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On est VIP ou on ne l'est pas

Vincenzo Guzzo a été un précurseur dans le... (Photo: Patrick Sanfaçon, archives La Presse)

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Vincenzo Guzzo a été un précurseur dans le domaine chez nous avec, dans ses salles, des écrans incurvés, des sièges Club Guzzo de 23 pouces, une sono à tout casser, du numérique haut de gamme, sans oublier des autos tamponneuses, des manèges importés de Rome et ses incontournables nachos double fromage.

Photo: Patrick Sanfaçon, archives La Presse

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Je pleure souvent au cinéma, dit le type dans la pub. Il ne pleure pas parce que le film est triste. Il pleure quand il voit ce qu'une soirée au cinéma lui coûte. Pour contourner le problème, le type s'est acheté un cinéma maison qu'il devra amortir au cours des 20 prochaines années en restant encabané chez lui, ce qui ne semble pas le déranger.

Souvent, quand des étrangers de passage à Montréal me demandent ce que veut le Québec, je suis tentée de répondre: un cinéma maison. J'ai en effet la drôle d'impression que dans les rêves de trop de mes concitoyens, le cinéma maison a remplacé le désir d'une société juste et équitable, désir que l'attrait pour la piscine hors terre avait déjà passablement grignoté.

Pour repousser la tentation universelle du cinéma maison, des propriétaires de salles un peu partout dans le monde ont élaboré toutes sortes de concepts afin de donner une valeur ajoutée à l'expérience cinématographique.

Vincenzo Guzzo a été un précurseur dans le domaine chez nous avec, dans ses salles, des écrans incurvés, des sièges Club Guzzo de 23 pouces, une sono à tout casser, du numérique haut de gamme, sans oublier des autos tamponneuses, des manèges importés de Rome et ses incontournables nachos double fromage.

La révolution Guzzo a eu lieu il y a plus de 10 ans. C'est donc une vieille révolution qui va bientôt être dépassée si elle ne suit pas le courant et n'adopte pas la nouvelle tendance: le cinéma lounge.

À Londres, le cinéma Aubin en est l'exemple parfait. Le cinéma offre à ses clients une salle cocon semblable au sous-sol du beau-frère, avec d'énormes sièges en velours vert forêt assortis de poufs pour étendre ses jambes, des couvertures écossaises pour les frileux et un bar où l'on peut commander bière, vin et champagne. Tout cela dans une atmosphère cosy et presque privée, puisqu'il n'y a que 45 places dans la salle.

C'est ce modèle que croyais retrouver hier au dévoilement du cinéma VIP au Cinéplex du Dix30, à Brossard, qui ouvrira ses portes officiellement vendredi.

L'entrée était plutôt prometteuse. Le cinéma VIP a en effet sa propre entrée, distincte de l'entrée du Cinéplex. On est VIP ou on ne l'est pas. La réservation des sièges numérotés des quatre salles se fait en ligne, ce qui évite de faire la queue, de tomber sur le pire siège de la salle ou d'arriver au guichet et d'apprendre que la séance est complète.

Dans le lobby du VIP, il y a un bar tout neuf fait d'acier et de verre. Les toilettes sont des cabines individuelles au design dernier cri.

Le premier coup d'oeil est séduisant. Ce qui l'est encore davantage c'est l'âge qu'il faut avoir pour fréquenter le VIP: 18 ans et plus. C'est donc dire que l'on pourra désormais aller voir des films sans entendre un bébé qui fait ses dents ou une meute d'ados en crise hormonale hurler dans nos oreilles. Mieux encore: un service de bar et de restauration est offert aux sièges 30 minutes avant la projection.

Assis dans notre siège numéroté, on peut commander au serveur un Cosmo, une Stella Artois ou un pinot blanc. La bouffe est un heureux changement par rapport aux nachos double fromage. Au menu, rouleaux impériaux, assiette de fromages du Québec, cornichons frits, cornet de frites ou d'edamame, hamburgers ou poulet au chili thaïlandais. Bref, de quoi combler un petit creux.

Tout cela est bien beau et bien tentant, mais il y a un hic: les sièges. Ils ont beau être en cuir, leur brun Denis Drolet, à des milles d'un beau brun chocolat, est un brin déprimant. Côté rembourrage, ça laisse à désirer. Quand on a connu le moelleux des sièges Club Guzzo, on a l'impression d'être assis sur un banc de bois.

Il n'y a pas que le manque de confort des sièges, il y a les films: essentiellement des blockbusters américains en version originale ou doublés. Et puis, il y a le prix. Le billet est à 18,75$ par tête de pipe et à 21,75$ si le film est en 3D. Mettons que vous êtes deux, que vous commandez des rouleaux impériaux (7,99$), des cornichons frits (5,99$), une Stella Artois (6,99$) et un pinot blanc de 8 onces (14.99$), la valeur ajoutée de votre expérience cinématographique vous coûtera 63,46$, pourboire non inclus. Ce n'est pas donné, ce qui est le propre de la santé à deux vitesses comme du cinéma à deux vitesses.

