Bernard Trépanier: ça fait cher la porte

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C'est un vieux monsieur qui s'est présenté devant la commission Charbonneau, mardi. Un vieux usé, nerveux, qui a connu un «gros problème de boisson» dans son «autre vie».

Un vieux dur d'oreille, à la mémoire vacillante. Bernard Trépanier a 74 ans. Quand le procureur Denis Gallant lui a demandé de résumer sa vie professionnelle, il a sorti une feuille de papier. Sa main tremblait et il avait des trémolos dans la voix.

On était loin de l'homme tout-puissant décrit par les entrepreneurs et les dirigeants de firmes de génie qui devaient lui verser 3% de la valeur de leurs contrats, de 2005 à 2009, pour financer le parti du maire Gérald Tremblay.

Même si Trépanier s'égarait dans les détails, mêlait les dates et faisait répéter les questions, il restait vigilant. Il pesait chaque mot et regardait où il mettait les pieds.

«Je veux pas mentir, je veux pas me tromper», disait-il.

ll sait qu'il joue gros. Son nom a été mentionné par 16 témoins qui ont défilé devant la commission Charbonneau. Et pas les moindres: Michel Lalonde, président de Génius, Giuseppe Borsellino, président de Construction Garnier, Nicolo Milioto, ex-président de Mivela Construction, François Perreault, vice-président de Génivar, Yves Cadotte, vice-président de SNC-Lavalin, Rosaire Sauriol, ex-vice-président de Dessau...

Ils l'ont décrit comme le roi de la ristourne. On le surnommait Monsieur 3%.

Il est déjà accusé de fraude, de complot et d'abus de confiance dans l'affaire Contrecoeur, un projet immobilier de 300 millions. Il n'est pas seul dans cette histoire. Frank Zampino, ex-bras droit de Gérald Tremblay, est aussi accusé. Zampino, qui devrait témoigner après Bernard Trépanier. Les deux hommes travaillaient main dans la main.

Trépanier a lâché quelques remarques savoureuses. Pourquoi a-t-il nommé son entreprise Bermax? «Je m'appelle Bernard. Max, c'est Bernard au maximum.»

Les journalistes rigolaient, la juge France Charbonneau et le procureur Denis Gallant se retenaient pour ne pas rire. Sauf que c'était plus pathétique que drôle.

Hier, les explications échevelées de Bernard Trépanier n'ont convaincu personne. Dessau lui a versé plus de 900 000$ en honoraires en huit ans. Pourquoi? Explications de Trépanier: pour aider Dessau à se «qualifier» auprès d'Aéroports de Montréal (ADM) afin de lui permettre d'obtenir des «mandats». C'est tout, rien d'autre: 900 000$ pour ouvrir des portes. Ça fait cher la porte.

Le procureur Gallant ne l'a pas cru. «Vous avez fraudé Dessau?», lui a-t-il demandé.

Pendant que Trépanier ouvrait la porte d'ADM à Dessau à coups de 100 000$ par année, il recevait 82 000$ d'Union Montréal, le parti de Gérald Tremblay, à titre de directeur du financement. De 2004 à 2006, année de son congédiement.

Et son entreprise, Bermax, avait d'autres clients en plus de Dessau: Tecsult, SM...

Le directeur du financement de Gérald Tremblay était donc payé par des firmes de génie qui obtenaient des contrats de la Ville de Montréal. Une situation drôlement malsaine. Comment le maire a-t-il pu tolérer une telle promiscuité?

En 2006, Gérald Tremblay décide de congédier Trépanier, a raconté lundi le trésorier d'Union Montréal, Marc Deschamps. Les raisons évoquées sont obscures. Tremblay aurait confié à Deschamps en octobre dernier qu'il trouvait Zampino trop proche de Trépanier. Une explication cousue de fils blancs. Comme si Tremblay avait des reproches à faire à Zampino. Je me souviens parfaitement de cette époque. Tremblay ne jurait que par Zampino, son homme de confiance, son président du comité exécutif, quasiment la huitième merveille du monde. Pourquoi Tremblay a-t-il demandé la démission de Trépanier?

La Commission a suggéré une réponse: Trépanier aurait tenté d'extorquer un million d'un promoteur immobilier. Et Tremblay l'aurait su. Est-ce la vraie raison? Peut-être.

Même si Trépanier est congédié, il continue à ramasser de l'argent pour Union Montréal et à récolter ses 3%. Il croise Gérald Tremblay dans des cocktails de financement. Pourtant, le maire l'a congédié. C'est à n'y rien comprendre.

Comment Gérald Tremblay a-t-il pu tolérer la présence de cet homme?

Il reste beaucoup de questions à poser à Bernard Trépanier: sur les 3%, sur sa complicité avec Frank Zampino, son «chum», sur son rôle à l'hôtel de ville, sur sa toute-puissance. Avec quels autres élus brassait-il des affaires? Gérald Tremblay était-il au courant de ses méthodes peu orthodoxes?

Hier, Trépanier a joué la carte du vieux à la mémoire vacillante. Aujourd'hui, il devra répondre aux questions.

Pour joindre notre chroniqueuse: mouimet@lapresse.ca

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