Tous des victimes

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Un mouvement de solidarité s'est créé aux États-Unis, notamment à Washington (photo), envers les victimes de la tuerie qui a secoué Orlando.

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Mario Girard
La Presse

C'était écrit dans le ciel que des sympathisants du groupe État islamique (EI) allaient s'en prendre à la communauté gaie. Cela fait des mois que des membres affirment que ces «dépravés» seraient leur prochaine cible. Suis-je donc surpris de ce qui s'est passé à Orlando? Non, pas du tout. Je suis triste, je suis choqué, je suis profondément scandalisé par ce geste barbare, mais je ne suis malheureusement pas surpris.

Le tireur, Omar Mateen, a commis ce massacre au nom du groupe État islamique. Il partageait donc la même philosophie, il posait le même regard sur l'homosexualité que ses confrères terroristes. Il pensait, comme les dirigeants de cette organisation, qu'il faut tuer les homosexuels, les éliminer, les martyriser.

Depuis un an, une vingtaine d'homosexuels ont été torturés et exécutés dans les zones tenues par l'EI. Les hommes qui ont été reconnus «coupables» ont été lapidés, jetés dans le vide, décapités ou brûlés vifs. Chaque fois, ces abominables spectacles se sont déroulés sous le regard amusé de centaines de gens qui applaudissaient et en redemandaient.

Au début de l'année, un garçon de 15 ans a été exécuté en Syrie. L'adolescent avait été violé par un cadre de l'EI chargé de lui enseigner la charia. Le garçon a été jeté du haut d'un immeuble. Son violeur, lui, a eu la vie sauve.

Ces gestes ont retenu l'attention du Conseil de sécurité des Nations unies qui, le 25 août dernier, a tenu une réunion à ce sujet. Mais à part quelques médias proches de la communauté gaie, cette nouvelle n'a nullement retenu l'attention de la presse généraliste.

Pourtant, on aurait dû s'intéresser aux menaces du groupe État islamique concernant les homosexuels, car en entrant dans un bar gai avec son fusil d'assaut, Omar Mateen a tiré sur toute l'Amérique.

Pourquoi pensez-vous que des sympathisants de l'EI veulent maintenant s'en prendre aux gais? Ce n'est pas pour appliquer l'une des règles de la charia qui dit que l'homosexualité est contre nature et condamnable. C'est parce que l'homosexualité que nous acceptons, nous les Occidentaux, symbolise le libéralisme dans ce qu'il a de plus beau, de plus fort. C'est cela que les islamistes radicaux veulent combattre. C'est à cela que l'EI veut s'attaquer.

Ce qu'Omar Mateen a fait au Pulse d'Orlando est un geste terroriste qui frappe l'ensemble des Américains. Il leur dit que cette Amérique libre et ouverte ne devrait pas exister, qu'elle est sale, qu'elle est impure. En tuant une cinquantaine d'homosexuels, on s'attaque à la liberté tout court. En cela, nous sommes tous victimes de cet attentat.

Cet acte barbare a eu lieu dans un bar d'Orlando. Il aurait pu se produire à l'Open Café à Paris, au Duke of Wellington à Londres ou même ici, à Montréal, dans l'un des bars du Village. Ma crainte maintenant est que ce drame ranime l'homophobie chez certains.

Oui, nous avons fait des avancées incroyables concernant le droit et la place des gais. Prenons juste l'exemple du Québec: en quelques décennies, le cheminement des hétérosexuels par rapport aux gais a été prodigieux. Nous sommes passés d'une société conservatrice et repliée à une autre beaucoup plus ouverte et curieuse.

Cela dit, il y a encore du chemin à faire, il y a encore des luttes à mener, des esprits à ouvrir. Le père d'Omar Mateen raconte que son fils a été choqué de voir deux hommes s'embrasser il y a quelques mois à Miami. Je rappelle que le mois dernier, deux jeunes hommes qui avaient eu un geste affectueux devant un bar de Montréal ont été sauvagement battus par deux hommes qui les ont vus.

Le chemin parcouru est énorme, mais la discrimination demeure toujours présente.

À Orlando, des appels aux dons de sang ont été lancés à la suite de la fusillade. Beaucoup de gens se sont manifestés. Malheureusement, des homosexuels n'ont pu faire ce geste de solidarité et d'amour envers des membres de leur communauté.

Depuis le mois de décembre dernier, les homosexuels peuvent (enfin) donner de leur sang, mais seulement s'ils ont été abstinents depuis un an. Un hétérosexuel qui a couché à droite et à gauche pendant toute l'année peut être donneur, mais un gai, non.

Dimanche matin, j'ai beaucoup pensé aux victimes. Mais j'ai aussi pensé à ceux qui n'ont pu offrir leur sang. Ils voulaient secourir leurs amis blessés, mais ils sont restés chez eux à soigner leur dignité.

C'est facile de condamner une attaque terroriste dans un bar gai quand elle prend racine quelque part au Moyen-Orient. C'est plus difficile d'admettre la discrimination quand elle vient directement de nous.

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