Accessoire de mode

Louis Garrel incarnant Jacques de Bascher dans Saint Laurent... (photo fournie par la production)

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Louis Garrel incarnant Jacques de Bascher dans Saint Laurent

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Mario Girard
La Presse

Je suis fasciné par les personnages qui grandissent dans l'ombre des grands. Muses, parasites et putes à la fois, ils consacrent leur vie à la gloire de l'autre, espérant ainsi faire briller leur propre étoile. L'histoire de l'art est remplie de ces gens qui font le régal des biographes.

Ce parcours est exactement celui de Jacques de Bascher, à qui Marie Ottavi consacre une biographie. Si vous avez vu le biopic sur Yves Saint Laurent, celui de Bertrand Bonello mettant en vedette Gaspard Ulliel, vous savez alors de qui je parle.

Après avoir attisé Karl Lagerfeld, ce bourgeois ténébreux jeta son dévolu sur Saint Laurent pour littéralement l'incendier. Le célèbre et riche couturier tomba follement amoureux de ce grand séducteur qui contribua largement à la construction du mythe des nuits parisiennes dans les années 70 et 80. Les fêtes qu'il organisait étaient aussi grandioses que décadentes, se terminant la plupart du temps par de véritables orgies.

Jacques de Bascher entraîna Saint Laurent dans sa vie de débauche, dans ses excès, mais il lui fit également découvrir l'ivresse de la passion, la vraie, la grande. 

Avec ce Brummell nouveau genre, le couturier connut l'enivrement sous toutes ses formes. Le timide qu'il avait toujours été explosait.

Voyant son protégé s'empêtrer dans les filets de la drogue, Pierre Bergé fit tout pour arracher Saint Laurent aux griffes de ce dandy maudit. Cela n'a jamais été prouvé, mais le film de Bonello, comme certains ouvrages biographiques, suggère que Bergé aurait offert une somme colossale à Bascher pour qu'il accepte de se retirer de la vie de Saint Laurent.

Alors que son entourage le disait doté d'une intelligence hors du commun et d'une très vaste culture, Bascher incarna l'oisiveté même. Ses journées commençaient toujours par un déjeuner aux Deux Magots ou chez Lipp, suivi d'une tournée des galeries d'art ou des librairies. Puis, quand la nuit tombait, la ville devenait son terrain de jeu.

Bascher adorait mettre au point le scénario de la soirée qui l'attendait, lui et ses amis. Il prenait un plaisir fou à trouver des thèmes et à habiller ceux qui faisaient partie de sa cour. Leurs entrées dans les lieux branchés de la capitale française étaient toujours très remarquées.

Cet homme qui ne pouvait résister à l'envie de distribuer ici et là des mots d'esprit aimait beaucoup faire plaisir. Il ne voulait que des rires autour de lui. Mais il pouvait aussi être méchant et cruel. Une amitié de plusieurs années pouvait prendre fin en quelques secondes. Et cela était irrémédiable.

Jacques de Bascher n'a jamais rien fait de ses dix doigts. Son parcours demeure néanmoins captivant. 

Il témoigne d'une époque où le mot « trop » était mal vu, il met en lumière le rôle de ces personnages anonymes dont les grands créateurs ne sauraient se passer.

À travers l'histoire de cet homme-accessoire défile toute une époque. Ces décennies à Paris ne se revivront plus jamais. Elles appartiennent à ceux qui les ont vécues et faites. Bascher fait partie de ceux-là.

Quand la « terrible maladie » fit son apparition au milieu des années 80, couvrant les bacchanales gaies de son voile noir, elle ne manqua pas de faucher Jacques de Bascher sur son passage. Celui-ci était déjà retourné dans les bras de Lagerfeld depuis quelques années. Le couturier de Chanel s'occupa de son ami jusqu'à la fin, jusqu'au moment où celui qui avait reçu au berceau la beauté du diable devint l'ombre de lui-même. Il est mort en 1989, à l'âge de 38 ans.

Jacques de Bascher aimait être bien habillé. Il ne portait que des costumes de grands couturiers. Avant de mourir, il demanda qu'on enterre tous ses vêtements. Il ne voulait pas que d'autres que lui puissent les porter. Il ne voulait pas que quelqu'un d'autre ait envie de lui ressembler.

Jacques de Bascher - Dandy de l'ombre

Marie Ottavi

Séguier, 228 pages

LES FABLES DE MONSIEUR LÉTOURNEAU

Comme plusieurs d'entre vous, Jean-Pierre Létourneau a beaucoup aimé ma chronique sur les fables de La Fontaine. Ce lecteur m'a fait parvenir un mot charmant et l'exemplaire d'un livre qu'il a publié en 2009. Il s'agit d'un recueil de fables de son cru. C'est fin, c'est drôle et c'est bien tourné. Ça s'appelle Fables Surtout sur Tout. C'est publié aux Éditions Impermanence.

LE LQ NOUVEAU

La revue Lettres québécoises a fait peau neuve au printemps dernier. Le dernier numéro est en kiosque. Il est vrai que la lecture est plus agréable et que l'objet est plus attrayant. Quant au contenu, il demeure tout aussi pertinent. Dans le numéro d'automne, on retrouve un grand portrait d'Audrée Wilhelmy (avec de magnifiques photos de Sandra Lachance) et des critiques à la tonne. Cela devrait bien préparer votre hiver.

«Après avoir attisé Karl Lagerfeld, Jacques de Bascher jeta son dévolu sur Saint Laurent pour littéralement l'incendier.»





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