L'angle gai

«On doit pouvoir parler d'homosexualité quand on le... (Photo GAli Tibbon, archives Agence France-Presse)

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«On doit pouvoir parler d'homosexualité quand on le veut. On doit pouvoir en parler comme on parle de n'importe quel autre sujet d'actualité», écrit notre chroniqueur.

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Mario Girard
La Presse

Chaque année, lorsque les festivités de la semaine de la Fierté approchent, les médias vivent la même chose. Ils se mettent à chercher un angle original pour parler des réalités de la communauté LGBTQ (si vous ne comprenez pas cet acronyme, lisez le reportage de mon collègue Alexandre Vigneault publié mardi dans cette section).

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Israelis dance during the annual Jerusalem Gay Pride Parade on July 21, 2016. Israeli media said a record 25,000 people took part in Jerusalem's Gay Pride parade under heavy police protection, a year after an ultra-Orthodox Jew killed a teenager at the march. / AFP PHOTO / GALI TIBBON

Je me suis donc creusé les méninges pour trouver un bon sujet. J'ai évidemment pensé aux droits des gais dans le monde. Vous savez, la fameuse carte où l'on voit les pays dans lesquels les homosexuels sont tués? Cette carte ne change pas trop, d'ailleurs. Bon an, mal an, on voit apparaître dans ce sinistre palmarès l'Afghanistan, l'Arabie saoudite, le Qatar, le Soudan, la Somalie, l'Iran, le Brunei, la Mauritanie, le Nigeria et le Yémen. Dans 72 autres pays, ils sont torturés ou condamnés à des travaux forcés. Mais bon, je me suis dit que vous connaissiez sans doute cette carte.

J'aurais pu aussi vous parler du contraire: les pays où les gais sont le plus heureux. Un sondage (pas du tout scientifique) fait par le site planetromeo.com affirmait il y a quelques mois que l'Islande était l'eldorado des gais. La Norvège, le Danemark et la Suède suivaient. Le Canada arrivait au 6e rang. J'ai laissé tomber ce sujet car je me suis dit qu'avec l'arrivée de Justin Trudeau à la tête du pays, ces données étaient désuètes. Si on refaisait le même sondage aujourd'hui, le Canada planterait le pays de Björk, c'est sûr.

J'avais aussi pensé vous parler de la presse gaie. Elle ne va pas trop bien. L'excellent magazine Têtu a fermé ses portes au cours de la dernière année, et des sites web qui fonctionnaient bien n'attirent plus les internautes gais. Plusieurs remettent en question le rôle des médias gais. Sont-ils encore pertinents?

Tiens, parlant de pertinence, il y a le fameux sujet des quartiers gais que l'on dit de moins en moins populaires. J'avoue que ce point de vue est discutable, et l'exemple montréalais est trompeur. Je continue de croire que le Village est moins fréquenté parce qu'il est devenu moins attrayant. À part quelques exceptions, les commerçants et propriétaires de bars n'investissent plus un sou dans le décor et l'apparence de leurs lieux, figés dans les années 80. J'ai laissé tomber ce sujet car je n'avais pas envie de me faire lancer des tomates par la Société de développement commercial du Village qui, il faut quand même le souligner, déploie beaucoup d'énergie à maintenir en vie ce quartier encore utile à la communauté gaie.

Autre sujet porteur: l'homophobie. Une étude récente réalisée par trois universités américaines et britanniques et publiée dans le Journal of Personality and Social Psychology a démontré clairement que l'homophobie aiguë est une homosexualité refoulée. Ce n'est pas pour me vanter, mais cela fait longtemps que je sais cela.

Depuis le jour où j'ai croisé dans un bar gai un gars qui me tabassait à l'école secondaire en me traitant de moumoune, j'ai compris qu'il y avait un lien entre ces deux états, j'ai compris que ce gars-là ne me frappait pas, il se frappait lui-même. Mais en pleine semaine de festivités, j'ai jugé ce sujet trop lourd.

Il y a aussi le sujet très accrocheur des nouvelles icônes des gais auquel j'avais pensé. On a vu qu'avec le spectacle Sainte Celine: A Dion Cabaret, présenté au Zoofest en juillet, la star de Charlemagne a rejoint le sacro-saint cercle d'icônes gaies formé de Cher, Barbra Streisand, Liza Minnelli et bien d'autres. J'aurais pu aussi vous parler des acteurs gais au cinéma et des acteurs hétérosexuels qui jouent des gais (il paraît qu'ils sont meilleurs que les gais eux-mêmes pour jouer les gais), de l'importance ou pas des défilés gais, de l'épineux dossier du don de sang par les homosexuels ou des drag-queens les plus hot en ce moment. Mais est-ce que tout cela fait avancer les choses?

Oui, j'aurais pu vous parler de tout cela, mais je me suis dit que je n'avais pas à attendre la semaine de la Fierté pour le faire. D'ailleurs, mes collègues et moi n'avons jamais attendu ce moment pour vous en parler. On doit pouvoir parler d'homosexualité quand on le veut. On doit pouvoir en parler comme on parle de n'importe quel autre sujet d'actualité.

En fait, très honnêtement, j'aurais aimé ne pas être capable de trouver de sujets qui touchent les gais. J'aurais voulu pouvoir vous dire que, cette année, il n'y a pas d'angle gai. Parce que le jour où on ne trouvera plus d'angle gai, ce jour-là sera grandiose. Il symbolisera la victoire de 7 milliards d'humains sur les préjugés, l'ignorance et l'intolérance. Il symbolisera l'amour dans ce qu'il a de plus universel. Il voudra dire que tout le monde, sans exception, peut profiter de l'été et tenir par la main l'être qu'il aime dans n'importe quelle rue de la ville.

Bonne semaine de la Fierté!

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