Le coffre-fort qui ne fermait pas

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Le ministre des Affaires municipales, Sylvain Gaudreault, est tombé à la renverse quand il a entendu parler du coffre-fort.

«C'est hallucinant», m'a-t-il dit quelques minutes après le témoignage saisissant de Martin Dumont, ex-organisateur d'Union Montréal, parti politique du maire Tremblay. Un soir, en 2004, Bernard Trépanier, directeur du financement d'Union Montréal, était incapable de fermer la porte du coffre-fort parce qu'il contenait trop d'argent. Pas des 10$ ou des 20$, mais des liasses de billets de 50$, 100$ et 1000$.

En 2004, le maire Tremblay était au pouvoir depuis trois ans.

Jacques Duchesneau avait parlé de cette histoire de coffre-fort en juin lors de son témoignage devant la commission Charbonneau. L'argent «sale» remplit les coffres des partis politiques, avait-il dit. Une source anonyme lui avait raconté qu'il y avait «tellement d'argent comptant dans un parti municipal qu'on avait de la misère à fermer la porte du coffre-fort». Il n'avait nommé personne. Hier, Martin Dumont a lâché la bombe que tout le monde attendait: c'était le parti de Gérald Tremblay.

Le ministre Gaudreault est ébahi par les révélations. Il n'est pas le seul. «L'image du coffre-fort est très forte, a-t-il dit. On pense que c'est la théorie du complot, mais non. Le gouvernement doit agir proportionnellement, de façon très forte.»

Est-ce que Gérald Tremblay devrait démissionner? Il doit réfléchir, a répondu le ministre. Et «le poids» des révélations devient «de plus en plus lourd».

Sauf que Gérald Tremblay a déjà réfléchi: il ne veut pas partir avant la fin de son mandat. Encore un an. Une année qui risque de se transformer en supplice de la goutte d'eau si les révélations explosives se multiplient devant la commission Charbonneau.

Autre élément troublant dans le témoignage de Martin Dumont: la familiarité entre les entrepreneurs, Gérald Tremblay et le président du comité exécutif Frank Zampino. En 2004, Zampino, Trépanier et deux autres élus participaient à une activité de financement en compagnie de 14 firmes de génie et de construction. Chaque «invité» avait donné un chèque de 10 000$ libellé au nom d'Union Montréal. Rien n'indique que c'était illégal.

Ce qui m'a renversée, c'était le tutoiement, la promiscuité entre le maire, Frank Zampino et les firmes qui recevaient des dizaines de millions de dollars en contrats de la Ville.

«Gérald, on a un problème», disait un entrepreneur. «Parle à Frank», répondait le maire.

Les firmes avaient un accès privilégié au maire. Munies de leur gros chèque de 10 000$, elles se plaignaient du comportement de certains fonctionnaires. «Parle à Frank.» Les citoyens, eux, ne pouvaient pas parler à «Frank» quand ils avaient un problème.

Les fils s'attachent, les histoires se recoupent, les témoignages concordent: Lino Zambito, Gilles Surprenant, Martin Dumont et Elio Pagliarulo, ami proche de Paolo Catania qui a aussi témoigné hier.

Frank Zampino en a pris pour son rhume. Selon Pagliarulo, il a reçu un pot-de-vin de 300 000$ pour «organiser» la vente du Faubourg Contrecoeur à Paolo Catania. Zampino est d'ailleurs accusé de fraude dans cette histoire. Pour boucler la transaction, Catania aurait gâté Zampino. En plus des 300 000$, il aurait refait sa cuisine pour la coquette somme de 250 000$ et donné 5000$ cash pour son anniversaire. Un détail qui tue.

Zampino, numéro deux à Montréal, homme de confiance du maire qui avait la main haute sur les finances de la Ville. Est-ce que Gérald Tremblay ignorait vraiment tout ce qui se passait sous son nez, les enveloppes, les fonctionnaires corrompus, la mafia, sa garde rapprochée impliquée jusqu'au cou dans la corruption? La même question revient encore et encore, sauf qu'elle est de plus en plus embarrassante pour le maire.

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