Bien franchement, si les sièges avaient été plus confortables et moins bruns, j'aurais été prête à braver le pont Champlain, à me perdre dans la Sibérie préfabriquée du Dix30 et à flamber 60$ pour le bonheur de voir Le Hobbit en sirotant un verre de vin. Mais comme je ne peux changer ni la couleur ni le matériau du mobilier, il ne me reste plus qu'à attendre qu'un cinéma lounge ouvre dans un endroit civilisé, genre à Montréal. Un cinéma qui ne serait pas pour les faux VIP, mais pour les vrais cinéphiles qui préfèrent le velours au cuir et le vert forêt au brun Denis Drolet.

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Commentaires (24)
    • Tant qu'à vomir sur tout ce qui n'est pas ''Montréal'', restez-y. Nous, barbares de la Rive-Sud, n'en seront que plus heureux.

    • Tout cela nous conforte bien plus encore dans notre cinéma maison grand format haut de gamme, au confort et au rapport qualité/prix imbattables, connecté maintenant sur Internet.

    • Sérieux, les sièges bruns? Moi quand je vais au cinéma au prix que ça coute je regarde en avant pas en direction du siège...car je ne me regarde pas le nombril contrairement semble-t-il à vous et vos gentils amis...
      Vous être une bien triste créature...

    • "dans un endroit civilisé, genre à Montréal"
      Quand je regarde les images des manifs "carrés rouges" du printemps dernier, ce n'est pas tout à fait l'idée que je me fais d'un "endroit civilisé" (!).
      À cette époque, bon nombre de commerçants se sont plaints d'une baisse d'affluence parce que justement, les gens préféraient sortir ailleurs...
      Je ne suis ni pour ni contre les salles VIP mais franchement, si vous ne leur reprochez que la couleur des sièges, ça me semble un argument pas très solide. Après tout, au cinéma, les lumières sont éteintes...

    • C'est certain que la corruption , c'est tellement plus civilisé.
      Un pas civilisé

    • WOW! Belle snob du plateau Mme Petrowski. Pire article bourgeois jamais écrit. On peut être exigeant, apprécier la qualité, mais de là à être élitiste... non franchement, votre texte est choquant.

    • "dans un endroit civilisé, genre à Montréal"
      Merci, ca confirme ma décision de ne pas m'abonner à La Presse.

    • Dois-je comprendre que Montréal est le seul endroit "civilisé"? Beau message que vous passez à tous vos fidèles lecteurs Québécois "non civilisés"! Je ne vous croyais pas snob à ce point, je suis déçue.

    • Le tissu et la couleur penchent davantage dans votre décision d'y aller ou pas que le prix ???
      C'est bien là le genre de commentaires insignifiants d'une personne qui se croit VIP depuis longtemps. Fais-moi mal Rihana...

    • Vous allez sans doute vous demander d'où je sors et où est la pertinence de mon opinion si je vous avoue très franchement que je n'ai mis les pieds dans une salle de cinéma depuis plus de vingt ans. Je viens de lire les commentaires et je comprends mieux la difficulté qu'ont plusieurs d'entre eux à boucler leur budget.
      Je visionne tous les chefs- d'oeuvres et autres productions dans le confort de ma maison. Question de goût, de coût et de priorité.
      Le Clap, à Québec, est en effet un cinéma qui offre un grand répertoire dans le plus grand confort et à un prix plus que convenable. Mes amis y vont depuis toujours et imaginez, ils m'offrent cette sortie des fêtes. -:))) Pour une fois, je veux bien les accompagner ne serait-ce que pour mesurer combien j'écoute mieux dans mon décor. Je ne pourrais jamais débourser 60.$ ou 75.$ pour une sortie cinéma. C'est de la pure folie. Ne nous demandons pas pourquoi il y a tant de pauvreté... on vit au -dessus de ses moyens.

    • Premier et dernier article que je lis de vous Mme Petrowski.
      Pas provoquant, pas dérangeant, juste très très mauvais.

      On est à mille lieu d'un Foglia.

    • Le jour où les propriétaires de salles obscures comprendront qu'une séance cinéma est tout sauf une cafétéria/une garderie/une salle d'attente où la plupart jasent au téléphone ou entre eux alors là ils me reverront la face. Bonne chronique madame Petrowsky.... et très bonne observation.

