Mon dîner avec Winston

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Mario Girard
La Presse

J'ai passé la semaine à tenter d'imaginer le goût de certains plats. J'ai aussi passé la semaine à concevoir des rencontres autour d'une table avec des écrivains célèbres, aujourd'hui disparus. À l'origine de ces fantasmes, il y a deux lectures unies par le thème de la cuisine et des écrivains.

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Le numéro 450 du magazine Lire

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D'abord, le magazine Lire qui consacre tout un numéro aux plaisirs de la table, vécus ou transposés par de grands écrivains. Je vous recommande fortement la lecture de ce dossier qui nous parle de la passion qu'ont eue Rabelais, George Sand, Victor Hugo, Colette, Jean Giono et même l'anorexique Virginia Woolf pour le plaisir de la bonne chère.

Les pages de leurs oeuvres regorgent de passages qui rendent hommage à la cuisine.

« Il faut que la liqueur s'épanouisse sur ta langue. Ça te pince un peu la pointe, et puis ça s'ouvre comme un éventail qui te caresse les gencives, et hop ! un velours dans la gargamelle. »

- Extrait du scénario des Lettres de mon moulin de Marcel Pagnol

Il y a les auteurs qui décrivent avec beaucoup de verve la jouissance liée à la table, mais il y a ceux qui s'y adonnent avec coeur et talent. On raconte que George Sand mettait autant de sérieux à faire de la confiture qu'elle en accordait à faire un livre. Une fois par année, elle réunissait une demi-douzaine de domestiques et, avec eux, elle parait les fruits du verger destinés à être mis en pot avant d'être engloutis par ses invités et elle.

Tout le monde connaît l'amour de Duras pour la cuisine. Celle dont certains aimaient dire que l'écriture avait un ton similaire à une recette (oh ! les méchants !) adorait cuisiner. Au fil des ans, elle avait accumulé un nombre impressionnant de recettes devenues ses spécialités, comme sa fameuse soupe de poireaux et pommes de terre. Après sa mort, son fils publia ces recettes contre le gré de l'exécuteur testamentaire de l'auteure, Yann Andréa. Remercions le fils de nous garder si près de sa mère.

Parce que c'est cela au fond. On aime découvrir ces recettes ou les goûts culinaires des célébrités pour le lien qu'elles établissent avec nous. Déguster le poulet rôti en crapaudine comme l'aimait Victor Hugo nous rapproche de l'auteur. Du moins, cela nous en donne l'impression. Et faire la recette décrite dans un roman nous fait entrer dans l'oeuvre. Mais bon, ce jeu du vrai et du faux est comme toute autre chose. On peut être amèrement déçu de la visite de la maison d'un auteur comme du résultat d'un plat qu'on avait imaginé autrement.

ESPACE SACRÉ DE CHURCHILL

L'autre lecture qui m'a transporté au royaume de la gastronomie est la biographie gourmande de Winston Churchill. Ramené à l'avant-scène grâce à l'excellente série The Crown, le Vieux Lion est intimement lié à l'espace sacré que peut devenir la table. En tout cas, elle le devenait avec lui.

L'ancien premier ministre britannique et lauréat du prix Nobel de littérature (on a tendance à l'oublier) a utilisé la table mieux que n'importe quel autre grand chef d'État pour mener ses affaires à bien. L'ouvrage fait d'ailleurs une description très intéressante des repas qu'ont partagés Churchill, Staline et Roosevelt à Téhéran en novembre 1943 afin de mettre un terme à la Seconde Guerre mondiale. Cela nous fait réaliser que toute bonne négociation doit se faire à table.

Churchill ne cuisinait pas. Il fit de Georgina Landemare son unique cuisinière durant toute sa vie, ou presque. La fidèle chef suivait les Churchill partout où ils allaient, du 10 Downing Street à Chartwell, leur résidence de campagne. Femme de caractère, elle ne se laissait impressionner par rien.

Alors que les bombes tombaient sur Londres un soir d'octobre 1940 et que tout le personnel était appelé à se mettre à l'abri, elle dit à son patron : « Monsieur, le soufflé n'est pas tout à fait prêt. »

Churchill n'était pas bon pour manier le fouet ou le couteau, mais il excellait dans l'art de concevoir les mises en scène, de voir au plan de table et de choisir la vaisselle. Tout cela contribuait au succès des stratégies qu'il échafaudait avec ses homologues ou ses adversaires.

De nombreux passages du livre sont consacrés à son amour du champagne, particulièrement celui de la maison Pol Roger. À sa mort, la marque fit apposer un carré noir sur l'étiquette afin de rendre hommage à son célèbre client. Ce carré noir est resté sur les bouteilles pendant plusieurs décennies. Il est devenu bleu dans les années 90.

Lire ce petit livre est un peu comme s'asseoir aux côtés de l'enfant terrible de la politique et le regarder agir. C'est devenir un témoin invisible, dans un coin de la salle à manger, et l'écouter secrètement. Comprenez-vous pourquoi j'ai eu envie cette semaine de faire un Irish stew, l'un des plats préférés de Churchill ?




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