Pas très bon, pas très beau, mais vraiment pas cher

Avec la faiblesse actuelle du dollar, la société... (PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, archives LA PRESSE)

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Avec la faiblesse actuelle du dollar, la société Dollarama se trouve contrainte d'étiqueter de plus en plus de produits à 3,50 $ et de considérer les 4 $.

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, archives LA PRESSE

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Celles qui joggent avec moi le savent : à peu près chaque semaine, j'ai une nouvelle idée pour me lancer en affaires. Dans ma tête, je suis une entrepreneure.

Mon imaginaire m'amène vers des commerces en ligne ou en brique, en communication autant que dans la vente au détail ou la consultation. Je m'amuse à analyser instinctivement les marchés pour mes différents rêves. J'essaie de m'inventer des plans d'affaires...

Et au bout de 5 ou 12 km, je redeviens journaliste.

Ma dernière lubie : faire concurrence à la « fast fashion » et aux boutiques offrant du fait-en-Chine hyper bon marché avec des produits d'occasion. En d'autres mots, trouver un modèle d'entreprise qui respecte l'envie et le besoin des consommateurs d'acheter pas cher, tout en diminuant l'empreinte écologique et le coût humain de notre immense consommation.

Est-ce faisable ?

Ou est-ce que les consommateurs préféreront toujours le neuf pas cher, peu importe la qualité, peu importe la provenance, peu importe le coût humain ou environnemental payé par d'autres pour que nous puissions profiter de très bas prix ?

Il n'y a pas de doute qu'il y a un marché pour les produits vraiment pas chers, pas nécessairement hyper solides ou hyper durables. L'immense succès de la société montréalaise Dollarama en est un excellent exemple.

Actuellement, la chaîne qui compte plus de 1000 magasins au Canada doit composer avec un dollar plutôt faiblard par rapport aux autres grandes devises, ce qui complique pas mal sa vie - elle achète ses produits en dollars américains même s'ils proviennent surtout de Chine - et elle se trouve ainsi contrainte d'étiqueter de plus en plus de produits à 3,50 $ et de considérer les 4 $.

Mais cela ne l'a pas empêchée de décider de construire un nouvel entrepôt de 500 000 pieds carrés pour 60 millions à Lachine, près de son centre de distribution.

L'entreprise voit donc l'avenir du marché des objets à très bas prix avec optimisme.

Devrions-nous en faire autant ?

D'abord, ne devrions-nous pas nous poser certaines questions au sujet de la provenance de tous ces produits vraiment pas chers faits en Chine et vendus un peu partout, dans les grandes surfaces, boutiques à rabais et autres magasins à 1 $ ?

Il est extrêmement difficile pour les journalistes d'aller voir comment sont fabriqués ces objets en Chine. Mais s'il est possible que des produits soient vendus ici à si bas prix, après transport et autres frais, c'est que leurs coûts de fabrication sont pour le moins faibles...

Diffusé l'automne dernier à la chaîne Arte, Laogaï, les travaux forcés chinois, un documentaire du réputé journaliste allemand Hartmut Idzko, parle des laogaïs, des camps de travail déguisés en usines normales, peuplés entre autres de prisonniers politiques.

« Souvent, il s'agit d'usines modernes que les Européens viennent visiter et où ils peuvent passer leur commande directement. Mais derrière le bâtiment, ils ne voient pas la prison dans laquelle la marchandise est produite : guirlandes de Noël, emballages pour l'industrie pharmaceutique, vêtements, animaux en peluche, ou des pièces de machine... Pratiquement chaque produit chinois bon marché qui se retrouve dans nos magasins a été fabriqué dans un camp de travail. Sans les laogaïs, la Chine serait incapable de produire à si bas prix. » - Hartmut Idzko, journaliste et ancien correspondant en Asie de l'ARD, principale chaîne de télé publique allemande, en entrevue à Arte

L'accusation est quand même inquiétante. Et on sait que les conditions de travail dans l'industrie du vêtement à bas prix dans plusieurs pays d'Asie sont extrêmement difficiles. C'est documenté. Et on n'a qu'à penser au millier de morts dans l'effondrement de la Plaza Rana au Bangladesh, où les propriétaires avaient pris des raccourcis dans la construction de l'édifice pour baisser leurs coûts de production. Même chose dans certains secteurs de l'alimentation, je pense notamment à la crevette pas chère venue de Thaïlande, où certains observateurs internationaux parlent carrément d'une main-d'oeuvre esclave pour fournir les fermes d'élevage en moulée à crevettes à très bas prix.

Doit-on donc oublier totalement les magasins à bas prix ?

Que faire quand on n'a pas le choix ?

En Europe, il y a aussi des commerces à très bas prix qui ressemblent un peu à nos « magasins à une piasse ». Certains s'appellent Tiger au Danemark, ou Lagerhause en Suède, ou encore Hema aux Pays-Bas. Leurs prix sont légèrement plus élevés tout en restant très abordables. Et les produits sont de meilleure qualité, en commençant par leur design. En y entrant, on a un peu l'impression de plonger dans un Ikea modifié ou une boutique Zone, avec pratiquement un zéro en moins sur l'étiquette.

Cette plus-value leur permet d'élargir grandement leur clientèle. Ils ne sont pas l'objet d'autant de snobisme. (Ici, rappelez-vous ce qu'offrait Target, ou alors pensez à la section objets de Loblaws dont certains designs sont franchement réussis...)

Comme ce sont des produits fabriqués à l'autre bout du monde dans des économies qui ne semblent pas respecter notre conception de l'éthique et de la justice, certaines questions continuent de se poser à l'égard de l'achat de tels objets.

Mais au moins, on fait le choix de mettre au travail l'intelligence des designers industriels. Et de démocratiser le design potable.

Si nous tenons à acheter du neuf vraiment pas cher, ne devrions-nous pas, nous aussi, ici, poser quand même quelques questions et quelques conditions ?

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