Le budget et les fruits et légumes

Il y a moyen, dit la nutritionniste Hélène... (Tobias SCHWARZ, Archives AFP)

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Il y a moyen, dit la nutritionniste Hélène Laurendeau, de manger des fruits et légumes frais pour un prix raisonnable, même en hiver.

Tobias SCHWARZ, Archives AFP

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À la fin de février dernier, l'Imperial College of London a publié une étude disant qu'il fallait manger plus de légumes.

Mais pas un peu plus de légumes.

Vraiment beaucoup plus de légumes. Et des fruits aussi.

Quelque 800 g par jour, donc plus d'une livre et demie de céleri, carottes, tomates et autres poires ou abricots, histoire de prévenir 7,8 millions de morts prématurées annuellement.

La nouvelle, vous comprendrez, a fait bondir.

Huit cents grammes, c'est 10 portions de 80 g de fruits et légumes par jour. On pense à ça et on imagine une montagne verte, avec extra luzerne.

Quand la nutritionniste Hélène Laurendeau a entendu parler de la recherche, elle est allée voir sur le site britannique du quotidien The Guardian, pour en savoir un peu plus sur le document, et là, elle a été surprise de constater que la section commentaires bouillonnait d'activité. Mais pas gentiment.

Les lecteurs, souvent franchement enragés, s'énervaient sur la possibilité de remplir un tel mandat nutritionnel, notamment à cause du prix que coûtent les fruits et légumes.

« Pourquoi ne pas descendre dans nos quartiers pour expliquer aux travailleurs au salaire minimum comment s'offrir ces légumes, écrivait l'un... Ce n'est pas tout le monde qui est de la classe moyenne. »

« LA PLUPART DES GENS NE PEUVENT PAS SE PAYER 10 PORTIONS DE FRUITS ET LÉGUMES par jour, lançait un autre. C'est déjà difficile de s'en payer cinq, alors imaginez dix. J'imagine que c'est pour cela que les riches vivent plus longtemps... »

À cela, d'autres répondaient que si les pauvres arrêtaient de boire et de fumer, ils pourraient s'offrir des produits frais. Ça volait bas.

Mais la question a piqué la nutritionniste chroniqueuse chez Ricardo et à l'émission de radio On n'est pas sorti de l'auberge de Radio-Canada, qui a décidé d'aller à l'épicerie avec sa calculatrice afin de vérifier ce qui en était vraiment.

« C'est sûr qu'il y a une alimentation à deux vitesses, une qui coûte cher et l'autre, moins », m'a-t-elle expliqué quand je l'ai jointe sur la route, vers Québec, où elle allait à l'Assemblée nationale présenter, avec le Regroupement des cuisines collectives du Québec, un projet de consultations populaires devant mener à une déclaration québécoise sur le droit à une saine alimentation.

« Mais la différence de prix, a-t-elle continué, est surtout vraie dans les produits transformés. »

Une lasagne, un pâté au poulet, un pudding au chocolat, une coquille Saint-Jacques, tous ces plats cuisinés peuvent être vendus de 50 à 200 % plus cher, explique-t-elle, s'ils sont préparés avec des ingrédients naturels, sans additifs chimiques ni agents de conservation en tous genres, comparativement à des plats préparés industriels remplis de sel, de colorants, de saveurs artificielles et autres ingrédients de conservation ou de remplissage chargés de donner du volume et de la longévité, sans apporter de goût ou de valeur nutritive.

Donc là, la différence est notable. Le « bas de gamme » n'est pas aussi savoureux et pas aussi valable d'un point de vue nutritionnel que ce qui coûte plus cher.

Cela dit, poursuit Hélène Laurendeau, si on regarde les ingrédients simples de base, la différence entre le pas cher et le cher n'est pas aussi grande.

Il y a moyen, dit la nutritionniste, de manger des fruits et légumes frais pour un prix raisonnable, même en hiver.

Et pour le prouver, la chroniqueuse est allée à l'épicerie à la recherche de produits chers et pas chers pour voir combien coûte l'investissement en santé qu'est l'achat de 800 g de fruits et légumes par jour.

Et là, elle a trouvé 5 lb de betteraves, donc plus de 2 kg, pour 3 $. « Pour l'équivalent en viande hachée, il faut payer 32 $ », dit-elle. « Et c'est moins cher qu'un café chez Starbucks. »

Dans un panier, elle a mis une petite banane, une pomme, deux branches de brocoli, une petite boîte de jus de légumes (style V8), une douzaine de haricots verts et est arrivée ainsi à la somme de 2,01 $ pour cinq portions de fruits et légumes. Puis elle a ajouté ce qui manquait pour faire les fameux 800 g, donc une clémentine, trois fraises et un kiwi, et elle est arrivée ainsi à la somme suivante : 4,10 $.

« Et on est en mars ! »

Pour un sac de chips, un pot de trempette et une bouteille de 2 l de boisson gazeuse, la facture était de 11 $ avant taxes.

« Il y a moyen, au Québec, de manger des fruits et légumes à des prix abordables. Ce qui manque, c'est souvent le savoir pour les préparer », explique Hélène Laurendeau.

Une portion de carottes ? 28 cents.

Un brocoli bio entier aperçu récemment chez IGA ? 2,49 $. « Ça, c'est six portions juste là. »

Du chou, des patates douces... « Ça non plus, ça ne coûte pas très cher. »

Bref, selon la nutritionniste, si on essaie de manger des produits frais pas chers, on peut en trouver.

Autre voie à explorer : la lutte contre le gaspillage. « Imaginez : 47 % du gaspillage alimentaire se passe à la maison », dit-elle. Il y a pas mal d'argent en céleri flétri et en bananes noires à récupérer quand on sait cuisiner.

Car les réelles raisons qui nous empêchent de manger des fruits et légumes frais, elles sont là : le manque de planification, le manque de connaissances, peut-être aussi un peu de paresse...

C'est donc ça. Pas le prix.




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