Stéphan Bureau: interview avec un intervieweur

Ce que Stéphan Bureau se reproche et nous... (PHOTO IVANOH DEMERS, LA PRESSE)

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Ce que Stéphan Bureau se reproche et nous reproche tous un peu, dans les médias, c'est de ne pas avoir su comprendre et analyser adéquatement la redéfinition du monde après le 11 septembre 2001.

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Mis à part un grand intérêt pour la politique, le journalisme et les affaires du monde, il y a une chose cruciale que le grand intervieweur Stéphan Bureau partage avec Claude Ryan, qui fut politicien et directeur du Devoir: il aime tellement essuyer fourchettes et assiettes, couteaux et casseroles qu'il refuse de se servir de son lave-vaisselle.

«J'en ai un, mais je ne m'en sers pas», dit-il avec une étincelle dans le coin de l'oeil. M. Ryan disait exactement la même chose. Comme Bureau, il adorait le sentiment d'accomplissement de la fin de la vaisselle. Bureau sourit en l'apprenant, avant d'ajouter, pince-sans-rire, qu'il a son pusher préféré de linges à vaisselle en coton pur. «Le lin, je ne crois pas à ça...»

C'est le dernier vendredi avant Noël et je rencontre Stéphan Bureau dans un Bouillon Bilk archiplein. Tout le monde le salue.

Il est pressé, mais prend le temps de répondre à toutes mes questions entre un tartare de hamachi et des rouleaux au canard. Je veux le faire parler de l'avenir de Radio-Canada, où il a travaillé longtemps, mais il refuse de «jouer les belles-soeurs», et depuis qu'il est parti, dit-il, il n'a plus jamais regardé Le téléjournal qu'il animait. Il n'y a pas de doute, dans sa tête, qu'il y a une volonté «d'émasculer» la société, entre tous les congédiements et compressions, mais il ne veut pas en parler plus longuement. «Je n'ai aucune leçon à faire», dit-il. Même s'il estime avoir eu des moyens formidables, à son époque, pour faire le journalisme qu'il voulait, on se plaignait déjà que «ce n'était plus comme avant».

Ce qu'il se reproche et nous reproche tous un peu, dans les médias, c'est plutôt de ne pas avoir su comprendre et analyser adéquatement la redéfinition du monde après le 11 septembre 2001. «Si j'ai un mea culpa à faire, c'est ça.»

Mais Bureau veut aussi parler de sa nouvelle série de grands entretiens télévisés qui a repris l'antenne pour la dixième année le samedi soir, à 20h, sur ARTV, pour 12 épisodes. Des humoristes et comédiens tels que Guy Jodoin, Cathy Gauthier, Michèle Deslauriers, Marc Messier, Anne-Marie Cadieux et Patrice Robitaille défileront devant l'animateur dans des décors propices à la confidence ou au spectacle. Tournées à la Place des Arts devant public, ces entrevues de 2 h 30 min réduites à 90 minutes pour la télé n'ont rien à voir avec les face à face dénudés de l'Actors Studio. Malgré son titre très «affaires publiques», Les grandes entrevues est un produit Juste pour rire.

On est loin de Contact, de Table rase, de l'époque du Téléjournal, où Bureau se consacrait de façon très traditionnelle à la nouvelle et aux entretiens avec les grands penseurs du monde.

Mince, hâlé - il revient d'un mois de course et de marche en montagne en Arizona -, vêtu d'une chemise violette qu'il ne se serait probablement pas permise quand il lisait les nouvelles à Radio-Canada, Stéphan Bureau vient d'avoir 50 ans, mais il a sans doute l'air plus jeune maintenant que lorsque, justement, il livrait les nouvelles à la société d'État. Ou même avant, alors que, entre 20 et 30 ans, il a franchi à une vitesse vertigineuse les étapes du journalisme, entre TVA, Radio-Canada et Télé-Québec, vers ce poste si prestigieux.

Sa vie actuelle, qu'il décrit peu, est tout simplement totalement différente. «Ma marge de liberté et mon temps valent cher, résume-t-il. Je suis sûrement ringard, dépassé, dit-il, mais ça n'a aucune f"*ing importance dans la mesure où ma vie me satisfait.»

L'an dernier, il était en Nouvelle-Zélande; cette année, il repart en Italie. Il travaille à distance sur ses projets, garde contact avec certains géants qu'il a interviewés (ça va de Jean d'Ormesson à Boris Cyrulnik en passant par Eric-Emmanuel Schmitt). Il adopte un mode de vie frugal qui lui permet de se poser ailleurs, longtemps. Sa blonde part avec lui. Il n'a pas d'enfants.

Lorsque je lui dis que ce mode de vie semble rêvé, il répond du tac au tac: «On veut tous ça, mais est-on prêt à faire ce choix?»

Pour en arriver là, Bureau a choisi, dit-il, de laisser tomber ce qui venait avec sa position au Québec et de mener une vie qui s'enrichit autrement que par le prestige ou les revenus qui viendraient avec du travail effréné.

On dirait que l'homme qui se décrit lui-même comme «extrêmement compétitif» s'est volontairement mis à l'abri.

Certes, il continue d'adorer son travail et décrit comme du gros bonheur le temps passé, par exemple, à interviewer Anne Dorval - «je ne la connaissais pas et ce fut totalement jouissif» - ou Michèle Deslauriers, sa toute dernière entrevue. «Toujours la plus importante.»

Et il tire toutes sortes d'autres petits bonheurs de sa nouvelle vie un peu bohème, comme celui d'apprendre des langues étrangères, tel l'italien, ou alors de bien accomplir les choses du quotidien, minutieusement, précisément, efficacement, en commençant, évidemment, par la bonne vieille vaisselle.

Stéphan Bureau en bref

> 50 ans

> A animé Le téléjournal pendant cinq ans, entre 1998 et 2003.

> Anime depuis 10 ans Les grandes entrevues, une série d'entretiens avec des comédiens et humoristes produite par Juste pour rire et diffusée à ARTV le samedi à 20 h. La diffusion de la nouvelle saison vient tout juste de commencer et durera jusqu'en mars.

> A travaillé à TVA, Télé-Québec et Radio-Canada, a collaboré avec La Presse.

> A été correspondant à Washington, animateur d'émissions d'affaires publiques et de La joute.

> S'est retiré du monde des nouvelles en 2003.

> S'ennuie du «sport qu'est la nouvelle», mais pas de l'ensemble de son ancienne vie.

> Voyage environ quatre mois par année.

> Souffre du manque de lumière l'hiver et se réfugie souvent à Tucson, en Arizona, pour y faire le plein de soleil.

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