La surprise Applebaum

Michael Applebaum... (Photo David Boily, La Presse)

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Michael Applebaum

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Michael qui? Michael Applebaum. C'est ce que j'ai écrit en octobre 2011. Personne, ou presque, ne le connaissait. J'avais précisé qu'il était président du comité exécutif et bras droit de Gérald Tremblay. L'homme le plus puissant de Montréal, qui contrôlait un budget de 5 milliards de dollars, était un quasi-inconnu.

Aujourd'hui, 88% des Montréalais savent qui est Michael Applebaum. Un bond gigantesque, ahurissant. Du néant, ou presque, il est passé à une notoriété qui dépasse celle d'un ministre.

«Environ 50% des gens connaissent le nom d'un ministre», m'a dit Youri Rivest, vice-président chez CROP. Lui aussi est renversé par la notoriété de Michael Applebaum, devenu maire l'automne dernier, une semaine après la démission de Gérald Tremblay.

Il est connu et presque aussi populaire que Denis Coderre: 17% des Montréalais souhaitent qu'il soit élu maire en novembre. C'est du moins ce qui ressort du dernier sondage CROP réalisé les 11 et 12 mai auprès de 800 répondants.

Applebaum talonne Denis Coderre, le «sauveur» annoncé depuis la nuit des temps. Dans une liste de 14 candidats possibles, qui vont de Lise Bissonnette à Raymond Bachand en passant par Michael Fortier, Denis Coderre arrive premier avec 20% des voix. Seulement trois points de pourcentage le séparent de Michael Applebaum. Renversant.

Michael Applebaum a été diaboliquement habile lorsque le parti de Gérald Tremblay a commencé à se liquéfier à la suite des révélations dévastatrices de la commission Charbonneau. Il a démissionné du parti Union Montréal, trop associé à la corruption et à Tremblay, il a multiplié les discussions avec les partis politiques et il a réussi à se faire élire maire de Montréal par le conseil municipal à la suite d'un vote extrêmement serré. Il a ensuite formé une coalition avec les deux chefs de l'opposition, Louise Harel et Richard Bergeron. Il les a mis dans sa petite poche sans provoquer de psychodrame. Du jamais vu.

Autre résultat renversant: les deux tiers des Montréalais sont satisfaits du travail de la coalition.

Denis Coderre aurait un adversaire de taille si Michael Applebaum décidait de se présenter à la mairie en novembre. Mais il a promis-juré-craché sur toutes les tribunes - et deux fois plutôt qu'une - qu'il renonçait à la mairie, car «Montréal a besoin d'un maire non partisan» qui ne caresse aucune ambition politique. C'est pour cette raison que Louise Harel et Richard Bergeron ont accepté de l'appuyer.

S'il change d'idée et se laisse séduire par l'appel du pouvoir, il aura trompé non seulement Harel et Bergeron, mais aussi le conseil municipal, qui a appuyé sa candidature pour remplacer Tremblay. Il ne peut pas revenir sur sa décision sans être accusé, avec raison, d'opportunisme et de trahison.

Et il ne faut pas oublier que Michael Applebaum a été pendant 11 ans membre d'Union Montréal, le parti de Gérald Tremblay. La corruption et la collusion? Il n'a rien vu, rien su, rien détecté, rien dénoncé, même si Montréal vivait sous la dictature des enveloppes brunes bourrées d'argent sale. Comme Gérald Tremblay.

Il s'est refait une virginité avec une étonnante rapidité. Jusqu'où peut-on y croire?

Et Denis Coderre, dans tout cela? Depuis des mois et des mois, il fait languir les Montréalais dans un insupportable strip-tease politique. Déclaration après déclaration, il laisse planer un doute sur sa candidature à la mairie de Montréal. Un doute qui lui permet d'avoir son nom quasiment tous les jours dans les journaux.

Demain, il donne un point de presse devant l'hôtel de ville. Dehors.

-Et s'il pleut? , ai-je demandé à son porte-parole, M. Lapierre.

-On prendra des parapluies, a-t-il répondu.

Il a ajouté qu'ils n'avaient pas d'argent pour se payer une salle.

Pas d'argent? Denis Coderre joue la carte de la simplicité volontaire, payante en cette ère d'intégrité extrême, où une cagnotte bien garnie est mal perçue.

Et Gérald Tremblay, dans tout cela? Les Montréalais le jugent très durement: 60% affirment qu'il était peu ou pas du tout crédible quand il a témoigné devant la commission Charbonneau et seulement 3% pensent que c'est lui qui dirigeait réellement la Ville. Les vrais patrons? La mafia, Frank Zampino et les entrepreneurs. De plus, 83% des répondants disent que Tremblay s'est volontairement fermé les yeux sur la corruption; et 91% croient qu'il a bien fait de démissionner.

Gérald Tremblay s'est lancé en politique pour sauver Montréal. Il y croyait avec cette naïveté qu'on lui reproche tant aujourd'hui. Il a échoué. Non seulement il n'a pas sauvé Montréal, mais il n'a pas non plus sauvé son honneur. Triste fin.

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