Le vrai chemin vers la culture

Notre chroniqueur croit que si l'on tient vraiment... (PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE)

Agrandir

Notre chroniqueur croit que si l'on tient vraiment à ce que Radio-Canada fasse les choses sérieusement, il faut lui demander de mettre de l'ordre dans ses affaires, de clarifier son mandat, et surtout lui demander d'offrir de la qualité, peu importe ses trois pôles.

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Mario Girard
La Presse

Parmi toutes les choses qu'a dites Pierre Lapointe dimanche dernier à Tout le monde en parle, entre deux « tabarnak » bien sentis, il y a eu ce passage sur le rôle de Radio-Canada dans la diffusion de la culture. Je me suis alors dit qu'avant que le coq n'ait chanté trois fois, quelqu'un allait demander le retour des Beaux dimanches. Le coq a chanté. Certains l'ont réclamé cette semaine.

Je vais sans doute vous décevoir, mais je crois qu'on rêve en couleur en exigeant de la télévision publique qu'elle soit le grand propagateur de la culture. On peut demander à cette télévision d'offrir de la qualité, oui. Mais pour le reste, il faut être réaliste ; il faut regarder dans quel environnement médiatique on vit aujourd'hui. Il faut surtout avoir des attentes en fonction de nos moyens.

Radio-Canada n'a pas les moyens des Américains, des Anglais ou des Français. Pourtant, elle aussi doit composer avec la sempiternelle trilogie informer- cultiver-divertir.

Je me demande sur quelle planète vivent les nostalgiques des Beaux dimanches. Cette émission a été formidable et je lui dois quelques-uns de mes plus grands émois de théâtre. Mais faut-il rappeler que cette émission prêchait seule dans le désert ?

Je me souviens d'un lundi matin de 1971 qui a suivi la diffusion du téléthéâtre Des souris et des hommes. Dans la cour d'école, tous mes camarades imitaient Jacques Godin dans le rôle de Lennie : « Geooorge ! Du ketchup, Geooorge ! » Tout le monde l'imitait parce que tout le monde l'avait vu. Tout le monde l'avait vu parce qu'il n'y avait que cela à voir la veille à la télévision dans mon Gatineau natal.

De nos jours, peu importe où on habite, les gens ont accès à un choix infini de chaînes. Vous pensez vraiment que le phénomène vécu ce matin de 1971 dans les cours d'école du Québec pourrait se reproduire ? Je ne le crois pas, car le public dispose de chemins multipliés par mille pour avoir accès à la culture. Prenez juste le web. On y trouve des trésors, comme des épisodes de l'émission Rencontres - vous savez, ces entrevues avec les grands penseurs français ? C'est-tu assez « culturel » pour vous, ça ?

Il faut cesser d'être nostalgique d'une époque qui ne reviendra pas. Il faut surtout cesser de rendre la télé ou les autres médias responsables de ce rôle de propagateur de la culture.

Ce n'est pas uniquement à la télévision de faire découvrir le théâtre, la musique classique ou la danse aux enfants. C'est d'abord et avant tout aux parents que revient ce rôle. C'est à eux d'acheter des livres, de choisir de bons films, d'amener leur enfant au ballet ou au concert.

Il faut aussi cesser de croire que c'est parce qu'on donne à quelqu'un accès à la culture qu'il va nécessairement l'adopter.

Comment expliquer que dans une même famille, tu as un petit Jonathan qui adore aller au théâtre avec sa mère le samedi matin et que son frère Hugo déteste ça pour mourir ? Parce que la vie est ainsi faite.

Le problème, ce n'est pas le peu d'émissions culturelles à la télévision publique ; le problème, c'est que ces émissions rivalisent avec des centaines d'autres. Confronté à cette surenchère, le public fait des choix selon ses envies. Croyez-vous sérieusement que si, dans les années 60, Les beaux dimanches avaient fait concurrence au Banquier ou à La voix, nous aurions été des dizaines de milliers à regarder Colette Boky et Yoland Guérard chanter des airs d'opérettes ?

Le débat que nous avons en ce moment sur la responsabilité de la télévision publique, les Français l'ont eu il y a quelques années lors de la création de France Télévisions et l'éclatement des mandats de ses différentes chaînes. On a attribué à certaines chaînes le rôle de diffuser des émissions culturelles pendant que les autres s'occupent d'informer ou de divertir.

Ici, à plus petite échelle, on oublie que Radio-Canada a créé ARTV il y a plusieurs années. Cette chaîne est censée être le diffuseur public de la culture. C'est un fourre-tout sans direction, sans personnalité qui fait son beurre avec les reprises de Catherine, du Temps d'une paix et des Belles histoires des pays d'en haut. Bien sûr, on produit quelques émissions originales, mais celles-ci vont et viennent au gré des envies des programmateurs. On a appris récemment la disparition de Lire, l'une des rares émissions littéraires à la télé. Paf ! Au suivant !

Si on tient vraiment à ce que notre télévision publique fasse les choses sérieusement, demandons-lui de mettre de l'ordre dans ses affaires, de clarifier son mandat, demandons-lui surtout d'offrir de la qualité, peu importe ses trois pôles.

Pour le reste, laissons le public choisir la voie qu'il préfère pour rencontrer la culture, sa culture. André Malraux, un homme qui en savait pas mal sur le sujet, a déjà dit : « La culture ne s'hérite pas. Elle se conquiert. » Le champ de bataille est là. À nous de le conquérir.




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

publicité

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer