Karim Rashid, vers la 4e dimension

Karim Rashid rêve de dessiner un jour des... (Photo Andre Pichette, La Presse)

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Karim Rashid rêve de dessiner un jour des chambres d'hôpital qui seront tout en courbes, comme de réconfortantes matrices.

Photo Andre Pichette, La Presse

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Connaissez-vous Karim Rashid?

C'est un designer industriel.

Un grand designer industriel.

Les bouteilles d'eau Bobble et les distributeurs de savon Method, les poubelles Umbra - notamment la Garbino - qui ont envahi nos maisons dans les années 90, les super chaises Ottawa en forme de feuilles de BoConcept, les grosses montres de plastique hyper colorées d'Alessi, la boîte à lettres de Postes Canada...

Oh, et sujet délicat que cette boîte à lettres. «Ils les ont démolies», lance le designer en entrevue, lors de son passage ici la semaine dernière, au SIDIM, le Salon international du design d'intérieur de Montréal. Il n'est pas content. À l'origine, ces boîtes à lettres étaient toutes rouges, unies, épurées. Aujourd'hui, elles sont bariolées avec des mots écrits dans tous les sens, supposément pour décourager les graffiteurs.

En chemin, l'essence du travail de Rashid s'est perdue.

Le designer, aujourd'hui installé à New York, est né au Caire, mais a grandi à Montréal puis à Toronto, avant d'aller faire ses études à Ottawa puis en Italie, avec le grand Ettore Sotsass, notamment. Son père était designer de plateau pour la CBC. Il a donc commencé sa carrière ici, et c'est ainsi qu'il a eu le contrat de Postes Canada. C'était le début de la conception en trois dimensions, se rappelle-t-il.

La boîte à lettres a été dessinée en 1989, sur un logiciel expérimental qui a fait exploser la création.

«Et aujourd'hui, la nouveauté, c'est qu'on travaille avec des imprimantes en trois dimensions», a-t-il expliqué dans le cadre de la conférence d'ouverture du SIDIM. Si le travail sur papier, en deux dimensions, a permis de créer en trois dimensions, qu'est-ce que la capacité de travailler en trois dimensions ajoutera?

«La quatrième dimension», répond-il à sa propre question. Le temps. L'expérience.

Et la prépondérance de la ligne droite, sûre, pilier du 2D, n'aura plus sa raison d'être. La courbe pourra reprendre ses droits. «Pensez-y, il n'y a pas de ligne droite dans la nature de toute façon. Une caverne? C'est comme un utérus!»

Rashid rêve de dessiner un jour des chambres d'hôpital qui seront tout en courbes, comme de réconfortantes matrices.

«Les nouvelles technologies nous permettent de faire du design beaucoup plus honnête, plus vrai.»

Karim Rashid

On essaiera moins de dessiner le monde tel qu'il devrait être, mais davantage tel qu'il est vraiment.

Et puis les objets seront plus rares de toute façon. Les téléphones deviennent de plus en plus petits - «On sait que bientôt, ça ne sera que des puces» -, les appareils de nos maisons sont de plus en plus intégrés.

«Bientôt, nos murs vont nous parler», lance-t-il.

Le monde physique devient presque banal dans un monde numérisé.

Dans ce contexte, la personnalisation des objets prend tout son sens. La technologie le permet, la conjoncture nous y invite.

Rashid mentionne les secteurs qui s'y sont déjà lancés, comme les chaussures de sport, les shampooings et savons, les blue-jeans... «Cela nous redonne une impression de contrôle.»

Tous ceux qui suivent Rashid sur les réseaux sociaux connaissent son tempérament direct, sans facétie. «Si vous voyez une chaise inconfortable, brûlez-la!», lance-t-il. Une chaise ne devrait jamais être autre chose que confortable. Les Solair, ces chaises cultes dessinées par les Québécois Fabiano et Panzini, ne sont pas parfaitement stables, selon lui. Il nous avertit avant que nous nous y assoyions dans la salle de conférence.

Son designer québécois préféré? Michel Dallaire, répond-il, exprimant beaucoup d'admiration pour celui qui a dessiné notamment le BIXI, les voitures de Bombardier pour le métro de Boston et le nouveau mobilier urbain de l'arrondissement de Ville-Marie.

En conférence, Rashid tient aussi à revenir avec ses principes fondamentaux, comme l'importance de la création inédite, moderne. Quelque chose qui n'a pas été fait non seulement par les quelques milliards de personnes qui vivent sur Terre actuellement, mais aussi par les milliards qui y sont passées avant nous.

Les intérieurs qui essaient de reproduire d'anciens bistros, par exemple? Pas pour lui. «On est là pour construire ce qui est maintenant», lance-t-il. « Un restaurant devrait être un lieu où l'on n'a jamais été. »

Les défis? Intégrer plus que jamais l'expérience humaine. Parfois dans ses aspects les plus banals. «Comment se fait-il que l'éclairage ne soit jamais bon pour se raser dans une chambre d'hôtel? Pourtant, j'en ai visité des centaines.»

Aussi, être responsable socialement. Rashid aimerait dessiner une voiture électrique, travailler sur des habitations écolos, ce qu'il fait déjà, mais dans le très haut de gamme.

À la limite, il est prêt à envisager la diffusion gratuite de ses idées, car il croit «de moins en moins à la notion de copyright», note-t-il. Il raconte avoir déjà négocié avec un fabricant chinois qui produisait ses chaises Ottawa pour moins cher que l'usine embauchée à l'origine par BoConcept. L'avenir, c'est ça aussi. «Si vous ne pouvez pas les battre, faites-en des alliés», note le designer.

La dichotomie entre l'original et la copie risque de s'effacer, croit-il, car on ne pourra pas fabriquer des objets pour des prix dérisoires encore longtemps. «Bientôt, dit-il, ça ne sera juste plus possible.»

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