Ménage du printemps

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Stefie Shock a fait appel à Fanny Bloom pour collaborer à son album en hommage à Serge Gainsbourg.

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Mario Girard
La Presse

La saison du grand ménage approche ! L'occasion est belle de passer le Chiffon J sur quelques sujets en rafale. Car après tout, comme a dit Alexandre Vialatte : « L'homme n'est que poussière, c'est dire l'importance du plumeau. »

URBANITÉ, QUAND TU NOUS TIENS

Le jour de Pâques, le printemps a poussé la porte. Je suis allé me balader dans le parc La Fontaine. Il faisait soleil, mais l'endroit était sale et brun. Le grand prix de la désolation est allé au Théâtre de Verdure et au charmant petit Théâtre de Guignol, couverts de graffitis. Que dis-je ? De barbots insignifiants. Les locaux commerciaux abandonnés, je peux comprendre. Les piliers de béton qui soutiennent les viaducs, je peux comprendre. Les murs antibruit qui longent les autoroutes, je peux comprendre. Mais pourquoi mettre des graffitis sur des lieux culturels qui ont toute la misère du monde à naître et à survivre ? Quelqu'un peut me l'expliquer ? On revendique quoi ? On n'est plus dans l'art urbain ou dans un geste contestataire. On est dans le vandalisme gratuit, point. On est surtout loin de Basquiat, Banksy ou Zilon.

DES FILETS MIGNONS

Je n'ai pas trop suivi La voix. Reste que je suis quand même tombé sur quelques duels de beuglement certains dimanches soir. Les chanteurs à voix sont encore présents et appréciés au Québec, mais reconnaissons que nous avons droit à une plus grande variété d'organes ces derniers temps. Ceux qui ont du coffre font maintenant face à d'autres qui ont des filets de voix. Il n'y a pas si longtemps, les « nymphettes époumonées » étaient juste bonnes pour la France. Or, il n'y a pas un mois qui passe sans qu'une héritière de Jane Birkin ne fasse son apparition ici. Le dernier disque de Stefie Shock en hommage à Serge Gainsbourg (le plus grand géniteur de nymphettes) regorge de ces chanteuses qui n'ont pas à mettre la pédale dans le tapis pour exprimer leurs émotions (Klô Pelgag, Fanny Bloom). À cela on ajoute Coeur de pirate, Charlotte Cardin, Les soeurs Boulay et bien d'autres. Et le public ? Il embarque. Il aime ça. Les manières d'aborder la chanson, donc de rendre des textes et la musique, se sont multipliées. Tant mieux pour les amateurs de musique que nous sommes. Nous avons le choix du véhicule de nos émotions. Quand on a envie de se faire susurrer des mots doux, on va vers ces chanteuses. Et quand on vit une grosse peine d'amour et qu'on roule sur la 20 entre Québec et Montréal, Lara Fabian est toujours là pour nous épauler. Je t'aiiiiiiiiiiiiiime !

Le 22 mars dernier, un attentat a fait... (PHOTO OLIVIER MATTHYS, ARCHIVES AP) - image 2.0

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Le 22 mars dernier, un attentat a fait 32 morts à Bruxelles, en Belgique.

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Le 27 mars, un attentat a fait 73... (PHOTO K.M. CHAUDARY, ARCHIVES AP) - image 2.1

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Le 27 mars, un attentat a fait 73 morts à Lahore, au Pakistan.

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DEUX ATTENTATS, DEUX ATTENTIONS

Le 22 mars dernier, un attentat a fait 32 morts à Bruxelles. Cinq jours plus tard, un autre attentat a fait 73 morts à Lahore, au Pakistan. Deux drames similaires, mais deux attentions médiatiques fort différentes. Si le premier attentat a occupé un très grand espace dans les médias du monde entier, le deuxième a été littéralement relégué au rang des faits divers. Le même phénomène a été observé lors des attentats de Paris et de Beyrouth, il y a six mois. Faut-il montrer du doigt les dirigeants des médias ? Ceux-ci, instruments de calcul à la main, vous répondront que des statistiques montrent clairement que, lorsque les journaux ou les télés parlent d'un drame survenu « à l'étranger », l'attention du public est nettement plus restreinte. Quant à ceux qui défendent l'inégalité de la couverture de ces attentats, on rit d'eux. Le magazine Slate rapportait récemment le commentaire d'un journaliste du Guardian, Jamiles Lartey : « Pour être honnête, certains commentateurs me font l'effet de hipsters de la tragédie. » Pas très attentionné pour les victimes. Et pas gentil pour les hipsters.

MONA EN ARRACHAIT

Je suis allé à la librairie Mona Lisait, rue Saint-Denis, cette semaine. J'y étais allé il y a deux ou trois mois et j'avais tourné les talons quand la propriétaire m'avait accueilli en me réclamant des frais d'entrée. Il y a des limites. Cette semaine, j'ai vu que ce concept avait été mis de côté. Cela n'a pas empêché la proprio de « pousser la vente ». Elle m'a fait entendre de la musique, elle m'a montré des livres... Un peu plus et elle sortait des pointes et un tutu pour me faire dépenser quelques dollars. Je lui ai fait comprendre que sa méthode ne marchait pas avec moi. Elle a fini par cracher le morceau. Véronique Klauber possède cette librairie de livres d'occasion depuis 10 ans. Elle est désespérée. Les affaires ne marchent plus. La veille de mon passage, elle était restée jusqu'à 22 h à sa boutique et n'avait réalisé aucune vente. Selon elle, les bouquinistes qui ne sont pas propriétaires de leur local vivent la même situation : ils en arrachent. Elle pense que la solution passerait par un rassemblement des bouquinistes, une sorte de rue ou de quartier. Ceux qui aiment bouquiner veulent un très grand choix, mais ne veulent pas sillonner la ville au complet. Son idée mérite qu'on s'y arrête. Pour ce qui est du livre que je cherchais, je ne l'ai pas trouvé. Mais j'ai quitté la librairie avec deux petits trésors.

J'VEUX PAS MOURIR AVANT D'ÊTRE ENTENDU

Nicola Ciccone se dit victime de boycott de la part de Rythme FM car celle-ci refuse de faire tourner sa chanson J'veux pas mourir avant d'être mort. En entrevue à LCN mercredi dernier, le chanteur a affirmé que la station « voulait le faire taire ». Il a aussi rappelé que nous vivons dans un pays de droits et libertés et que nous sommes en 2016 (jamais on n'aura autant su que nous sommes en 2016). Un po' di calma si prega ! Je veux bien croire que les nouvelles chansons de Nicola Ciccone sont géniales et méritent d'être entendues sur toutes les radios du Québec, mais cela n'est pas un droit acquis. Le problème avec cette affaire, c'est que beaucoup d'artistes, de gérants et d'attachés de presse tiennent pour acquis que les radios, les journaux et les télés ont l'obligation de « promouvoir » leurs produits. Or, ce n'est pas du tout le cas. Les médias sont libres d'en parler ou non et de faire des choix en fonction de leur caractère, leur public et leurs objectifs. Ce que je n'apprécie pas dans la démarche de Nicola Ciccone, c'est qu'il tente de nous faire croire qu'il est victime d'une censure ou d'un boycott et que Rythme FM manque à ses devoirs. Je suis de ceux qui pensent que les radios doivent respecter des quotas de contenu francophone. Je suis de ceux qui pensent qu'on devrait même augmenter ce contenu. Mais à partir de là, les radios devraient être libres de choisir les chansons qu'elles désirent faire entendre à leurs auditeurs.

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