Le sacre du printemps...

Le 21 mars, les élèves du Conservatoire de... (Photo: André Tremblay, archives La Presse)

Agrandir

Le 21 mars, les élèves du Conservatoire de musique de Montréal ont déclenché une grève, une première en 69 ans d'histoire.

Photo: André Tremblay, archives La Presse

Si le Conservatoire de musique de Montréal a ouvert ses portes en 1943, c'est la faute à Wilfrid Pelletier. Le chef d'orchestre rêvait depuis longtemps d'une école d'art dans la tradition européenne. Il a si bien rêvé que le Conservatoire fut la première école en Amérique à offrir un enseignement musical entièrement gratuit, de l'élémentaire jusqu'à la maîtrise.

Au fil des ans (69 ans en tout), le Conservatoire est devenu un réseau de sept écoles de musique et deux écoles d'art dramatique. Chemin faisant, l'institution a été le théâtre de quelques crises, quelques tempêtes, mais jamais, au grand jamais, elle n'a été emportée ou même ébranlée par un vent de contestation. Et pour cause! Ses élèves sont des musiciens, voire des individualistes solitaires et disciplinés, qui vivent plus pour Bach et Beethoven que pour Karl Marx ou Tocqueville. Enfermés sept ou huit heures par jour avec leur instrument, ils n'ont pas le temps ni le loisir de faire de l'agitation sociale ni de l'activisme politique.

Ce n'est désormais plus le cas. Ce printemps, un énorme ras-le-bol collectif s'est emparé des élèves du Conservatoire de musique de Montréal (seulement de Montréal). Le 21 mars, ils ont déclenché une grève aussi inattendue qu'extraordinaire, du jamais vu en 69 ans!

Au départ, la grève ne devait durer que trois jours, le temps que les 157 élèves participent à la grande marche et témoignent de leur solidarité envers les étudiants du Québec. Mais une note de service, envoyée de manière impulsive par le directeur, Guy Fouquet, invoquant l'illégalité de la grève et l'anarchie pure et simple des étudiants, a mis le feu aux poudres. Une prof s'est portée à la défense des élèves en affirmant que leur grève était bel et bien légale et en refusant de pénaliser ceux qui ne se présenteraient pas à ses cours. Résultat: Liette Yergeau a été suspendue sans solde pendant deux jours et menacée de congédiement si elle ne revenait pas sur ses positions. Celle qui a formé plusieurs générations de musiciens a refusé de se dédire et a continué à se présenter à ses cours dans des classes vides. Des dizaines d'anciens élèves ont salué son courage sur le web, dont Marc Hervieux et la soprano Lyne Fortin.

L'incident aurait pu diminuer l'ardeur des jeunes grévistes. Il n'en fut rien. Plutôt que de rendre les armes, les jeunes se sont radicalisés en déclenchant une grève illimitée. Au lieu de demander le gel des droits de scolarité, ils ont exigé un retour à la gratuité, abolie en 1998. Puis, ils se sont insurgés contre les mesures prises par le Conservatoire pour contrer les effets de la grève. Alors que la direction parle de mesures pour sauver le semestre, les élèves évoquent plutôt une annulation discriminatoire du trimestre. Difficile de dire si la mesure est discriminatoire ou non, mais chose certaine, les grévistes devront reprendre tous leurs cours pratiques et une partie de leurs cours théoriques. Autant dire qu'ils viennent de perdre leur année.

Vendredi dernier, des pourparlers ont eu lieu entre l'association des élèves et la direction du Conservatoire de musique. À l'issue de la rencontre, l'association s'est jointe officiellement à la CLASSE, signe que le conflit s'envenime au lieu de s'apaiser.

La porte-parole du Conservatoire de musique croit que ses élèves font la grève par effet d'entraînement. «La hausse des droits de scolarité a créé un grand mouvement social auquel les jeunes du Conservatoire de musique de Montréal ont envie de participer eux aussi», a affirmé Nancy Bélanger.

Simon Rivard, le porte-parole des élèves, préfère parler d'un ras-le-bol qui couve depuis longtemps face à une direction passive et paternaliste qui a imposé des hausses de droits de scolarité importantes en décembre sans la moindre consultation.

«Cela fait plusieurs années qu'il est question de revenir à la gratuité, à travers des campagnes de financement ou une vraie fondation qui n'auraient rien à voir avec le simulacre qui existe en ce moment et qui ramasse des pinottes. Mais pour la direction, c'est pas mal moins fatigant d'augmenter les droits de scolarité que d'imaginer et de mettre en place des moyens pour récolter l'argent», plaide Simon Rivard.

Hier encore, le porte-parole affirmait vouloir poursuivre le combat, malgré les négociations actuelles entre le gouvernement et les associations étudiantes.

«Si jamais les conditions négociées ne font pas notre affaire, on va continuer à se battre, même si on est les derniers à le faire», a lancé Simon Rivard.

Les élèves du Conservatoire de musique de Montréal ont passé des années à rester dans leur coin à l'abri des conflits et des soubresauts de la société. Maintenant qu'ils ont fait leurs premiers pas, dehors dans la rue, on dirait qu'il n'y a plus rien pour les arrêter. Ceux qui veulent les encourager sont invités à l'église Saint-Jean-Baptiste de la rue Rachel, dimanche prochain, 29 avril, pour un spectacle-bénéfice auquel participeront les comédiens Alexis Martin et Marc Béland. Quant à la pièce de résistance du concert, ce sera une oeuvre de circonstances: Le sacre du printemps.

50 ans de Goethe

Aujourd'hui, cela fait exactement 50 ans, jour pour jour, que le premier Institut Goethe est présent au Canada, à Montréal. Pour fêter ce demi-siècle d'échanges, de dialogues et de découvertes partagées, l'Institut Goethe s'offre une nouvelle adresse, angle Saint-Laurent et Ontario, dans un magnifique espace de béton et de verre qui sera inauguré le 29 septembre prochain. En attendant, les célébrations vont bon train avec films, expos et concerts de musique dans l'édifice de la rue Sherbrooke.




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer