Les artistes et les étudiants

Le gouvernement Charest a dépensé 200 000$ pour des publicités radio qui... (Photomontage: La Presse)

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Photomontage: La Presse

Le gouvernement Charest a dépensé 200 000$ pour des publicités radio qui vantent les mérites du nouveau régime de prêts et bourses pour les étudiants. C'était, selon un porte-parole de la ministre de l'Éducation, le moyen le moins cher d'informer la population. Sachant cela, je me demande si le gouvernement n'aurait pu dû imiter la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), qui n'a pas tout à fait la même conception de ce qui est peu coûteux. À preuve, l'association vient de produire et de mettre en ligne une vidéo de 2 minutes et demie contre la hausse des droits de scolarité, mettant en vedette les meilleurs acteurs de l'heure, tels Anne-Marie Cadieux et Paul Ahmarani, des créateurs de talent comme Paule Baillargeon, Charlotte Laurier et Armand Vaillancourt, un chanteur engagé du nom de Paul Piché, l'alter ego d'Elvis Gratton, Julien Poulin, et un prof de Star Académie en la personne de Michel Rivard. Coût de la vidéo? Zéro dollar.

Réalisée par un étudiant de la faculté de communication de l'UQAM, cette vidéo est la preuve qu'avec un peu d'imagination et beaucoup de débrouillardise et de solidarité, on peut faire aussi bien, sinon mieux, que des professionnels engagés et payés à prix fort par le gouvernement.

Mise en ligne sous le slogan Ce printemps, ensemble, bloquons la hausse, la vidéo vient contredire la rumeur voulant que, le soir de la cérémonie des Jutra, les artistes aient été victimes d'une stratégie étudiante et forcés en quelque sorte de porter les petits carrés rouges que leur tendaient les jeunes grévistes postés à l'entrée du Théâtre St-Denis. Ce fut peut-être le cas pour certains. Il reste qu'une majorité d'artistes n'ont eu aucun problème à arborer le petit carré rouge et leur approbation du combat contre la hausse des droits de scolarité.

Quant à la vidéo qui met en vedette une douzaine d'entre eux, elle a été conçue et planifiée avant le déclenchement de la grève. La plupart des artistes sollicités ont accepté spontanément d'y figurer sans savoir si la cause allait être soutenue ou décriée par la population. Ceux qui ont refusé l'ont surtout fait à cause de conflits d'emploi du temps.

Le tournage a commencé avant la fameuse manif où la police a chargé violemment les jeunes, avant qu'on apprenne que des cadres de Concordia avaient obtenu des primes de départ totalisant quelque 3 millions, avant donc que le vent tourne en faveur des étudiants. Mais surtout, la vidéo a été tournée, façon guérilla, dans les locaux de l'UQAM où l'équipe de tournage était souvent débusquée par la sécurité et chassée des lieux.

C'est donc dans des conditions loin d'être idéales que les artistes ont chacun, dans une classe différente, livré des bribes d'un texte simple et efficace sur la marchandisation de l'éducation et sur un savoir qui ne devrait pas être à vendre, mais à transmettre et à partager.

«La hausse des frais de scolarité, clame Charlotte Laurier, c'est le début de la fin de ce que le Québec a déjà été.» «Un peuple instruit ne sera jamais vaincu», ajoute Paule Baillargeon. Puis, tous ensemble, ils entonnent Bloquons la hausse, un slogan aux sonorités germaniques, qui, chaque fois que je l'entends, fait surgir dans mon esprit des images de blocus et de blockhaus.

Qu'importe: la réalisation de la vidéo est impeccable malgré les circonstances atténuantes du tournage, le texte pas con du tout, et la musique (empruntée au film Sunshine) déclenche une montée dramatique émouvante, juste au bon moment. La vidéo n'est pas encore devenue vraiment virale, n'ayant obtenu que 32 000 clics en date d'hier après-midi, mais cela ne devrait plus tarder.

Certains diront que l'utilisation d'artistes dans des vidéos de contestation est devenue un cliché. Qu'après la série des 30 secondes contre Harper, puis celle coiffée du titre Wo! contre l'exploitation du gaz de schiste, réalisée avec le concours d'une vingtaine d'artistes, on en a soupé de voir toujours les mêmes visages connus appuyer la cause du moment. Je ne suis pas d'accord.

D'abord parce que, collectivement, nous avons la mémoire courte et que nous finissons par oublier assez vite qui parlait, mais pas nécessairement ce qui a été dit.

Et puis, qu'on le veuille ou non, les artistes ont une liberté de parole qui n'est pas donnée à tous. Ils ont aussi une visibilité, voire un pouvoir d'attraction, qui explique en partie pourquoi je vous parle de cette vidéo aujourd'hui. Si la Coalition avait fait appel à 12 inconnus, ouvriers, ménagères ou étudiants pour témoigner dans la vidéo, pas sûr que l'impact aurait été le même.

Personnellement, je trouve ça rassurant de voir des artistes se porter à la défense des étudiants et de leur désir de s'instruire sans hypothéquer leur avenir.

Je ne peux en dire autant de certaines personnalités médiatiques que le blocage du pont Champlain hier a rendues hystériques. Stéphane Gendron, pour ne pas le nommer, a pété les derniers plombs qu'il lui reste, en réclamant sur sa page Facebook l'armée et la bastonnade pour «ces esties de morveux de puants sales» d'étudiants.

Dommage que l'armée n'ait pas donné la bastonnade à Gendron quand il bloquait la route 138 en 2006, on aurait été débarrassés de lui.




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