Eaux moins troubles

Peu de gens s'intéressaient à la nécessité de... (Photo Robert Skinner, Archives La Presse)

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Peu de gens s'intéressaient à la nécessité de changer notre consommation de produits de la mer il y a 10 ans.

Photo Robert Skinner, Archives La Presse

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Le Québec a pris un peu de temps à s'ajuster à la nécessité de changer notre consommation de produits de la mer afin de protéger la nature et notre santé. Mais il a accompli des pas énormes, en peu de temps.

Il y a 10 ans, personne ne parlait de ce sujet. La première fois que j'ai vu une note sur la provenance écologiquement correcte d'un poisson dans le bas d'un menu, à Vancouver en 2006, je ne voyais pas de quoi on parlait. J'ai dû demander à la serveuse. C'est quoi, ça, du saumon sauvage recommandé par Oceanwise ? Elle m'avait alors remis un petit carton préparé par l'Aquarium de Vancouver, d'où est né l'organisme, qui expliquait que certains poissons étaient surpêchés, d'autres mal pêchés ou encore mal élevés... Je me rappelle être tombée des nues. Quoi ? Mon sushi de thon rouge ? Mon bar du Chili ? C'est si bon, si santé !

C'est comme ça qu'a commencé mon éducation sur la pêche et le bon poisson, un sujet complexe qui laisse bien des gens perplexes devant un menu au restaurant ou un étalage à la poissonnerie. Parce que les questions ne sont pas automatiques. Le local n'est pas toujours mieux que l'importé. Le sauvage n'est pas toujours mieux que la pisciculture, et l'inverse non plus. Il n'y a pas de règle automatique pour aider le consommateur à s'y démêler.

***

Hier, pour célébrer le Jour des océans, la société Norref, distributeur de poisson québécois qui livre près de 230 000 kg de poisson frais par semaine, a organisé une journée de conscientisation à la pêche durable.

Un tel événement, qui aurait réuni une poignée d'allumés de l'écologie et de la cuisine locale il y a 10 ans, était rempli. Des pêcheurs, des chefs, des fonctionnaires, des spécialistes de l'aquaculture, des représentants des organismes de certification... Tous prêts à parler en long et en large de leur travail pour améliorer la durabilité de la pêche au Québec et la conscience écologique des consommateurs.

Jean-Roch Thiffault, directeur général de Norref, m'a longuement entretenue de cette ferme d'élevage du pangasius, au Viêtnam, qui prend de l'eau du Mékong pour ses bassins et la filtre pour la rejeter dans le fleuve, plus propre qu'avant. Christian Vigneau, dont l'entreprise d'ostréiculture La Moule du Large a produit 1 million d'huîtres l'an dernier, m'a quant à lui entretenu de ses difficultés avec les canards qui ont mangé sa dernière production de moules et la recherche d'une solution parfaitement écologique aux élans de ce prédateur.

Celine Rouzaud, nouvelle représentante québécoise du Marine Stewardship Council, un organisme international de certification garantissant la durabilité des techniques de pêche utilisées pour les poissons sauvages commercialisés, est venue expliquer son travail. Elle a aussi rappelé que lorsque des études nord-américaines et européennes montrent que 30 % des poissons vendus dans les poissonneries sont mal étiquetés - ce qui est non seulement décevant quand on cherche un produit particulier, mais aussi carrément inquiétant, car qui dit que ce poisson n'est pas issu de pêches interdites ? -, on a intérêt à chercher des points de repère d'organismes fiables qui garantissent la qualité des achats.

De son côté, le sous-ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation, Aziz Abdoul Niang, est venu expliquer que maintenant, 52 % de la pêche au Québec est écocertifiée et que son ministère s'est engagé à aider ce secteur et à investir auprès des pêcheurs pour qu'en 2017, donc dès l'an prochain, cette proportion augmente à 70 %. 

Le produit qui a le plus d'avenir, selon lui, après le homard, le crabe - qu'on exporte à 95 % ! -, le flétan et les autres poissons de fond ? La crevette de Matane. « Notre crevette a bien du potentiel », dit-il. Elle est délicieuse, nos eaux en regorgent et maintenant, nous savons comment les pêcher et les peler de façon écologiquement propre. Ne reste qu'à en pêcher plus et à convaincre les Québécois qu'elles sont bonnes même si elles sont moins dodues que les floridiennes ou les thaïlandaises.

Est-ce dire que nous pouvons maintenant acheter notre poisson les yeux fermés, nous qui, il n'y a pas si longtemps, nagions dans la confusion la plus totale ?

Pas tout à fait.

Tous les élevages de saumon ne sont pas parfaitement propres, loin de là. Il y a encore des pêcheurs de poissons et de fruits de mer qui démolissent les fonds des océans. Malgré les efforts de certains distributeurs, dont feu la Société-Orignal, il y a toujours trop de gaspillage de prises secondaires parfaitement comestibles à cause d'histoires de quotas, notamment. Il y a toujours des entreprises qui sous-paient, pour ne pas dire réduisent à l'esclavage, les travailleurs de l'aquaculture dont on importe les produits, notamment pour les grandes surfaces. Par exemple, on a encore trop souvent l'impression qu'en Thaïlande et ailleurs en Asie, le coût de chaque amélioration environnementale exigée par les consommateurs d'Europe ou d'Amérique est encaissé par des travailleurs migrants de moins en moins payés, de plus en plus exploités...

Mais il est évident que la conscientisation des consommateurs augmente, tout comme leurs exigences, et que ce secteur économique s'améliore constamment, explique M. Thiffault. C'est après tout son propre avenir qui est en jeu.

On peut toujours souhaiter plus et mieux, plus vite.

Mais ce genre de révolution ne se fait pas du jour au lendemain.

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