endroit civilisé, genre à Montréal. Un cinéma qui ne serait pas pour les faux VIP, mais pour les vrais cinéphiles qui préfèrent le velours au cuir et le vert forêt au brun Denis Drolet.




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer