Céline sans René

René Angélil et Céline Dion lors de leur... (PHOTO ARCHIVES LA PRESSE)

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René Angélil et Céline Dion lors de leur arrivée aux World Music Awards à Monaco, le 4 novembre 2007.

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Mario Girard
La Presse

Vous savez ce qui manque à une grande majorité d'artistes ? Un imprésario. Je veux dire, un vrai, un solide, un brillant. Quelqu'un qui aime son artiste, qui le comprend, qui le défend, qui a une vision pour lui. On a souvent l'impression que les carrières de certains chanteurs ou humoristes sont gérées à la va-comme-je-te-pousse. On applique une recette archi usée en espérant récolter du fric, voilà la réalité de beaucoup d'artistes.

La disparition de René Angélil nous fait prendre conscience de l'importance du métier de gérant et son rôle dans la carrière d'un artiste. Je ne veux pas dire que Céline chanterait encore aux Galeries d'Anjou sans René, mais la rencontre avec cet homme d'exception a permis qu'elle fasse une carrière hors norme.

Ce type de rencontre entre un imprésario et un artiste est rare. On pense bien sûr à Elvis Presley et au Colonel Parker, la grande inspiration de René Angélil. Pendant 22 ans, ce vieux renard issu du milieu du cirque fut l'imprésario exclusif du King. Insistons ici sur le terme exclusif. Les artistes qui ont une brillante carrière sont souvent la seule préoccupation de leur gérant et ne font pas partie d'écuries où l'on retrouve une douzaine d'artistes pour un seul imprésario.

Autre exemple d'un tandem exclusif : Mireille Mathieu et Johnny Stark. Oui, je sais, on raconte qu'il était un tyran, qu'elle ne pouvait pas aller faire pipi sans lui demander la permission et qu'il lui aurait imposé le célibat. N'empêche, à la fin des années 60, en pleine révolution yéyé, Stark avait deviné que cette Piaf d'Avignon allait séduire tous ceux qui n'en pouvaient pas des cheveux ébouriffés et des pantalons patte d'eph. Résultat : Mireille Mathieu a vendu des dizaines de millions de disques et a fait des tournées aux quatre coins du monde.

En fait, un bon imprésario, c'est quelqu'un qui arrive à conjuguer le talent de son artiste à l'époque dans laquelle il vit. René Angélil et Céline Dion sont arrivés au bon moment, avec les bonnes chansons. 

Bien sûr il y avait l'incroyable voix de Céline Dion, mais le génie d'Angélil a été de savoir bien s'entourer, de dénicher les bons auteurs et compositeurs afin de conquérir deux marchés complètement différents.

La disparition de René Angélil nous amène aussi à nous questionner sur la carrière de Céline sans René. Il est très difficile pour le public québécois d'imaginer ces lendemains. Il a vu ce couple naître, a vécu son ascension vertigineuse, a été ému lors de son mariage, a eu des frissons lors de ses grandes réussites.

Avant de partir, Angélil a pris soin de désigner Aldo Giampaolo comme successeur. Cet homme de grande expérience était l'homme de confiance d'Angélil. Ce nouvel imprésario a un défi unique devant lui.

Il est en face de l'une des plus grandes voix de la planète, mais cette chanteuse est à son zénith. Et cette chanteuse a tout fait, tout vécu. Elle a chanté aux Oscars, aux Grammys, aux Jeux olympiques, devant le pape, la princesse Diana et le président Clinton, elle a fait des duos avec Barbra Streisand, Pavarotti, Johnny Hallyday et les Bee Gees, elle a rempli des centaines de stades à travers le monde. Que fait-on après cela ? Un show sur Mars avec Chris Hadfield en première partie ?

La responsabilité de Giampaolo est immense. Que fera-t-il ? Assurer une continuité tranquille ? Rafraîchir l'image de Céline ? Lui conférer une aura de rareté ? Lui offrir une image de chanteuse plus classique à la Streisand ?

Je serais curieux de connaître les échanges qu'ont eus Giampaolo, René Angélil et Céline Dion au cours des derniers mois. Quels étaient les projets qu'Angélil avait pour sa femme ? À quel type de chansons songeait-il ? Quelle stratégie avait-il en tête alors que le streaming musical révolutionne le monde du disque ? Comment voyait-il l'après-Las Vegas ? Ces conversations, on ne les connaîtra sans doute pas. Les idées d'Angélil se feront toutefois sentir.

Angélil a joué son rôle d'imprésario jusqu'au bout. C'était sa vie, sa grande passion. Il a donné à ce métier ses lettres de noblesse. 

Espérons que le feu qui l'animait va maintenant inspirer les agents en manque de vision et pour qui ramasser le chèque à la fin du show est tout ce qui compte.

En attendant de franchir les prochaines phases de sa carrière, Céline doit affronter la dure étape du deuil. Avant d'être son imprésario, René Angélil fut l'amour de sa vie. Cette histoire, elle l'a récemment comparée à un tableau de Renoir. « C'est une toile, c'est peint pour la vie. »

L'imprésario laisse derrière lui une artiste accomplie qui a consacré les 30 dernières années de sa vie à une prodigieuse carrière. Quant à l'homme, il laisse une femme qui a parfois envie de rester dans la piscine avec ses fils plutôt que d'aller enfiler les robes de scène. Pour l'aider à trancher, elle pourra toujours compter sur cette voix feutrée dans un coin de sa tête.

PLEURER BOWIE

La semaine qui s'achève fut éprouvante pour les amateurs de musique. Elle a commencé par la mort de David Bowie et a pris fin avec celle d'Angélil. Comme beaucoup de gens, vous vous êtes peut-être sentis tristes, déprimés. Et comme beaucoup de gens, vous avez questionné cet état d'âme.

D'abord, je vous rassure tout de suite. C'est normal d'éprouver de la tristesse quand meurt une célébrité. Même si David Bowie ou René Angélil ne sont pas des proches, ils font partie de votre vie. On appelle cela une « interaction parasociale ». Ce sujet a fait l'objet d'une étude très sérieuse à la suite de la mort de Michael Jackson.

Dans cette étude, les chercheurs démontrent que, même si nous ne connaissons pas personnellement la célébrité, nous créons avec elle une relation socioaffective très intense. 

Être fan, c'est participer à la construction de son identité. Donc, lorsqu'une de nos idoles meurt, c'est un morceau de soi qui s'en va.

Cette tristesse permet, entre autres, d'établir des contacts avec les autres. L'utilisation des réseaux sociaux devient alors primordiale. On l'a beaucoup observé tout au long de la semaine sur Facebook, Twitter ou Instagram. Les fans de Bowie ressentaient le besoin d'exprimer leurs émotions en lui rendant hommage.

Bref, si vous avez versé une larme en réécoutant Space Oddity ou si vous êtes tristes pour Céline de la voir aujourd'hui veuve, vous êtes normal.

***

Source : Comment les fans réagissent-ils lors du décès de la célébrité ? Usages des communications et des médias sociaux dans le deuil de Michael Jackson par Marie-Pierre Fourquet-Courbet et Didier Courbet

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