La boulangerie mondiale

Avec son entreprise Hot Bread Kitchen, Jessamyn Rodriguez paie... (Photo fournie par Jessamyn Rodriguez)

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Avec son entreprise Hot Bread Kitchen, Jessamyn Rodriguez paie des femmes immigrantes pour leur apprendre à faire du pain, en plus de « coacher » les plus intrépides qui veulent se lancer en affaires.

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Le projet de Jessamyn Rodriguez est né d'un malentendu rigolo.

Elle s'intéressait aux femmes, aux projets communautaires, à l'entraide alors qu'elle étudiait. Et un jour où elle parlait de la possibilité de travailler pour une banque mondiale appuyant les projets pilotés par des femmes avec du microcrédit, un ami a entendu le mot « baking » au lieu de « banking ».

« Quoi, tu veux travailler pour un mouvement mondial de femmes boulangères ? », lui a demandé son interlocuteur.

L'idée venait d'être lancée.

J'ai rencontré la Torontoise d'origine à New York il y a deux ans. C'était à Jubilee, une conférence annuelle organisée par le magazine Cherry Bomb pour les femmes dans le milieu de la gastronomie. Je l'ai recroisée ensuite à Bilbao, à Parabere, une autre rencontre internationale de femmes qui font beaucoup plus qu'être aux fourneaux. Et chaque fois, elle est venue présenter son projet à une foule bouche bée devant à la fois la simplicité et l'audace de son idée : une boulangerie qui sert à la fois de programme payé de réinsertion sociale et d'incubateur de jeunes entreprises.

C'est effectivement le mandat de sa Hot Bread Kitchen, où elle paie des femmes immigrantes pour leur apprendre à faire du pain et où elle « coache » les plus intrépides qui veulent se lancer en affaires.

Installée dans un marché traditionnel d'East Harlem, la Hot Bread Kitchen vend 2000 pains par jour, que ce soit dans les magasins de la grande chaîne Whole Foods, les cafétérias de l'Université Columbia ou au service alimentaire de la ligne aérienne Jet Blue.

Jessamyn, qui a grandi à Toronto, étudié en Colombie-Britannique et qui a la double citoyenneté, est venue à New York pour faire une maîtrise en administration publique à Columbia et n'en est jamais repartie. Elle a travaillé aux Nations unies, notamment, et s'est beaucoup investie en coopération et dans des projets d'intégration avant de décider de lancer son projet d'aider les femmes démunies à sortir de la pauvreté par l'entremise de la cuisine.

Grâce à des contacts, raconte-t-elle, elle a réussi elle-même en 2006 à aller apprendre à faire du pain chez Daniel, la très grande table étoilée de Daniel Boulud à Manhattan. En 2008, la Hot Bread Kitchen était lancée.

« Au début, je suis partie vraiment de rien », raconte la femme aujourd'hui au tournant de la quarantaine. Elle boulangeait le soir chez elle à Brooklyn alors qu'elle travaillait le jour. C'est seulement en 2010 que la boulangerie actuelle a été aménagée.

L'entreprise est sans but lucratif, mais c'est une grande boulangerie commerciale fonctionnant avec un budget de 5 millions de dollars US, où une quarantaine de boulangères en formation sont payées, en plus d'une vingtaine d'employées. « Et 65 % du budget provient des ventes de pains. » Des pains inspirés de tous les pays représentés parmi les employées : des m'smen marocains aux tortillas mexicaines, en passant par toutes sortes de naans indiens et de challah israéliens.

La partie du budget qui ne provient pas des ventes de pains est fournie par des dons.

« C'est incroyable, la quantité d'argent disponible pour la philanthropie à New York. »

L'entreprise forme une quarantaine de boulangères par année et chaque mois, de deux à cinq « finissent » et partent travailler. L'embauche par la HBK est très compétitive, car une fois le programme terminé, l'entreprise garantit un emploi aux participantes.

En marge de la formation directe en boulangerie, la société gère un incubateur de petites entreprises et loue donc de l'équipement en plus d'offrir du coaching et des services techniques. Quelque 27 entreprises actives et établies sont sorties du programme depuis cinq ans, 58 sont activement en démarrage et, en tout, environ 150 projets sont passés par les cuisines de HBK, dont un bon nombre, donc, n'a pas marché.

En outre, la Hot Bread Kitchen vient de lancer un troisième service, à but lucratif celui-là : un service de placement de travailleuses en boulangerie. Un peu comme les agences de placement de « secrétaires volantes » de jadis !

Est-ce que Jessamyn pense à venir lancer une entreprise sociale semblable au Canada ? « Ça dépend un peu du résultat des élections cet automne », répond-elle. Mais il est manifestement question d'exporter le projet dans une autre ville. La marque est forte, dit-elle. « C'est un des avantages d'être à New York, il y a beaucoup de médias. » Et le modèle pourrait aisément être implanté dans une autre grande ville où il y a les mêmes défis d'intégration, de chômage, de coaching. Et où on consomme du pain.

JESSAMYN RODRIGUEZ

  • Née à Toronto, a fait son baccalauréat à l'Université de Colombie-Britannique et une maîtrise à l'école d'affaires publiques de l'Université Columbia à Manhattan.
  • Est installée à New York depuis 2001.
  • A fondé et dirige la Hot Bread Kitchen, une entreprise sociale.
  • Budget annuel de 5 millions.
  • Vend ses pains partout : autant dans les marchés fermiers de New York que chez Whole Foods, la superchaîne américaine de supermarchés de produits naturels.
  • A deux enfants.
  • Pourrait revenir vivre au Canada si Donald Trump est élu.

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