Ne touchez pas à ma Pitoune!

Samedi, sur son site web, Six Flags, propriétaire... (PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE)

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Samedi, sur son site web, Six Flags, propriétaire de La Ronde, a annoncé la fermeture du «mythique» manège qui aurait célébré cette année son cinquantième anniversaire.

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Mario Girard
La Presse

Deux nouvelles ont retenu l'attention des Québécois au cours du week-end : la défaite de Maxime Bernier et la mort de la Pitoune. La première a été une surprise pour moi, car comme beaucoup de gens, je croyais vraiment que c'était dans la poche pour le candidat beauceron. En ce qui a trait à la seconde, disons qu'elle m'a autant médusé que déprimé...

Samedi, sur son site web, Six Flags, propriétaire de La Ronde, a annoncé la fermeture du «mythique» manège qui aurait célébré cette année son 50e anniversaire. La direction a pris cette décision en affirmant que la célèbre Pitoune a «atteint la fin de sa vie utile et ne rouvrira pas pour la saison 2017».

Je serai franc avec vous, quand j'ai entendu ça, je me suis dit : «Ah oui, ça existait encore, ce truc-là?» Mais les nombreuses réactions qui ont fusé de toutes parts m'ont démontré qu'une grande majorité de gens connaissaient encore très bien l'existence de ce manège en forme de billot qui a la particularité de plonger dans un bassin d'eau pour mieux mouiller ceux qui sont à bord.

Les sites web de plusieurs médias montréalais ont relayé la nouvelle durant tout le week-end. CBC a même titré : «So long, Pitoune!» Évidemment, de nombreuses personnes ont publié sur les réseaux sociaux une photo d'elles dans la Pitoune, les bras dans les airs, avant la grande descente.

Cela m'a aussi démontré que, pour les Québécois, la Pitoune vaut tout l'or du monde. Est-ce son apparence qui rappelle vaguement notre passé de défricheurs et de bûcherons? Est-ce notre attachement émotif pour ce rare vestige provenant des parcs d'attractions des années 60? Allez savoir. 

Reste que l'attention suscitée par le sort de la Pitoune est sidérante.

Pas plus tard que samedi, je parlais du jardin Notman, qu'un petit groupe de citoyens tente de sauver envers et contre tout depuis 15 ans. Une manifestation a eu lieu samedi midi dernier. Le tout s'est bien déroulé, m'a-t-on dit. Mais disons que cette mobilisation citoyenne n'a pas du tout eu le même retentissement dans les médias et sur les réseaux sociaux que la Pitoune.

Des luttes pour la sauvegarde de certains joyaux de notre patrimoine, il y en a à la tonne. Des échecs, des histoires d'horreur et des exemples de destruction aussi. Chaque année, des dizaines d'églises sont transformées en condos dans la plus grande indifférence. Des immeubles classés patrimoniaux ou en voie de l'être sont mystérieusement détruits par le feu alors que les propriétaires y effectuent des travaux.

Il faut remuer ciel et terre et ameuter l'Assemblée nationale pour sauver le manuscrit d'un poème d'Émile Nelligan ou l'une des demeures de Félix Leclerc. 

Ça prend du temps et la force d'un géant pour convaincre les autorités de la valeur patrimoniale d'un lieu ou d'un objet.

Depuis la démolition de la maison Van Horne, en 1973 (qui a mené à la création des organismes Sauvons Montréal et, plus tard, Héritage Montréal), beaucoup de gestes positifs ont été faits pour préserver notre patrimoine. Mais des catastrophes continuent quand même de se produire.

Des exemples récents? L'ancien édifice des services de l'immigration du Canada de la rue Saint-Antoine est passé sous le pic des démolisseurs en janvier 2016. Le bâtiment avait pourtant fait l'objet d'un énoncé d'intérêt patrimonial de la part de l'Office de consultation publique de la Ville de Montréal.

Au nom de l'avancement des travaux de l'échangeur Turcot, le site archéologique du Village des tanneries, datant du XVIIIe siècle, a été démoli «en catimini» par le ministère des Transports en septembre 2015. Les archéologues qui avaient entrepris des recherches n'ont pas eu le temps de les terminer.

La maison Redpath a croulé sous les pelles en mars 2014 après un long combat pour sa survie. Cette demeure, l'un des rares exemples du style Queen Anne à Montréal, était abandonnée depuis les années 80.

Je pourrais continuer longtemps comme ça. Tout ça pour vous dire que je veux bien que l'on pleure sur la triste agonie de la Pitoune et que l'on milite dans la rue pour exiger sa renaissance (ce qui devrait arriver, à mon avis, à l'été 2018 dans le cadre d'une grande opération de marketing).

Mais j'aimerais bien que l'on déploie, pour la survie du patrimoine montréalais, la même énergie qu'on dépense pour la sauvegarde de la Pitoune. Ce type de comparaison me trouble, me donne le tournis, me donne le goût de m'installer dans la Grande Roue et d'y rester jusqu'à l'arrivée de l'hiver.




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