Comme au référendum

Aussi divisé, aussi polarisé, aussi émotif. J'ai l'impression de revivre le référendum de 1995, où les opinions étaient tranchées au couteau.

Même les partys de famille sont contaminés. Comme en 1995. Les pro et anti-étudiants se crêpent le chignon. La loi d'exception (78) a attisé cet antagonisme: d'un côté, ceux qui crient au crime de lèse-droit-de-manifester-librement, de l'autre, ceux qui appuient la ligne dure adoptée par le gouvernement.

Dans le dernier sondage CROP, cette polarisation est claire: 51% des 1500 répondants sont en faveur de la loi, 49% contre. Comme au référendum de 1995. Ou presque. À couper au couteau.

Mais bizarrement, les Québécois appuient largement chacune des mesures prévues dans la loi: pour la suspension des cours, pour l'interdiction de manifester à moins de 50 mètres d'un établissement scolaire, pour l'obligation de soumettre à la police, huit heures à l'avance, l'itinéraire, la date et l'heure de la manifestation, pour le droit de la police de refuser l'itinéraire...

Une seule mesure n'est pas largement appuyée: les amendes salées imposées aux contrevenants. On retrouve ici le syndrome du référendum: 50% pour, 50% contre.

Autre nuance, 48% des répondants croient que la loi 78 brime des libertés fondamentales, 52% affirment le contraire.

Contradictoires, les Québécois? Non, répond le vice-président de CROP, Youri Rivest.

«Les gens rejettent totalement Stephen Harper, mais plusieurs de ses mesures sont acceptées, explique-t-il. On voit le contraire avec Régis Labeaume [maire de Québec]. Il est très populaire, mais l'appui à chacune de ses mesures est beaucoup plus faible. Jean Charest a un problème de branding. Sa loi a été mal vendue... ou trop attaquée. Le contenant est plus faible que le contenu.»

En d'autres mots, le vendeur - Jean Charest - ne passe pas la rampe, mais sa marchandise, elle, est acceptée.

Cette contradiction cache aussi une écoeurantite aiguë, un mécontentement profond. Les gens veulent être contre la loi 78. C'est leur coeur qui parle, mais lorsqu'on décortique chaque mesure, c'est le cerveau qui embarque. Depuis un an, le gouvernement Charest atteint des sommets d'impopularité: le taux d'insatisfaction colle à 70%. Ce qui est exceptionnel, c'est la constance dans l'impopularité. «Du rarement vu», affirme Youri Rivest.

Prenez les casseroles. Depuis quelques jours, les gens sortent sur leur balcon ou dans la rue avec leur casserole et ils tapent dessus avec un plaisir évident. Enfants, parents, grands-parents. Un vent de fronde gentil et bon enfant souffle sur Montréal. Mais pas seulement sur Montréal. Sherbrooke, Granby, Québec, Gatineau, Saguenay ont aussi sorti leurs casseroles.

Si j'étais Jean Charest, je m'inquiéterais. Et je prendrais des notes. On est loin des droits de scolarité, de la hausse de 75% et même de la loi 78. Les gens se vident le coeur en tapant sur leur casserole. Toutes leurs frustrations s'expriment dans ce joyeux tintamarre, des frustrations jetées pêle-mêle: contre l'incapacité du gouvernement à gérer une crise étudiante qui s'éternise, contre le gaz de schiste, la corruption, le Plan Nord, le mont Orford, le Suroît, l'arrogance des libéraux. Faites votre choix.

Comme un gigantesque ras-le-bol.

*****

Et les leaders étudiants? Martine Desjardins de la FEUQ et Léo Bureau-Blouin de la FECQ sont respectés. Gabriel Nadeau-Dubois, lui, est rejeté. Son mouvement, la CLASSE, aussi.

Gabriel Nadeau-Dubois est probablement trop radical au goût des Québécois. Son intransigeance, sa ligne dure, son appel à la désobéissance civile heurtent une partie de la population. Les trois quarts des Québécois sont en désaccord avec la désobéissance civile. C'est beaucoup, c'est vrai. Par contre, 26% des répondants sont «tout à fait ou plutôt d'accord» avec la désobéissance civile. Étonnant. L'écoeurantite aiguë? Peut-être.

Une chose est certaine, les gens veulent que la crise se règle et ils croient que la seule façon d'y arriver, c'est en négociant. L'appui en faveur de la négociation est énorme: 80%. De ce nombre, le tiers pense que le gouvernement devrait suspendre la loi 78.

Car la loi spéciale a jeté de l'huile sur le feu: seulement 20% des répondants pensent qu'elle «aide à régler le conflit», 36% croient qu'elle reporte le problème et 44% disent qu'elle «empire les choses».

Le signal est clair: finissez-en avec cette crise qui traverse les saisons. Elle a commencé au milieu des bancs de neige, elle est en train de traverser le printemps et elle va bientôt atterrir en plein été. Imaginez les manifestations pendant le Grand Prix et les festivals.

La semaine prochaine, les trois associations étudiantes doivent rencontrer la nouvelle ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne. Si chacun commence à imposer des conditions avant de s'asseoir autour de la table, on ne s'en sortira pas, la crise risque de se rendre à l'automne.

Le message est limpide: négociez.




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