Le nouveau silencieux

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Dès son arrivée au restaurant Café Parvis de la rue Mayor, André Boisclair me fait remarquer que nous sommes à l'ombre de la fameuse église St. James.

Oh l'ironie. Je n'y avais pas pensé, quand il avait choisi cette chouette table du centre-ville, dont un des propriétaires est un ami de l'ancien chef du Parti québécois.

Cette église de la rue Sainte-Catherine, longtemps cachée par une immonde façade commerciale, a joué un rôle important dans l'avant-dernier chapitre de la carrière houleuse de l'ancien politicien.

Elle était en effet au coeur des allégations lancées par l'ancien député Jacques Duchesneau au sujet de M. Boisclair, de subventions octroyées pour la restauration de l'église St. James alors qu'il était ministre d'État aux Affaires municipales et à la Métropole et de prétendus liens avec le crime organisé. Les allégations n'ont jamais été étayées et M. Duchesneau a été obligé de s'excuser publiquement, mais l'affaire a néanmoins forcé Boisclair à démissionner de son poste de délégué général du Québec à New York.

Pas un des moments grandioses de sa carrière.

Boisclair sourit en regardant le bâtiment aujourd'hui dégagé. «En plus, tout le monde la voulait, cette rénovation!»

En décembre, l'ex-délégué général à New York, l'ex-député, l'ex-chef péquiste, l'ex-ministre a conclu une entente avec la Coalition avenir Québec et M. Duchesneau. L'affaire est classée.

Mais cela fait partie des nombreuses «couleuvres» que l'ex-politicien de presque 49 ans a dû avaler.

Aujourd'hui, confie-t-il entre une soupe à l'orge et une salade de betteraves, il apprécie le nouveau calme dans lequel il est plongé. La politique ne lui manque pas, même s'il a adoré récemment partir en voiture aux Chic-Chocs, faire de longues distances en voiture à travers le paysage québécois comme à l'époque des campagnes électorales. «Ne pas avoir d'adversaire, c'est formidable.»

André Boisclair a accepté de venir manger, mais il m'a avertie: il n'a ni l'envie ni le droit de faire de la politique partisane. Son poste de président de la COMEX, un organisme examinant les impacts sociaux et environnementaux des projets du Grand Nord québécois, l'en empêche.

Au lieu de cela, il parle du Québec autrement.

Il m'explique, par exemple, que la politique familiale de Lucien Bouchard de 1996, celle qui a donné naissance au programme de garderies publiques, fut, avec le libre-échange, la plus grande mesure de transformation sociale mise en place au Québec depuis la Révolution tranquille.

Il ne peut parler des inquiétudes soulevées par l'attitude du gouvernement par rapport au programme, visé par les politiques d'austérité dès l'élection libérale. Mais il insiste. «On a fait ça pour lutter contre le décrochage scolaire, contre les inégalités sociales, pour l'égalité des chances, et c'est une des choses les plus remarquables que nous ayons accomplies.»

André Boisclair ne peut pas, non plus, parler de la course à la direction du Parti québécois et des propos controversés sur l'indépendance et les immigrants tenus par le candidat Pierre Karl Péladeau la veille de notre rencontre.

Mais il revient sur des positions qu'il a toujours défendues. Sa préférence pour l'intégration des nouveaux venus, plutôt que l'assimilation. Sa défense de la laïcité assortie d'une approche souple laissant de la place aux accommodements. «La religion des uns ne peut pas devenir la loi des autres», dit-il, ajoutant être un apôtre extrême du compromis et de la modération. Mais il confie qu'il n'aurait pas voté pour la Charte des valeurs québécoises, telle que présentée par le gouvernement de Pauline Marois à l'automne 2013.

Lorsque je lui demande ce qu'il pense du débat de la semaine sur le droit des Français de se moquer de notre accent, il répond que ce ne sont que des éclats de gens d'ici pour attirer l'attention.

«La vraie nouvelle de la semaine, c'est la réélection de Benyamin Nétanyahou», lance-t-il. Il faut s'intéresser au retour au pouvoir du leader de droite israélien, pas exactement connu pour ses approches inclusives, actuellement en conflit diplomatique avec la Maison-Blanche. «C'est un événement marquant», ajoute-t-il. Pas le délire raté de l'humoriste française Sophia Aram ou même les déboires de Joël Legendre.

Sur cette affaire, il se contentera de dire que lorsqu'on est profondément humain, on est profondément imparfait. «Je suis profondément imparfait», dit-il.

Legendre? «Il a fait une gaffe, dit-il. J'en ai fait. J'annonce que j'en ferai. Et puis... les médias sont dans la business de vendre de la copie...» Et l'ex-politicien croit en avoir fait vendre...

Y a-t-il eu homophobie? Y a-t-il encore, de façon générale, de l'homophobie au Québec? «Si je m'étais appelé Guy Chevrette, est-ce que le combat que j'ai eu avec Duchesneau aurait existé? demande-t-il. Je pose la question.»

Élu député pour le Parti québécois dans Gouin en 1989

A été chef du PQ de novembre 2005 à mai 2007, chef de l'opposition d'octobre 2006 à mars 2007.

A été délégué général du Québec à New York de novembre 2012 à septembre 2013.

A étudié à Brébeuf, à l'Université de Montréal, à la JFK School of Government, rattachée à Harvard, où il a obtenu un diplôme appelé Mid-Career Master in Public Administration.

Ne s'ennuie pas de la vie politique. «J'essaie de pratiquer ma liberté autrement», dit-il.

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