Le rire d'une femme

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La nouvelle biographie de France Castel est un livre qui «fait du bien, car il nous dit que, même rendu très bas, l'être humain renferme en lui une ressource mystérieuse et cachée qui lui sert de levier, quoi qu'il arrive», écrit notre chroniqueur.

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Mario Girard
La Presse

Pour mille et une raisons, l'été 1986 fut l'un des plus beaux de ma vie. J'étais jeune et je faisais mes premiers pas dans le merveilleux monde des communications. Débordant d'énergie, j'avais décidé de donner un coup de main à un ami qui faisait les relations de presse au Théâtre de la Grande Chapelle, à Katimavik, dans l'Outaouais.

La téméraire Louison Danis avait décidé de prendre en main ce théâtre situé en plein bois (fallait vraiment vouloir y aller) et avait monté un fabuleux spectacle musical intitulé Phénomène M. Isabelle Miquelon jouait Marilyn Monroe, Suzanne Champagne était la plantureuse Mae West et France Castel personnifiait à merveille Marlene Dietrich.

France Castel n'allait pas bien. Vraiment pas bien. Elle traînait avec elle le côté sordide du personnage de Stella Spotlight qu'elle avait joué cinq ans plus tôt dans Starmania. Elle combattait des démons intérieurs. Et surtout, elle luttait contre une terrible dépendance à la cocaïne.

Certains soirs, on se demandait si elle allait pouvoir jouer. Son entrée en scène se faisait à la fin du premier acte. Elle arrivait au fond de la salle, zigzaguant parmi les tables où étaient installés les spectateurs, en chantant le fameux Lili Marleen. C'était un moment de grâce.

Gelée, déprimée et habitée par ses démons... Peu importe. Quand elle commençait cette chanson, elle devenait solide comme le roc. Cela m'impressionnait beaucoup.

Je me demandais où elle puisait cette force. Mais surtout, je me demandais comme il pouvait y avoir encore de la vigueur au fond de cette femme qui n'était plus que l'ombre d'elle-même.

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France Castel - Ici et maintenant, écrit avec Jean-Yves Girard

Image fournie par les éditions La Presse

Je repensais à tout cela en lisant le formidable livre qu'elle a fait avec le journaliste Jean-Yves Girard. Ce dernier a recueilli ses mots, son histoire, sa grande franchise et en a fait un ouvrage que l'on dévore. C'est du moins ce que j'ai fait en une soirée.

On dévore ce livre, car il fait du bien. Chaque chapitre, qui prend son point de départ dans un objet, contient une leçon de vie. Ce livre fait du bien, car il nous dit que, même rendu très bas, l'être humain renferme en lui une ressource mystérieuse et cachée qui lui sert de levier, quoi qu'il arrive.

J'ai demandé à France Castel pourquoi et comment elle avait réussi à se sortir de cet enfer alors que d'autres y laissent leur peau. Elle ne connaît pas la réponse... En fait, elle la connaît, mais elle ne peut l'expliquer.

L'instinct de survie demeure la chose la plus abstraite, la plus animale chez l'être humain. Il arrive au moment opportun et on doit le saisir. Juste le saisir.

De son enfance et son adolescence à Sherbrooke où son père, le jour de son premier mariage, lui dit mystérieusement «Ça se peut pas, hein, un papa qui couche avec sa petite fille?», en passant par ses débuts timides dans le show-business jusqu'à ses vies amoureuses difficiles et inassouvies, on apprend à découvrir cette femme sur laquelle le malheur n'a jamais eu entièrement le dessus.

Ce que procure l'amitié est capital pour France Castel. Elle parle avec tendresse de France Beaudoin, Michel Barrette, le coiffeur Alvaro, Alain Desruisseaux, Mario Saint-Amand et plusieurs autres. Elle redit à quel point les comédiennes qui étaient de la distribution de Fleurs d'acier (Andrée Lachapelle, Béatrice Picard, Monique Richard, Linda Sorgini et Françoise Faucher) sont arrivées à un moment crucial dans sa vie. Ces femmes se retrouvent parfois et forment un groupe appelé Les Flowers.

Celle qui se qualifie de «Poune des intellos» a eu 72 ans cette année. Mère et grand-mère, elle trouve aujourd'hui son équilibre dans l'histoire d'amour qu'elle vit depuis 17 ans avec Chawky Bichara, un musicien d'origine égyptienne rencontré par hasard au Byblos, rue Laurier. Comme il ne la connaissait pas du tout, elle lui a offert la première biographie écrite sur elle publiée il y a 21 ans. Il l'a lue et ne lui en a jamais reparlé.

En ce qui a trait à ce nouveau livre dans lequel elle va plus loin, France Castel dit craindre la réaction de ses enfants, qui ne l'ont pas encore lu. «Que veux-tu, c'est ma vie. Je ne peux pas la cacher ou la refaire», m'a-t-elle dit.

Plusieurs mois après l'épisode du Théâtre de La Grande Chapelle, j'ai revu France Castel par hasard dans un café. Avait-elle terminé une cure de désintoxication? Était-elle entre deux thérapies? J'ai vu une femme abattue, et néanmoins apaisée. Nos regards se sont croisés. Elle m'a reconnu. Elle a souri timidement.

Lorsque je l'ai eue au téléphone cette semaine, je ne lui ai pas dit que j'avais connu son côté sombre à l'été 1986. À quoi bon? La France d'aujourd'hui n'a plus rien à voir avec l'autre. En fait, ce n'est pas tout à fait vrai. Elle a gardé ce rire légendaire, redoutablement contagieux, qui fait le pont entre chacune des périodes de sa vie. Ce rire qui est peut-être l'arme secrète qu'elle n'ose dévoiler.

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France Castel  Ici et maintenant. Écrit avec Jean-Yves Girard. Éditions La Presse, 208 pages. En librairie le 7 novembre.

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