La business de l'éternité

L'entreprise funéraire Harmonia avait comme projet de vendre... (PHOTO SIMON GIROUX, ARCHIVES LA PRESSE)

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L'entreprise funéraire Harmonia avait comme projet de vendre un terrain au Centre culturel islamique de Québec, terrain qui n'avait pas de permis de cimetière.

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Mario Girard
La Presse

Vous vous posez sans doute beaucoup de questions au sujet du référendum tenu dimanche à Saint-Apollinaire au sujet d'un projet de cimetière musulman. Ça tombe bien, moi aussi, j'ai des points d'interrogation plein la tête.

Il faut d'abord revenir sur cette histoire de vente de terrain et de permis de cimetière. C'est cela qui a mené à cette affaire qui embrase l'opinion publique pour toutes sortes de raisons. L'entreprise funéraire Harmonia, qui possède à Saint-Apollinaire un cimetière uniquement réservé aux urnes, est propriétaire d'un vaste terrain adjacent.

Harmonia avait comme projet de vendre ce terrain au Centre culturel islamique de Québec (CCIQ) pour la somme de 215 000 $. Le CCIQ aurait pu alors y enterrer les corps des membres de sa communauté et éviter un rapatriement coûteux dans le pays d'origine des défunts comme cela se produit souvent chez les musulmans du Québec.

Pourquoi avoir tenu un référendum sur cela? Le terrain que désirait vendre Harmonia n'avait pas de permis de cimetière. Il fallait donc lui obtenir cette vocation. Des réunions houleuses ont eu lieu en mars dernier. Il a été convenu de procéder à une signature de registre afin de voir si on devait tenir ou non un référendum.

Comme on a obtenu un nombre suffisant de signatures, on a procédé à un référendum avec les 49 citoyens vivant aux abords du terrain convoité. De ces personnes, 16 ont voté en faveur d'un zonage permettant la création d'un cimetière et 19 ont voté contre.

L'histoire pourrait en rester là. On pourrait mettre cela derrière nous, comme le souhaite le maire de Saint-Apollinaire, Bernard Ouellet, à qui j'ai parlé hier.

Mais voilà, le CCIQ tient depuis 20 ans à devenir propriétaire d'un terrain pour le convertir en cimetière strictement musulman.

Au Québec, dans plusieurs cimetières multiconfessionnels, il existe des «carrés musulmans», c'est-à-dire des sections réservées aux membres de la communauté musulmane qui meurent au Québec. C'est d'ailleurs le cas du cimetière de Saint-Augustin-de-Desmaures, dans lequel on a inauguré il y a deux semaines une section pour les personnes musulmanes qui désirent y être enterrées.

Un autre bon exemple de cela est le Cimetière de Laval, qui offre plusieurs sections distinctes pour les défunts des communautés juive, haïtienne, congolaise et autres. On peut même y faire enterrer son animal de compagnie dans une section isolée et prévue à cet effet.

Les associations musulmanes ou les mosquées du Québec ne sont toutefois pas propriétaires de ces sections. Les musulmans de la région de Québec qui voulaient devenir acquéreurs du terrain de Saint-Apollinaire désiraient créer un endroit comme le Cimetière islamique du Québec, situé à Laval, le seul cimetière québécois détenu par une mosquée.

Quels sont les avantages pour la communauté musulmane d'être propriétaire d'un cimetière, vous demandez-vous? Contrairement à ce que plusieurs croient, cela ne permettrait pas le respect de certains rites funéraires musulmans qui consistent à enterrer un corps sans embaumement et sans cercueil.

Au Québec, la loi sur les rites funéraires oblige tout le monde à embaumer les défunts et à mettre leur corps dans un cercueil. Même les défunts qui sont envoyés dans leur pays d'origine doivent être embaumés, car ils sont transportés en avion.

Alors, pourquoi tant tenir à être propriétaire d'un cimetière pour y enterrer les musulmans du Québec ? C'est Yannick Boucher, expert en rites funéraires musulmans, qui m'a fourni une partie de la réponse : pour obtenir le repos éternel.

Dans la plupart des cimetières, si la famille du défunt cesse de payer les frais d'entretien du lot, celui-ci peut très bien être revendu après 30 ou 40 ans.

En étant propriétaire d'un cimetière, une mosquée ou une association musulmane peut assurer aux défunts de jouir de cet endroit pour l'éternité. Et pour certains musulmans croyants, cet aspect est capital.

Bien sûr que cette affaire, montée en épingle et dont le sort a été décidé par 35 personnes, ne représente pas l'ensemble des communautés musulmanes du Québec. La grande majorité des musulmans se contentent d'ailleurs d'être enterrés dans un cimetière multiconfessionnel, m'a confirmé Yannick Boucher.

Malheureusement, on retient de ce type d'affaire la clameur de la minorité, celle qui parle fort et qui fait du tort. Une minorité divisée, campée sur ses positions, à la recherche de son objectif : le repos éternel pour certains, la sainte paix pour les autres.

La mort représente la finalité pour certaines personnes, l'immortalité pour les autres. À mes yeux, elle symbolise aussi une business.




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