L'impressionnant parcours d'un homme discret

Réalisateur et producteur de nombreuses émissions humoristiques, Jean... (PHOTO MARCO CAMPANOZZI, archives LA PRESSE)

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Réalisateur et producteur de nombreuses émissions humoristiques, Jean Bissonnette est mort mardi dernier à l'âge de 82 ans.

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Mario Girard
La Presse

Le plus grand réalisateur de variétés et d'émissions d'humour du Québec est décédé au cours de la semaine. Jean Bissonnette a connu une prodigieuse carrière qui s'est étendue sur six décennies. Il a tout fait ou presque. Ironiquement, celui qui a si bien servi les maîtres du punch est mort la même journée que Jean Lapierre. Il est donc parti comme il a vécu, en toute discrétion.

J'ai voulu en savoir plus sur cet homme au parcours impressionnant.

Sa grande amie Dominique Michel a gentiment accepté de m'en parler. Elle l'a fait avec une infinie douceur, évoquant chacune des étapes de son amitié avec celui qui lui a beaucoup appris. « Jean a d'abord été engagé comme régisseur Au p'tit café, que je faisais avec Pierre Thériault et Normand Hudon [de 1956 à 1961]. On s'est connus là. Il fréquentait une de mes amies. Puis, il est devenu réalisateur de l'émission. On ne s'est plus jamais quittés. »

Plus tard, Jean Bissonnette et l'auteur Gilles Richer vont approcher Dominique Michel et Denise Filiatrault pour créer le premier sitcom de la télévision québécoise, Moi et l'autre, une émission devenue mythique diffusée pour la première fois il y a 50 ans. 

« Gilles Richer est arrivé avec un canevas, raconte Dominique Michel. Denise et moi sommes allées au restaurant. On a regardé ça et on a dit aux gars : il faut que la grande embarque la p'tite dans des combines, c'est ça qui va marcher. »

Bissonnette a aussi réalisé plusieurs Bye bye avec Dominique Michel. « L'ancêtre des Bye bye était les revues de fin d'année du P'tit café », raconte Dominique Michel.

« C'est là que Jean m'a appris à ne pas imiter, mais à caricaturer. Quand je fais Michèle Richard, je ne l'imite pas, j'en fais une caricature. Cela m'a guidée durant toute ma carrière. »

- Dominique Michel

J'ai regardé cette semaine la revue de 1961 du P'tit café, que Bissonnette a réalisée. D'abord, on se rend compte que tout le monde est jeune et fou. Et puis, il y a cet humour complètement absurde que Jean-Thomas Jobin, André Sauvé, Les Denis Drolet ou les Chick'n Swell ne renieraient absolument pas aujourd'hui. « Jean était un gars extrêmement ouvert, dit Dominique Michel. Il avait le don de faire surgir le talent des gens. »

La carrière de Jean Bissonnette est riche, mais elle est demeurée cohérente. L'humour fut son sillon principal. Il y a eu les Bye bye, mais aussi Les couche-tard, Appelez-moi Lise, Les lundis des Ha ! Ha !, La petite vie, Un gars, une fille.

« Le génie de Jean était de repérer les gens qui avaient un potentiel et de les amener ailleurs, de les amener plus loin », dit Dominique Michel.

Il a aussi réalisé en 1971 un film d'après un scénario de Gilles Richer, Tiens-toi bien après les oreilles à papa. Sous le couvert d'une comédie légère et populaire, ce film est un portrait cinglant du Québec des années 70 qui exprime son ras-le-bol aux patrons anglophones qui ont la mainmise sur la province. La fameuse scène où Dominique Michel et Yvon Deschamps sont forcés de faire un chapelet dans les deux langues officielles est un morceau d'anthologie de notre cinéma. C'est aussi pour ce film que fut créée par Dominique Michel la magnifique chanson Mommy Daddy de François Dompierre et Marc Gélinas.

Cet humour tout en strates de Richer et Bissonnette est également présent dans le fameux sketch du Bye bye 70 où Olivier Guimond joue un soldat francophone de Saint-Henri qui, durant la crise d'Octobre, monte la garde devant la résidence d'un richissime anglophone de Westmount, interprété par Denis Drouin. À la fin du sketch, les deux hommes, complètement saouls, tentent de monter les marches du perron. En tentant d'aider l'anglophone, le soldat lui dit : « Attention... Parce que si je tombe, vous allez tomber vous aussi. »

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, celui qui a pataugé dans l'humour toute sa vie était un homme sérieux.

« Il était doux et il était d'une grande patience. Je ne l'ai pas vu souvent fâché. »

- Dominique Michel

« Lors de l'enregistrement du sketch sur Nadia Comaneci pour un Bye bye, Denise, Benoît Marleau et moi avons été pris d'un grand fou rire, se souvient Dominique Michel. Il était tard, on était fatigués et on n'arrivait pas à se contrôler. Jean a dit : "Bon, allez-y ! Riez à votre goût et on reprendra quand vous serez prêts." C'était Jean. »

Radio-Canada a produit un excellent documentaire sur la carrière de Jean Bissonnette. Il s'intitule Le show-business québécois : du Big Bang à aujourd'hui. Pour lui rendre hommage, ICI Radio-Canada Télé le rediffuse demain soir, à 22 h 50. C'est une belle façon de souligner l'apport de ce grand bâtisseur. Mais j'espère qu'on trouvera autre chose. Le souvenir de cet homme mérite quelque chose de durable.

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