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Appelons-la Lise

Lise Payette... (Photo Olivier Pontbriand, La Presse)

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Lise Payette

Photo Olivier Pontbriand, La Presse

Lorsque je suis arrivée à l'appartement de Lise Payette, au sommet d'une tour de L'Île-des-Soeurs où elle a une vue incroyable sur la ville et le fleuve, avec dans mon sac tout ce qu'il fallait pour prendre le thé, la très grande féministe québécoise, ancienne politicienne, journaliste, animatrice, auteure m'attendait dans ce qui ressemble à une bulle de sérénité. Difficile d'imaginer qu'il y a de la colère dans le coeur de cette femme à la voix si riche, si douce, aux paroles si posées. Pourtant, d'entrée de jeu, elle s'est mise à parler d'indignation.

«Vous arrivez à dormir, vous?», m'a-t-elle demandé, faisant écho à la chronique pour Le Devoir qu'elle venait de terminer. «Moi, quand je pense aux jeunes Nigérianes, je n'arrive pas à dormir», a-t-elle enchaîné. Pas capable de dormir non plus quand elle pense à la défaite de Pauline Marois et à la façon injuste dont l'ancienne chef du parti a été traitée parce que c'est une femme, fait indéniable, Mme Payette en est convaincue. «L'image véhiculée dans les médias, dit-elle, est que cette femme n'était qu'un immense défaut.» Pas capable de dormir en pensant à l'avion disparu de Malaysian Airlines. «Le gouvernement peut savoir à peu près tout ce qu'on se dit au cellulaire et ils n'arrivent pas à retracer cet avion? Ça n'a pas de sens!»

Et puis il y a la Syrie, l'attitude surprenante du nouveau gouvernement libéral face au programme de garderies pourtant si bénéfique économiquement, il y a le changement climatique...

Il y a aussi le congédiement de Jill Abramson, première femme à avoir dirigé le New York Times, mise à la porte il y a quelques jours dans des circonstances difficiles, où il est ardu de ne pas voir des injustices liées au fait que ce soit une femme.

Bref, Lise Payette s'inquiète. Mais elle demeure confiante. «On avance, on recule, mais on finit par avancer quand même...» Mais actuellement, on est dans un creux, croit-elle. Un moment difficile. «Les femmes doivent se faire petites, note-t-elle, silencieuses, pas dérangeantes...»

Pourtant, cette grande dame de coeur et femme de tête fait pas mal parler d'elle ces jours-ci. Un documentaire réalisé par sa petite-fille Flavie sur la carrière de son illustre grand-mère sera rediffusé le 25 mai à TVA, après une première diffusion à Télé-Québec en début d'année. Sa biographie Des femmes d'honneur vient d'être rééditée chez Québec Amérique, avec préface de Josée Boileau et nouveau chapitre. Une entrevue à la radio, où elle a défendu l'idée d'un parti politique de femmes, comme en Scandinavie, a déclenché des réactions épidermiques chez certains commentateurs masculins outrés...

Lise Payette est une habituée de la controverse. Quand on est passé, comme elle, par la tempête des Yvettes durant le référendum de 1980 - un commentaire mal avisé de sa part est devenu un point de ralliement de ses adversaires et a fait bifurquer la campagne vers une victoire de ses adversaires du camp du Non -, on a pas mal tout vu. Aujourd'hui, elle est en mode réflexion, a envie de lancer des idées, de voir les réactions, d'en discuter. Un parti féminin féministe? Des états généraux des femmes? Elle n'a pas envie d'analyser la défaite électorale péquiste, car toute analyse postélectorale, dit-elle, est inévitablement teintée des partis pris de chacun pour les différents joueurs. Elle préfère penser à la prochaine étape. Où veulent aller les femmes québécoises maintenant, que veulent-elles faire?

Il y a longtemps, croit Mme Payette, que la Fédération des femmes du Québec ne représente plus le mouvement des femmes, que la FFQ a été «détournée de ses objectifs». Il faut donc trouver d'autres véhicules pour pousser une réflexion féministe inclusive. Il faut, croit-elle, «mettre du contenu dans cette fameuse phrase «faire de la politique autrement»». Peut-être en tenant des états généraux des femmes? Où on parlera, notamment, des dangers de ne pas agir face aux orthodoxies religieuses qui ne croient pas à l'égalité entre les hommes et les femmes... «La pire des options, dit-elle, c'est de ne rien faire.»

La religion est une question très personnelle, précise-t-elle. Et il faut respecter cela. Mais il y a des questions collectives à se poser quand même. Mme Payette se demande, par exemple, quel sera l'impact sur les enfants de la présence de femmes voilées dans les garderies, quelle sera leur intégration de cette expression vestimentaire de la soumission...

Pourtant, aucun danger gravissime imminent ne justifie de remuer de nouveau ce débat, disent plusieurs. Excellent, rétorque-t-elle, c'est dans ce temps-là qu'il faut parler de ces choses, pas en pleine crise. «C'est avant qu'il y ait des problèmes majeurs qu'il faut agir.»




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