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Des femmes influentes du monde de l'alimentation se sont réunies le week-end dernier à Bilbao, au Pays basque, à l'occasion du forum Parabere. Elles ne cessent de trouver des occasions de se faire voir et de se faire entendre.

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(BILBAO) Les femmes de la gastronomie n'ont plus envie d'être invisibles.

Giflées l'an dernier par un grand dossier du magazine Time sur l'état des lieux de la restauration qui les ignorait totalement, elles ne cessent depuis de chercher, de multiplier, de créer les raisons de se faire voir et de se faire entendre, de se parler entre elles, de faire parler d'elles et de montrer qu'elles existent. Un nouvel événement lancé à Bilbao le week-end dernier, le forum Parabere, en est un nouvel exemple.

Quelque 300 femmes influentes du monde de l'alimentation aussi différentes que Vandana Shiva, grande militante indienne anti-OGM, Jessamyn Rodriguez, Canadienne à la tête d'une vaste entreprise de boulangerie sociale à New York, Dominique Crenn, première femme chef double étoilée américaine, ou Leonor Espinosa, chef vedette colombienne locomotive de la renaissance culinaire de son pays, se sont ainsi retrouvées dans la ville basque pour demander comment on pouvait faire avancer le monde de la gastronomie avec des voix féminines.

On y a parlé de sujets aussi vastes que le gaspillage alimentaire, la transformation sociale par la cuisine, l'intégration travail-famille ou le sexisme en salle et en cuisine. De nouveaux réseaux se sont créés, beaucoup d'idées inspirantes ont été lancées.

«De toutes les causes, celle de l'égalité est celle qui me tient le plus à coeur», a expliqué l'instigatrice et présidente de l'événement, la journaliste gastronomique franco-espagnole Maria Canabal.

Parabere - le nom d'une mythique cuisinière basque - accueillait des femmes de 26 pays, comme la grande chef brésilienne Roberta Sudbrack ou Kamilla Seidler, une Danoise qui est allée ouvrir à La Paz Gustu, une école et un restaurant voués à la formation de nouveaux chefs boliviens, moteur d'intégration pour la jeunesse de ce pays.

Toutes ces femmes avaient 1000 histoires à raconter, pour illustrer que leur rôle et leur rayonnement dans le monde de la gastronomie sont vastes et enracinés profondément dans les communautés. Et surtout, qu'on ne peut nullement juger de leur importance en constatant uniquement leur maigre présence sur les palmarès Michelin ou la liste des 50 meilleurs restaurants du monde.

«Ce que j'ai entendu durant ces deux jours, c'est comment, partout dans le monde, les femmes utilisent les aliments comme une force pour nourrir la planète et non pas pour la vider de ses ressources», a commenté Lara Gilmore, partenaire au grand restaurant italien Osteria Francescana.

«Les réseaux internationaux de femmes sont importants. Pas tant pour parler de questions touchant l'égalité que pour échanger sur ce qu'on aime, ce qu'on fait, et pour voir comment on peut changer le monde par la nourriture et l'alimentation au quotidien», a commenté Trine Hahnemann, traiteuse et grande auteure de livres de cuisine danoise.

Au lieu de grandes démonstrations techniques de prouesses en cuisine, les conférences ont plutôt été l'occasion de faire la rencontre de personnages inédits, comme Gayle Quarmby, qui a lancé un programme, appelé Outback Pride, de culture d'herbes aborigènes par des aborigènes, dans l'arrière-pays australien, ou Merijn Tol et Nadia Zerouali, deux Néerlandaises, dont une d'origine marocaine, qui utilisent la cuisine maghrébine comme agent de rapprochement au sein d'une société secouée par les défis de l'immigration et de l'intégration.

La place des femmes dans les cuisines traditionnelles des grands restaurants a aussi été abordée. La chef Dominique Crenn, Américaine d'origine bretonne, a parlé d'un sexisme encore ancré dans les vieilles façons de faire. La jeune chef britannique April Partridge, prodige de 21 ans, a mentionné quant à elle le nouvel attrait des jeunes hommes pour la cuisine qui, voyant les Gordon Ramsay de ce monde agir brusquement et durement, croient qu'ils pourront prendre leurs aises dans cet environnement. Résultat: les femmes qui plongent dans ce monde doivent trimer dur et se surpasser. «On n'est peut-être pas là en nombre, a-t-elle dit, mais on est là en qualité, c'est clair.»

Et à la question: «Doit-on donner des prix spéciaux aux femmes chefs, pour les aider à se démarquer?», la réponse a été claire. «Ce n'est pas nécessaire», a dit la jeune Partridge. «Mais essayons de mieux profiter des plateformes que les médias vont nous donner de toute façon pour nous mettre de l'avant.»

Et puis plus tard, réfléchissant à tout cela, la chef pâtissière Elizabeth Falkner, qu'on a bien connue avec son Citizen Cake à San Francisco, a ajouté: «Moi ça ne me dérange pas, l'idée de la meilleure femme chef. On est des femmes. On veut être bonnes. Dans le fond, doit-on absolument se mesurer aux hommes? Être la meilleure femme chef? Pourquoi pas?»

Le prochain événement de ce type, Jubilee, aura lieu à la fin du mois à New York.

Plusieurs s'y sont donné rendez-vous, pour poursuivre la discussion.

Une partie des frais de ce reportage ont été payés par le ministère du Tourisme espagnol.

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