Le phénomène Mélanie Joly

Mélanie Joly... (Photo Martin Chamberland, La Presse)

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Mélanie Joly

Photo Martin Chamberland, La Presse

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Elle a un nom prédestiné: Joly. Oui, elle l'est, jolie. Et jeune. Une boule d'énergie. Elle a du front et de l'aplomb. Quand elle dit, dans sa publicité diffusée à la radio, que «rien, absolument rien» ne va changer à Montréal si «nous votons Denis Coderre», elle attaque son adversaire à visière levée, sans complexe et sans gêne.

Mais au-delà de son apparence, que reste-t-il de Mélanie Joly? Rien d'osé ou d'audacieux, rien qui justifie sa montée fulgurante dans les sondages. Car elle monte. À 16% des intentions de vote le 7 octobre, elle a bondi à 24% une semaine plus tard. Elle a gagné huit points. En une semaine. Huit points, c'est énorme. Elle est passée du quatrième au deuxième rang, elle, une parfaite inconnue il y a à peine six mois. Elle a même surpassé Richard Bergeron, le chef de Projet Montréal, qui trépigne dans l'opposition depuis huit ans.

Richard Bergeron doit manger ses bas. En 2009, c'est lui qui avait fait une étonnante percée dans les sondages, lui qui avait étonné tout le monde.

Au début de la campagne, il ne recueillait que 14% des intentions de vote. Il avait ensuite grimpé à 20%, puis à 32%, soit pratiquement à égalité avec les deux «vedettes» de l'époque, Louise Harel et Gérald Tremblay.

C'était lui, la Mélanie Joly de 2009. Peu de Montréalais le connaissaient. Aujourd'hui, il se fait voler la vedette par une avocate de 34 ans. La pilule doit être difficile à avaler. Richard Bergeron en a jusque-là de l'opposition.

«C'est pas le fun, être dans l'opposition, la maudite opposition, m'a-t-il confié au début de la campagne. On est toujours négatif, toujours en train de s'opposer. C'est hyper mégafrustrant de voir toutes les conneries de l'autre qui gagne parce qu'il est majoritaire. Et quand on propose quelque chose, on perd. C'est humiliant.»

Pourquoi un Montréalais sur quatre est-il prêt à voter pour Mélanie Joly?

Bien sûr, il faut prendre ces sondages avec des pincettes. N'empêche, les tendances lourdes sont là. Comment expliquer une montée aussi fulgurante? Le besoin de changement des Montréalais? L'envie de confier la ville à des mains jeunes et propres? Le goût de tourner le dos aux vieux politiciens? Peut-être, mais c'est tout de même Denis Coderre le plus populaire parmi les candidats avec 41% des intentions de vote. Coderre, un vieux routier de la politique. Marcel Côté, qui se lance en politique pour la première fois de sa vie, est dernier dans les sondages, loin, bien loin de Mélanie Joly. C'est vrai qu'il a 71 ans et qu'il donne des conseils aux politiciens depuis quelques siècles.

Alors, pourquoi Mélanie Joly est-elle aussi populaire? Honnêtement, je l'ignore. Son programme est fade et sans surprise. Créer un service rapide par bus, ramener les familles à Montréal, créer un guichet unique pour les entreprises, simplifier la paperasse, verdir Montréal, piétonniser la rue Sainte-Catherine, prolonger les heures d'ouverture des commerces. Un programme en pièces détachées, un patchwork sans cohésion, sans vision d'ensemble. Que veut-elle faire de Montréal?

Où est le vent de changement? Où est l'audace? Pour quelqu'un qui prétend «réinventer Montréal», on nage plutôt dans la banalité.

Denis Coderre a le même problème: des idées éparpillées, sans vision précise, sauf celle de prendre le pouvoir. Il propose une ville intelligente, une ville accueillante, une ville intègre, ramener les familles à Montréal, créer un centre de foire et de croisière dans le Vieux-Port, un inspecteur général...

Marcel Côté veut mettre de l'ordre dans l'hôtel de ville. Lui aussi lance des idées pêle-mêle et son programme est un fouillis, mais il a un objectif clair: faire le ménage. Richard Bergeron, lui, a une vision cohérente: une ville verte, un tramway, une ouverture sur le fleuve. Un programme qu'il peaufine depuis huit ans. On peut ne pas l'aimer, le trouver rigide ou autoritaire, détester ses idées, ne pas croire à son tramway, se désoler parce qu'il mange le même petit-déjeuner depuis 30 ans et boit du café exécrable parce qu'il est gratuit, il faut reconnaître une chose: il a le programme le plus solide.

Le lancement de la campagne électorale de Mélanie Joly en disait long sur ses véritables intentions. Elle s'est présentée seule, le jour où le maire Michael Applebaum a été arrêté. Son lancement a été noyé par cette énorme nouvelle. Heureusement pour elle, car elle n'avait pas grand-chose à dire. Elle n'avait pas de programme, pas d'équipe, seulement un communiqué qui tenait en six paragraphes. En fait, elle n'avait qu'un message: moi, moi, moi. Et une ambition: devenir mairesse de Montréal.

Pas question d'apprendre le travail en passant quelques années sur les banquettes du conseil municipal.

Mélanie Joly veut le pouvoir. Denis Coderre aussi. Même si elle tire sur lui à boulets rouges, ils ont plus de points en commun qu'elle le croit.

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