Réussir à Paris à vue de nez

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Il y a des Québécois qui partent étudier en Europe. D'autres qui y suivent l'amour de leur vie ou qui se font embaucher par une entreprise ou une institution gouvernementale. Et puis il y a ceux qui choisissent d'y lancer une entreprise. La Presse Affaires a rencontré quelques-uns de ces aventuriers et aventurières. Toute la semaine, notre chroniqueuse Marie-Claude Lortie présente des entrepreneurs québécois qui ont tenté leur chance en Europe.

Nicolas Cloutier a grandi à Québec dans une famille d'épiciers. Aujourd'hui, il est installé à Paris dans une boutique de 175 m2, en plein coeur de ce secteur du 2e arrondissement en ébullition où débordent les beaux commerces au-delà du Palais-Royal et de la place des Victoires.

Lorsqu'on entre dans la boutique qu'il a fondée avec six associés, Nose, on se sent un peu comme dans un laboratoire. Des bouteilles de parfum sont alignées partout sur des étagères le long des murs, par dizaines. Sagement.

« Je peux faire votre analyse », offre Nicolas Cloutier, qu'on imagine presque vêtu d'un sarrau, peu après être arrivé dans la boutique, après avoir bu un café au bar.

L'analyse, c'est mettre dans sa banque de données les noms des parfums préférés de ses clients, afin d'identifier des dénominateurs communs entre ces jus. Le parfumeur peut ainsi comprendre ce qu'aime l'acheteur et proposer d'autres créations, que l'ordinateur lui-même trouve ou que le vendeur saura identifier.

« Cela fait cinq ans qu'on travaille sur la technologie et trois ans qu'on a lancé Nose », explique-t-il. Et il en est rendu à 75 000 « diagnostics », certains faits dans la boutique de Paris, d'autres dans un réseau de parfumeries dans neuf pays, de la Lituanie à l'Espagne, qui utilisent toutes son système.

Nicolas Cloutier est arrivé à Paris en 2003 après avoir quand même pas mal roulé sa bosse dans le monde des affaires. Diplômé en commerce de HEC Montréal, où il a fait un baccalauréat en marketing international, il a commencé sa carrière chez Sico, puis s'est lancé dans le commerce électronique à Bell Canada. Il avait 26 ans, directeur associé...

En 2003, toutefois, il décide de se marier avec une Française, qui tient à retourner vivre là-bas. Il passe donc 21 entrevues pour des emplois dans l'Hexagone. Offre la plus intéressante : un emploi chez Greenwich Consultants, des conseillers en gestion, pour développer notamment les services bancaires en ligne en Afrique, ce qui l'a mené pendant un an à Accra, au Ghana, et à Abidjan, en Côte d'Ivoire.

Après sept ans pour cette entreprise, il se joint à Phora, une entreprise financière fondée par un autre Québécois à Paris, Frédéric Beauvais. Deux ans plus tard, même s'il voue une admiration sans borne à M. Beauvais, il choisit de partir pour fonder sa propre entreprise. « C'était trop cérébral, pas assez créatif. »

Pour lancer son nouveau business, il s'associe notamment à Romano Ricci, arrière-petit-fils de Nina Ricci, au parfumeur Max Buxton et au statisticien Antoine Calmu. Ensemble, ils bâtissent leur projet, répertorient 9000 fragrances, créent le logiciel qui les analyse et les croise.

Pour développer tout ça, il faut de l'argent. « Lancer une entreprise en France, c'est un joyeux casse-tête », explique-t-il.

D'abord, il y a le fameux droit au bail, le permis d'exister, qui s'achète avant même le fonds de commerce. À Paris, on parle de centaines de milliers d'euros.

Six des sept banques sollicitées disent non à ses demandes. « Puis finalement, c'est quelqu'un qui a le bras long qui a mis mon dossier au bon endroit. » Ouf !

Les banques ne comprenaient pas le concept du commerce. Est-ce un bar ? Est-ce une parfumerie ? Et c'est quoi, cette histoire de franchiser un logiciel ?

« Aujourd'hui, on est dans les sept chiffres. Et les licences devraient nous permettre d'être autonomes. On veut garder le contrôle, rester majoritaires, ouvrir une deuxième boutique sans avoir besoin de solliciter des sous. » Nicolas Cloutier a connu trop d'amis qui se sont fait coincer par leurs investisseurs.

Des conseils pour des entrepreneurs qui ont envie de se lancer en affaires en France ?

« Tout est dans le réseau de contacts », dit-il. Nicolas Cloutier a une vie sociale active et un vaste groupe de connaissances. Ce sont ces contacts, amis, proches ou moins proches, mais prêts à aider, qui ont fait la différence. Pour le reste, « il faut savoir que l'État français n'est pas là pour nous simplifier la vie ». Les charges sociales à payer sont imposantes. La complexité administrative aussi. « Par exemple, si tu fais plus que 800 000 euros en profits par année, tu es nécessairement vérifié annuellement. »

Par contre, note-t-il, il y a des avantages, en commençant par des programmes d'emploi qui permettent d'embaucher des travailleurs à bas prix. « Des stagiaires à 500 euros par mois... Moi, je les paie plus. Mais c'est quand même pas cher ! »

NICOLAS CLOUTIER EN QUELQUES CHIFFRES

Une boutique

Six associés

Trois employés à temps plein

Arrivé en France il y a 12 ans

Un parfum spécial créé par Nose : celui pour le Grand Budapest Hotel, au moment du lancement du film de Wes Anderson

Une machine à espresso. Deux cafés serrés pour Nicolas Cloutier pendant l'entrevue.

21 entrevues pour des emplois en France avant d'en trouver un qui lui plaisait.

Mille casse-tête administratifs quand on se lance en affaires en France.

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