Successeur en colère

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Diane Francoeur, présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, ne prépare pas dans la joie et l'allégresse ses valises pour Québec afin d'aller rencontrer, demain, son prédécesseur.

L'obstétricienne-gynécologue, qui a pris le poste laissé vacant par Gaétan Barrette quand il s'est fait élire à l'Assemblée nationale, sera en commission parlementaire pour dire à son collègue devenu ministre de la Santé tout le bien, mais surtout tout mal que les spécialistes pensent de son projet de loi 20 sur la réorganisation du travail des médecins.

Le fait de le connaître, de l'avoir côtoyé dans son ancien poste change-t-il quelque chose dans les rapports qu'a maintenant la Fédération avec le ministre?

«On savait que c'était un bully», répond-elle. «Mais on n'avait jamais pensé qu'il déferait tout le système. Ça, on l'avait pas vu venir.»

On est au restaurant Seingalt, à côté de la Place des Arts, mais la première fois que j'ai rencontré Diane Francoeur - elle ne s'en souvient pas -, c'était il y a plusieurs années. Elle avait alors les cheveux très courts et totalement décolorés à la Annie Lennox et portait des lunettes un peu punk pour l'époque. Et elle était munie d'un ruban à mesurer pour voir où en était mon immense ventre de femme enceinte. Elle remplaçait mon obstétricienne partie en vacances.

Je me rappelais une femme hyper efficace, moderne, un peu rock'n'roll justement, à mille lieues des clichés des médecins barbus de cette lointaine époque. Et c'est bien le même personnage affirmé que j'ai retrouvé l'autre jour pour manger et parler d'actualité.

Elle ne mâche pas ses mots. Ne fait pas dans la dentelle, comme elle l'a montré dans sa sortie contre la présidente du Conseil du statut de la femme. Mais c'est avec cette passion qu'elle parle de la médecine, des gardes qu'elle fait encore régulièrement pour rester au courant de la réalité du quotidien médical, des adolescentes - elle est spécialiste en gynécologie pédiatrique, donc a passé sa carrière à suivre des ados enceintes -, du travail sur le terrain pour les femmes, pour tous les patients.

Et elle parle avec passion de la médecine de cheval - «le canon pour tuer des mouches» - que Gaétan Barrette veut infliger au réseau de la santé.

Autant par la restructuration mise en place par la loi 10, qui concentre les pouvoirs entre les mains du ministre, que par la réorganisation du travail des médecins proposée par le projet de loi 20, que par des mesures comme la fin de la gratuité des programmes de fertilité ou la décision de rendre illégale la fécondation in vitro chez les femmes de 42 ans et plus, le ministre, dit-elle, s'attaque non pas au gras du système de santé, mais bien à l'os, à ce qui le tient en place.

Comme bien des femmes médecins qui le disent haut et fort depuis le début de l'opération austérité du gouvernement libéral, elle a l'impression de voir toutes sortes d'acquis sociaux directement menacés. Amputés.

Et ce ne sont pas que les politiques en santé qui l'inquiètent.

«Que sont-ils en train de faire avec les services de garde, par exemple?, demande-t-elle. Nous, comme obstétriciens, on était bien placés pour le voir, on les a vus, les effets politiques des nouveaux programmes des garderies, des congés parentaux. On constate l'impact qu'on n'a pas vu dans les autres provinces. On a vu le baby-boom arriver.»

À la clinique, explique-t-elle, on a commencé à voir des familles plus nombreuses, des pères plus engagés...

«On se sert de l'austérité pour faire des coups bas», dit-elle. On met tout dans le même paquet. Pour régler des cas marginaux d'excès dans certains programmes, on met tout à la poubelle. Pourtant, l'infertilité est un véritable problème de santé, note-t-elle.

«On aurait pu trouver des solutions plus mesurées. Se limiter à l'infertilité médicale. On n'est pas contre l'infertilité sociale, mais peut-être peut-on choisir de ne pas la couvrir. Comme on peut choisir de ne pas couvrir la fécondation in vitro au-delà de 42 ans. Mais la rendre illégale? De quoi je me mêle?»

Et pourquoi insérer cela dans le projet de loi sur la réorganisation du travail des omnipraticiens?, demande-t-elle. «Ça n'a rien à voir avec la productivité des médecins», note-t-elle. Ce sont deux débats différents, qui devraient chacun avoir leur place.

«On est en train de tuer la démocratie», laisse tomber la présidente de la FMSQ. «On est en train de perdre de gros acquis.»

Et tout cela, ajoute-t-elle, n'a jamais été discuté en campagne électorale.

Parmi toutes les mesures qui inquiètent Diane Francoeur, il y a aussi la nouvelle concentration des pouvoirs entre les mains du ministre de la Santé. La capacité de nommer tous les membres des conseils d'administration des centres hospitaliers et leurs directions générales. «Imaginez si ce pouvoir tombe entre les mauvaises mains», dit-elle.

La Dre Francoeur se demande aussi comment les plus petits hôpitaux, plus vulnérables, oseront tenir tête à Québec. «Ça a pris beaucoup de cran, faire ce que Jacques Turgeon a fait», remarque-t-elle, en faisant allusion à la crise qui a secoué le CHUM la semaine dernière, où le président du conseil d'administration du superhôpital a justement tenu tête au ministre et choisi de démissionner pour se faire entendre et faire respecter sa marge de manoeuvre.

L'autre bataille qu'elle veut finalement mener, c'est celle de convaincre la population que le réseau de la santé ne va pas aussi mal qu'on le croit, qu'on le dépeint. Oui, on manque d'argent, oui, des ressources sont perdues, oui, on peut faire mieux. Mais il faut des améliorations, pas de la démolition. «Parce qu'on en fait plein, des miracles, déjà, des miracles au quotidien.»

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