L'argent parle féministe

Jeanne Sauvé, journaliste et femme politique, est devenue... (PHOTO PAUL-HENRI TALBOT, archives LA PRESSE)

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Jeanne Sauvé, journaliste et femme politique, est devenue la première femme à occuper le poste de gouverneur général du Canada, en 1984.

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Il y a quelques années, une journaliste féministe britannique a eu l'idée révolutionnaire de demander qu'on choisisse une femme plutôt qu'un énième homme pour illustrer un des billets de banque du royaume.

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Beverley McLachlin, première femme juge en chef de la Cour suprême, occupe ce poste depuis 2000.

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Beverley McLachlin, première femme juge en chef de la Cour suprême, occupe ce poste depuis 2000.

PHOTO Fred Chartrand, Archives La Presse Canadienne

OMG.

Cela ne lui a pas valu quelques rires ou accusations de féminisme débridé, mais bien une campagne de dénigrement haineuse en règle, appels à la police compris, lorsque le directeur de la banque lui a finalement dit oui.

Cela ne s'est pas passé en 1940, au moment de l'accès au droit de vote des Québécoises ou peu avant l'indépendance de l'Inde et du Pakistan, mais bien... en 2013.

Il y a à peine trois ans, il y en avait encore, au Royaume-Uni, qui trouvaient l'idée saugrenue.

Ici, au Canada, on a pris acte de l'affaire, on a écouté notre historienne féministe de la Colombie-Britannique Merna Forster, qui milite depuis des années pour la mise de l'avant de femmes légendaires sur nos billets de banque, on a élu Justin Trudeau et parce qu'on est en 2016, j'imagine, nos imprimeurs de devises ont décidé de remédier au fait qu'à part la reine Élisabeth, il n'y a plus une seule femme sur nos dollars. (Il y a eu un groupe de suffragettes à une certaine époque sur les billets de 50 $, mais elles ont été depuis remplacées par un brise-glace.)

Donc, le 8 mars dernier, la Banque du Canada a lancé un appel à tous. Quelle femme devrions-nous mettre sur nos billets, ceux qui commenceront à circuler en 2018 ?

Quelque 18 000 suggestions ont déjà été faites. Il y en aura d'autres, puisque l'exercice dure jusqu'au 15 avril. Tous ces noms seront classés et soumis à un comité de sept experts : l'écrivaine Gurjinder Basran, le jeune militant autochtone Michael Redhead Champagne, la professeure émérite en histoire Margaret Conrad, la professeure en sociologie Francine Descarries, la championne du monde en athlétisme Perdita Felicien, l'historienne Merna Forster, ainsi que le recteur et vice-chancelier de l'Université Laurentienne Dominic Giroux.

Ils soumettront ensemble une courte liste de noms qui sera, au final, décortiquée par le ministre des Finances Bill Morneau.

J'ai demandé à quelques femmes d'affaires qui elles auraient suggéré. Puisque la Banque du Canada insiste pour que la personnalité choisie soit morte depuis plus de 25 ans, certaines candidates suggérées par ce bref panel ne passent pas la rampe. Néanmoins, les idées sont hyper inspirantes.

Kim Thomassin, l'avocate à la tête de l'étude McCarthy au Québec, m'a tout de suite répondu qu'elle verrait bien Jeanne Sauvé, qui a été journaliste et femme politique avant de devenir la première gouverneure générale du Canada en 1984.

Pour Marie-Josée Lamothe, directrice de Google au Québec, il est évident qu'il faut faire une place sur un billet pour Nellie McClung, féministe ontarienne du début du XXsiècle, mère de cinq enfants, qui s'est battue devant les tribunaux pour que les femmes soient considérées comme des personnes au sens de la loi. La cause, lancée à la fin des années 20, a été gagnée à Londres, imaginez, devant le comité juridique du Conseil privé britannique, dernière instance de l'époque, au-delà de notre Cour suprême.

Me Thomassin abonde dans le même sens et croit aussi que Beverley McLachlin, première femme juge en chef de la Cour suprême, poste qu'elle occupe depuis 2000, mérite sa place sur un billet, tout comme Elizabeth Monk, première diplômée en droit de McGill en 1915, qui n'a toutefois jamais pu pratiquer, car malgré ses batailles, le Barreau n'a commencé à admettre des femmes qu'en 1941. Personnellement, si on parle d'avocates, j'ai un faible pour Bertha Wilson, morte en 2007, première femme nommée juge à la Cour suprême en 1982, et qui a vite montré l'importance d'avoir le point de vue féminin à ce tribunal où elle a, notamment, brillamment démontré que la criminalisation de l'IVG était contraire à la Charte des droits.

Côté affaires, Me Thomassin propose Dorimène Desjardins, cofondatrice du Mouvement des caisses Desjardins, morte en 1932.

Marie-Josée Gagnon, présidente et fondatrice de la maison de communications Casacom, verrait pour sa part l'écrivaine Gabrielle Roy, morte en 1983, auteure de La détresse et l'enchantement et de Bonheur d'occasion, sur la pauvreté à Saint-Henri au début du siècle dernier. Claire Kirkland-Casgrain, première femme députée et ministre et juge à la cour provinciale, qui vient tout juste de mourir et d'être la première femme à avoir droit à des funérailles nationales - en 2016 ! - mérite amplement aussi, selon la femme d'affaires, de figurer sur nos billets de banque. Mais peut-être faudra-t-il attendre 25 ans. La gagnante du prix Nobel de littérature Alice Munro a également amplement le CV pour se retrouver sur un billet, croit Mme Gagnon. Mais elle est encore en vie. Alors, tournons-nous vers la cofondatrice de Montréal, Jeanne Mance, qui n'a jamais eu, disons-le, la reconnaissance qu'elle mérite.

Qui d'autre ?

Moi, j'y verrais Emily Carr, la grande peintre, ou la femme d'affaires Viola Desmond, une Noire qui a défié des règlements racistes en Nouvelle-Écosse, en 1946 - elle est allée s'asseoir dans une section « pour Blancs seulement » d'un cinéma de New Glasgow -, ce qui a fait d'elle une sorte de Rosa Parks canadienne avant le temps.

Ou alors pourquoi pas Henriette Dessaules ? Première femme journaliste du Québec !

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