Les vrais monstres

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Mario Girard
La Presse

L'un de mes plus beaux souvenirs d'adolescence prend la forme de soirées que l'on passait, « ma gang, pis moi », chez une amie pour regarder la série télévisée La poupée sanglante. Nous étions un groupe de cinq gars et filles de 15-16 ans et nous avions jeté notre dévolu sur cette histoire qui se déroulait dans un petit village français brumeux. Ça racontait l'histoire d'un horloger et de son neveu chirurgien qui avaient comme dessein étrange de fabriquer un homme mécanique à la beauté parfaite.

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Monstres et monstruosités

image fournie par Perrin



Laurent Lemire

Perrin

211 pages

Mais voilà, cette poupée n'a pas de cerveau. On lui en trouve un sur un homme condamné à mort injustement pour divers meurtres. Cet homme, qui se nomme Bénédict Masson, est d'une laideur intolérable. Devenu beau grâce à la carapace mécanique dans laquelle on glisse son cerveau, Bénédict traquera les véritables coupables des meurtres pour lesquels il était accusé.

La fascination que nous avions pour cette histoire venait du fait que, même sous les traits d'un être beau, blond et séduisant, nous savions qu'un monstre se cachait derrière cette créature. 

Cette vision trouble sur le monstre, c'est l'un des thèmes qu'aborde Laurent Lemire dans un fascinant ouvrage qui a pour titre Monstres et monstruosités. Ce journaliste de L'Obs nous rappelle d'abord que, depuis la nuit des temps, l'humain « s'est effrayé de ce qu'il pourrait devenir ». Bref, nous aimons avoir peur de ce que nous pourrions être, de ce que nous pourrions vivre.

L'auteur remonte justement à la nuit des temps pour faire l'historique des monstres et parler de la place qu'ils occupent dans différentes sphères. Ainsi, la plus ancienne image d'un monstre proviendrait de la grotte de Lascaux, où l'on peut distinguer une forme humaine avec une tête d'oiseau. Précisons que ce dessin date de 13 500 ans avant notre ère.

Le monstre a quelque chose de prodigieux, de révoltant, mais aussi d'attirant et de fascinant. « Le prodige et le monstre ont les mêmes racines », disait Victor Hugo. Ce dernier en connaissait un bout sur les monstres, lui qui avait créé Quasimodo.

Laurent Lemire prend plusieurs pages pour décortiquer la représentation des monstres. Il rappelle au passage qu'après la nature, les premiers fabricants de monstres ont été les peintres. Puis les écrivains ont pris le relais, suivis des cinéastes.

Les monstres n'ont pas besoin d'être gigantesques comme King Kong ou les dinosaures du Parc jurassique pour effrayer. Des milliers de petites fourmis rouges peuvent constituer une matière première idéale pour un romancier ou un cinéaste.

Des monstres littéraires en passant par les monstres criminels, jusqu'aux monstres scientifiques, les terroristes nous procurent depuis quelques années un affligeant prototype du monstre. En ce qui a trait à l'internet, il remplace les foires où l'on aimait, moyennant quelques sous, montrer des créatures difformes et autres hommes-éléphants de ce monde.

« Le monstre indique ce qui dépasse les normes », écrit Laurent Lemire. À cet égard, les monstres nés de notre imaginaire auront toujours le dessus sur tous les autres. Les monstres intérieurs sont les plus redoutables. Parlez-en aux enfants qui font des cauchemars la nuit.

Il faut cesser de voir le monstre dans sa forme la plus évidente, une forme à laquelle j'ai d'ailleurs été confronté il y a quelques semaines en sortant d'une station de métro. Mon regard s'est posé sur un homme d'une laideur incommensurable. Il était immense, ses cheveux étaient hirsutes, ses yeux étaient prêts à quitter leur orbite. Mais, surtout, son visage était couvert de pustules. J'ai sursauté en le voyant.

En marchant, je me suis demandé à quoi pouvait ressembler la vie de cet homme. Était-il doté de cette laideur depuis la naissance ? Que lui était-il arrivé pour qu'il soit aussi laid ? Vivait-il seul ? Avait-il déjà connu l'amour ? Subissait-il les moqueries des gens ? Posait-il des gestes pour quitter cette laideur ?

Après avoir lu cet essai, je réalise que l'idée n'est pas de savoir pourquoi et comment se créent les monstres. L'idée est de savoir comment on s'édifie en monstre. L'actualité des derniers jours au Québec nous offre plusieurs preuves de cela.




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