La musique pour riposter

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Mario Girard
La Presse

Le 11 septembre 2001, Lee Ranaldo, le guitariste du groupe Sonic Youth, s'est réveillé avec l'idée d'aller se procurer le nouveau disque de son idole Bob Dylan, Love and Theft. En effet, le 31disque de la légende américaine arrivait dans les bacs des disquaires ce jour-là. À 8 h 46, le vol 11 d'American Airlines frappe la tour nord du World Trade Center. À 9 h 03, le vol 175 de United Airlines frappe la tour sud. Puis, ce fut l'apocalypse à Manhattan.

Malgré l'horreur, malgré les morts-vivants qui déambulaient dans la ville couverts de poussière, Lee Ranaldo est entré chez un disquaire et a acheté le disque de Dylan. «Le monde s'écroule, le monde est en suspens et tu achètes le nouveau disque de Dylan», lui a dit un ami scandalisé. Lee Ranaldo est retourné chez lui vers 14 h. Il a mis le disque dans le lecteur et l'a écouté. Écouté. Écouté. Écouté.

Cette histoire et bien d'autres composent le livre Ground Zero, une histoire musicale du 11 septembre de Jean-Marie Pottier. Le rédacteur en chef du magazine en ligne Slate.fr fait une brillante démonstration du rôle de la musique lorsque survient un tel drame. La musique qui sert de pansement, la musique qui inspire, la musique qui témoigne, la musique qui a des forces prémonitoires, tout est recensé et raconté avec un sens maniaque du détail. La lecture de cet ouvrage est aussi passionnante que bouleversante.

Il est en effet fascinant de voir comment les humains se tournent vers la musique quand ils traversent une épreuve. Chacun l'utilise comme il peut, comme il veut.

Pour la chorégraphe Twyla Tharp, c'est la musique de Bach qui est venue à sa rescousse. Elle était seule dans son studio de danse quand l'affreux concert de sirènes s'est fait entendre le matin du 11 septembre. Les gros titres des télés étaient «WTC I/II abattus». Or, l'acronyme de World Trade Center est aussi en anglais celui qui désigne Le clavier bien tempéré de Bach (The Well-Tempered Clavier Volumes I/II). Elle avait le Prélude no 1 en do majeur dans son ordi. Elle l'a mis et s'est mise à danser. Danser. Danser. Danser.

Certaines circonstances ont fait d'oeuvres musicales déjà existantes des symboles de cet événement. La chanson Enjoy the Silence de Depeche Mode est un bon exemple. Une vidéo du quatuor britannique donne des frissons quand on la regarde aujourd'hui. Elle a été enregistrée en mars 1990 sur le toit de l'une des tours jumelles pour les besoins de l'émission Champs-Élysées animée par Michel Drucker. Aujourd'hui, quand les fans du groupe entendent cette chanson, ils pensent au terrible silence qui a régné sur Manhattan après l'effondrement des deux tours.

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Ground Zero, une histoire musicale du 11 septembre, de Jean-Marie Pottier

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Nombreux sont les compositeurs qui ont créé des oeuvres inspirées de cet événement. Steve Reich est l'un de ceux-là. Le matin du 11 septembre, le compositeur, qui vit dans le Vermont, a reçu un appel de son fils qui habitait à deux pas des tours. C'est lui qui a annoncé à son père l'effroyable catastrophe. Steve Reich a gardé son fils au téléphone pendant six heures, le temps que le jeune homme puisse quitter la ville avec sa femme et son enfant. En 2011, Reich a voulu transposer ce qu'il avait vécu. L'oeuvre WTC 9/11, composée pour le Kronos Quartet, fait entendre la note fa d'un violon. Celui-ci imite le signal d'un téléphone lorsqu'il est en dérangement. Ce son que Steve Reich a tellement souhaité ne pas entendre lorsqu'il parlait à son fils est aujourd'hui au coeur de son oeuvre.

Mais le plus beau rôle de la musique est sans doute celui d'outil de défense ou de riposte qu'elle peut être lors d'un tel drame. Lors du massacre commis en 2011 à Oslo par un fanatique d'extrême droite, le premier ministre norvégien Jens Stoltenberg avait dit: «Nous allons répondre à la terreur par plus de démocratie, d'ouverture et de tolérance.»

Au lendemain de l'assassinat de John F. Kennedy, le musicien Leonard Bernstein avait eu recours à la même stratégie. «Telle sera notre réponse à la violence: jouer de la musique avec encore plus d'intensité, plus de beauté et plus de dévouement qu'avant.»

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Ground Zero, une histoire musicale du 11 septembre. Jean-Marie Pottier. Éditions Le Mot et le reste.

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