Un poète sous la table

George Elliott Clarke est le septième poète officiel du... (Photo Fred Lum, fournie par The Globe and Mail)

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George Elliott Clarke est le septième poète officiel du Parlement du Canada. Son mandat de deux ans se terminera le 31 décembre 2017.

Photo Fred Lum, fournie par The Globe and Mail

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Mario Girard
La Presse

Ainsi donc, l'Assemblée nationale songe à se doter d'un poète officiel, à l'instar des gouvernements canadien, américain ou britannique. Pour le moment, cette proposition n'enflamme pas le Salon bleu. Et c'est dommage.

Bob Dylan - Poète de sa vie, de Jean-Dominique Brierre... (Image fournie par les Éditions de l’Archipel) - image 1.0

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Bob Dylan - Poète de sa vie, de Jean-Dominique Brierre

Image fournie par les Éditions de l’Archipel

Malgré tout ce qu'on a dit lors de la nomination du premier poète au Parlement d'Ottawa en 2001 (nous en sommes au sixième), je trouve que ce poste est pertinent.

Je vous invite à aller visiter la section consacrée aux poètes officiels du Parlement sur le site du gouvernement canadien. Vous allez y retrouver les poèmes écrits par certains (les poètes ne sont pas obligés d'écrire) et des textes provenant de divers auteurs, selon des sujets d'actualité ou des thèmes particuliers.

On y découvre des textes plutôt bien tournés (et bien traduits quand il s'agit de poèmes en anglais) et d'autres, un peu cucul la praline. On y voit aussi de magnifiques poèmes de Roland Giguère, Paul-Marie Lapointe ou Nicole Brossard.

Le problème avec ce poste (qui ne coûte que 20 000 $ par année et qui relève de la Bibliothèque du Parlement), c'est qu'il baigne dans l'anonymat le plus complet.

Ces auteurs écrivent ou choisissent des poèmes en fonction de l'actualité, mais on n'entend jamais parler de leurs textes au moment de leur publication. On retrouve aujourd'hui ces poèmes sur un site internet sans savoir ce qui a suscité leur création ou leur choix.

Imaginez un instant que le poète Jean-Paul Daoust soit le poète officiel du Parlement de Québec. Imaginez qu'il écrive un texte sur la crise que traverse actuellement le gouvernement québécois (le cas de l'agression sexuelle présumée). Et imaginez que ce texte soit mis bien en évidence.

Oh boy !

Se doter de la voix d'un poète au Parlement est une formidable idée. Mais de grâce, ne cachez pas ce barde contemporain sous les tables de la bibliothèque.

POÉSIE ANALE

J'ai été témoin d'un moment d'une grande poésie l'autre jour en visitant l'exposition Mapplethorpe au Musée des beaux-arts de Montréal. Devant la photographie où l'on voit en très gros plan une scène de fist-fucking (pour ceux qui ne connaissent pas cette pratique, allez voir l'expo ou voyez la définition sur Wikipédia), il y avait cette dame, la soixante-dizaine bien amorcée, parée d'un tailleur de tweed et de bijoux clinquants. Le genre de femme qui joue au bridge tous les mardis, qui habite Westmount et qui donne rendez-vous à ses copines au Café Holt chez Holt Renfrew.

Elle a soulevé ses lunettes pour s'assurer que ce qu'elle voyait était bien ce qu'elle voyait. Elle est restée à scruter la photo un moment. Moi, je ne regardais pas la photo : je regardais la dame regarder la photo. Elle est finalement passée à l'oeuvre suivante. Mais juste avant, son regard a croisé le mien. « Very interesting », m'a-t-elle dit. Je suis devenu rouge comme une tomate.

POÉSIE ET MORBIDITÉ

Le 10 juillet 1873, dans une petite chambre d'hôtel de Bruxelles, Paul Verlaine et Arthur Rimbaud connaissent une énième dispute. L'histoire d'amour des deux amants maudits s'éteint et Verlaine ne l'accepte pas.

Pris de rage, l'aîné sort une arme et tire deux coups en direction de Rimbaud. Une balle blesse le jeune homme au poignet, la seconde aboutit dans un mur. Dénoncé à la police, Verlaine sera arrêté, jugé et condamné à deux ans de prison.

L'arme en question est un revolver à six coups de calibre 7. Verlaine l'avait acheté le matin même chez un armurier bruxellois. Ce revolver sera vendu aux enchères le 30 novembre prochain à Paris. Opération morbide, dites-vous ?

Évidemment, les questions qui nous viennent en tête sont : Qui va acheter cet objet ? Pourquoi l'achètera-t-on ? Que fera-t-on de cette arme ?

Le gant de Michael Jackson, ça passe. La robe blanche de Marilyn, ça passe. Une mèche de cheveux d'Elvis, ça passe. Mais le revolver qui a failli tuer l'un des plus grands poètes ? J'avoue que j'ai du mal à comprendre ce qui motivera celui ou celle qui déboursera environ 100 000 $ pour se procurer cet objet devenu le symbole d'une histoire d'amour interdite et agonisante.

Même si un musée sérieux se porte acquéreur de l'arme, je ne suis guère plus rassuré. C'est pire, même. Le grand public aura accès à cet emblème du désespoir.

J'étais à m'interroger sur cette vente inusitée lorsqu'un ami m'a rappelé que lors d'un spectacle du chanteur Kanye West, des fans ont récolté de l'air ambiant dans des sachets de plastique de type Ziploc. Des « sacs d'air respiré par Kanye West » ont été proposés sur eBay. Un des lots a reçu une offre de 60 000 $ avant d'être retiré du site.

J'ai alors cessé de me poser des questions. Qu'importe le sachet, pourvu qu'on ait l'ivresse !

UN POÈTE ET SA GUITARE

Vous avez toujours été indifférent à Bob Dylan et vous ne connaissez rien à sa vie ni à son oeuvre ? Mais voilà que l'attribution du prix Nobel de littérature à ce grand poète américain suscite votre intérêt. Ce portrait de Dylan par le journaliste français Jean-Dominique Brierre saura répondre à toutes vos questions. Vous comprendrez mieux après que ceux qui ont mis en doute le choix des membres du prix Nobel avaient totalement tort.

  • Bob Dylan Poète de sa vie
  • Jean-Dominique Brierre
  • Éditions de l'Archipel
  • 450 pages

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