Une révolution

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Une révolution. Une vraie. En 11 jours, tout a changé à Montréal. Vraiment tout: la fin du règne d'Union Montréal qui dominait la Ville depuis 11 ans, l'élection d'un maire indépendant et un comité exécutif dominé par l'opposition qui siégera en public.

Le comité exécutif en public. Le Saint des Saints, l'équivalent du Conseil des ministres, là où les dossiers et les contrats, oui, oui, les contrats, sont adoptés. Ouvert au public, comme à Toronto. Juste ça, c'est une révolution, un saut démocratique qui fait passer Montréal de l'âge des cavernes aux temps modernes.

Si Michael Applebaum n'avait pas claqué la porte d'Union Montréal, s'il n'avait pas mené une bataille féroce pour arracher la mairie des mains de son rival, Richard Deschamps, le nouveau maire aurait été élu derrière des portes closes et la Ville aurait continué son petit train-train sans que rien ne change, figée dans le passé, éclaboussée par les scandales, en attendant que la tempête se calme.

Michael Applebaum n'est pas le seul à avoir mené la bataille de sa vie, l'opposition a fait preuve de discipline et d'une étonnante stratégie. Pas de coups de gueule ou de dérapages. Vision Montréal de Louise Harel et Projet Montréal de Richard Bergeron ont été habiles, très habiles. Ils savaient que Deschamps et Applebaum avaient besoin de leurs votes pour se faire élire. Ils en ont profité pour arracher des concessions: baisse de l'impôt foncier, réduction de la hausse des tarifs de la STM, comité exécutif de coalition...

Oui, l'opposition a bien joué ses cartes. Harel et Bergeron ont réussi à contrôler les loups à l'intérieur de leur caucus - plusieurs voulaient être candidats à la mairie -, et ils ont négocié leur nombre de sièges au comité exécutif: deux pour Projet Montréal, trois pour Vision. Ils ont été silencieux dans la dernière ligne droite des négociations, eux qui, pourtant, adorent multiplier les points de presse pour un oui ou pour un non.

Union Montréal, qui dominait outrageusement l'hôtel de ville, n'aura que deux ou trois sièges au comité exécutif. Sur 10. Le parti survivra-t-il? Est-ce qu'il y aura d'autres désertions? Cette semaine, le parti a perdu 10 conseillers sur 35. Hier, après sa défaite, Richard Deschamps a refusé de dire s'il resterait à Union Montréal. Après l'hémorragie, Union Montréal va peut-être s'ouvrir les veines.»

***

Michael Applebaum aura beau dire et répéter qu'il est là pour le «bien des Montréalais», personne n'est dupe. Applebaum est un ambitieux. Il a les dents longues. Il a joué la carte de l'homme au-dessus de la mêlée et il a juré qu'il ne serait pas candidat aux élections de novembre 2013.

Faut-il croire à sa nouvelle virginité, lui qui a été dans l'ombre de Gérald Tremblay depuis les tout débuts et qui a été président de son comité exécutif pendant un an et demi? Va-t-il vraiment tourner le dos à l'héritage Tremblay, à la culture d'Union Montréal qui s'entourait de secrets? Les Montréalais troquent-ils un Tremblay contre un Applebaum? Bonnet blanc, blanc bonnet?

Applebaum a la réputation d'être un homme qui va droit au but, un fonceur prêt à tout, quitte à écraser quelques orteils. Il n'a jamais été un rassembleur. Il n'a pas réussi à rallier la majorité des élus d'Union Montréal qui lui ont préféré le terne Richard Deschamps. C'est tout dire.

Mais cette semaine, il a étonné tout le monde. Et il a fait un bon boulot comme président du comité exécutif. Il a réussi deux tours de force: revoir le financement des arrondissements et signer la convention collective des cols bleus sans psychodrame.

Si le Applebaum revu et corrigé n'est qu'une façade, il devra affronter une forte opposition. Il n'a gagné la mairie que par 2 voix, 31 pour lui, 29 pour Deschamps. On est loin du couronnement.

Il sera sous haute surveillance. Il devra se tenir les fesses serrées et respecter ses promesses.

***

Des nouvelles de Gérald Tremblay

Hier, Marcel Tremblay, frère de l'ex-maire, était debout au milieu du grand hall de l'hôtel de ville. Veston foncé, blouse blanche immaculée, cravate colorée, énormes lunettes sur le bout du nez. Il n'a pas changé, toujours aussi aimable et bavard.

- Comment va votre frère? lui ai-je demandé.

La réponse a fusé. Mal.

«Du jour au lendemain, il est tombé en bas de sa chaise, a-t-il répondu sans l'ombre d'une hésitation. Il vit un deuil. C'est un drame. Il est parti à Saint-Hippolyte [sa maison de campagne]. Il a beau couper du bois, il vit un vide, un vide énorme. Il recevait 50 appels par jour. [...] Il récupère. Il ne veut pas entendre parler de politique, il s'est complètement débranché du monde. [...] Mon frère Gérald est un homme religieux. Aller voler de l'argent! Il n'en a pas besoin, il est millionnaire.»

«Il est venu ici [à la mairie de Montréal] de bonne foi, a-t-il ajouté. Il est honnête et travaillant. Il voit la fin [de sa carrière] qui est terrible. Ce n'est pas normal qu'il soit parti par la porte d'en arrière.»

Depuis sa démission, les deux frères ont eu «quelques conversations», mais ils ne se sont pas parlé depuis plusieurs jours. Gérald Tremblay avait besoin de couper le contact.

Hier, Marcel Tremblay m'a dit qu'il appellerait son frère pour lui apprendre la nouvelle: Michael Applebaum a remporté le scrutin. Gérald Tremblay n'est définitivement plus le maire de Montréal. Encore le vide, le vide énorme.

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