    • planete_terre, très drôle ton commentaire "J'aime encore mieux rester du côté de la plèbe, sur des bancs confortables à 12$ le billet". Le lavage de cerveau a bien fonctionné. Content content de payer 12$, ce qui n'est pas rien, pour des films quétaines. Tu peux bien être du côté de la plèbe !
      Dire que pour 10$, on avait droit à 10 films au cinéma Ouimetoscope qui présentait des films d'auteurs, de répertoire, étrangers. J'étais presque furieux quand la première salle de cinéma au Canada a augmenté à 20$ la carte pour visionner dix films. Continuez à manger votre bon pop-corn avec son pourcentage de profit éhonté.

    • Et le 70$ n'éliminera pas ceux qui sont incapables de prendre un break de textos le temps d'un film. Sans compter sur la gang qui passent leur temps à jaser, avec quelques verres de vin ou de bière, ça va tellement jaser qu'on ne pourra plus suivre le film. J'aime encore mieux rester du côté de la plèbe, sur des bancs confortables à 12$ le billet.
      Steve, Montréal

    • ...et à quand une nuitée à l'hôtel 5 étoiles avant d'aller au cinoche? Dites-me-le!
      Non mais, quand tu passes ta vie dans le publique, le cinéma maison c'est vraiment le pied. La criss de paix et en plus tu ne paies pas 7$ pour une bière à 1.25$. En plus, le piton pause...Toi Nathalie, tu l'aimes pas le piton pause? Il t'a fait quoi ce piton??? :^)
      Il n'y a pas de doute Nat, l'enfer c'est les autres et c'est encore pire si c'est en contré étrange l'autre bord de l'eau.
      Yves de St-Jean-sous-Richelieu

    • J'échangerais ce genre de salle n'importe quand pour retrouver les vieilles salles de cinéma de répertoire, hélas pratiquement disparues de nos jours. A défaut d'offrir du contenu avec un scénario intelligent, ils se rabattent maintenant sur le ...contenant!
      Édifiant!

    • C'est pas un concept qui m'attire à part, peut-être, le bar dans le lobby. Rendu dans la salle, je ne veux plus manger ni boire, je veux voir du cinéma.
      Mais je ne suis pas la clientèle visé, je n'ai pas de cinéma-maison et j'en veux pas.

    • le désir d'une société juste et équitable et le désir de moins de brun, comment passer d'un "third world problem" à un "first world problem"

    • En 2005, j'ai été dans un cinéma en Australie qui proposait une formule similaire mais nettement supérieure : petites salles feutrées d'une quarantaine de places, fauteuils style La-Z Boy au revêtement simili-velours et avec mille ajustements électriques, une table entre deux fauteuils pour les extras et suffisamment d'écart des autres spectateurs qu'on se croyait seuls dans notre bulle.
      Le meilleur: la possibilité de commander avant le film et se faire (très discrètement!) livrer bouffe ou breuvage à tout moment durant le film. Par exemple, j'ai demandé un verre de rouge servi au début du film et un café une heure après le début du film. C'est l'odeur du café qui m'a informé qu'il était là.
      Le prix était en conséquence (à peu près 22,50$ pour le film plus les extras), mais quelle belle expérience!!

    • Au Dix/30, les salles où il faut réserver ses sièges, c'est toujours un problème car il y a à chaque fois quelqu'un installer dedans et avec qui il faut toujours argumenter pour qu'il vous laisse vos sièges réservés donc... VIP ... pas vraiment et une façon facile de faire augmenter le prix des billets. Alors je commence à comprendre les gens qui s'installe confortablement face à leur cinéma maison.

    • Merci Mme Petrowski pour cette chronique. Vous m'avez laissé en tête une image d'une chroniquese Bobo, snob et hautaine par excellence, qui ose s'aventurer dans les contrées profondes des banlieues.
      Quelle humiliation! J'attends maintenant la parodie de Marc Labrèche et Anne Dorval: 'Nathalie dans la banlieue'. Ce sera savoureux.
      ;-)

    • Le terme de mon ensemble télé ne me coûte même pas 70 piastres par mois et je devrais aller me taper des films poches au cinéma? pour plus que ça dans un endroit qui s'autoqualifie de VIP de surcroît? ahahahahahah!

    • Le fantastique cinéma LE CLAP à québec fait déjà tout ça avec des films de répertoires (parfois en version originale). Et oui une petite bière en écoutant un film la primère fois on sent déliquant. A québec comme dirait le maire Labeaume ça fait longtemps qu'on est VIP

    • Pour une personne qui porte un jugement social sur le fait que les gens s'encabannent au détriment de la socialisation communale, je vous trouve bien élitiste.
      Vous n'aimez pas être dérangé par un bébé en pleur ou une bande d'ado, je vous comprends parfaitement. Par contre, dans une société sociale, ils ont autant que vous le droit de voir un film, ayant eux aussi payé leur billet, leur popcorn et leur boisson, et dans leur cas, aucune chance de passer ca sur un compte de dépense en prétextant une critique de cinéma.
      Si cela vous dérange, faite comme donc comme notre ami B

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